Une page se tourne au mu­sée Man­det

En trente ans, le conser­va­teur Ma­rie­jo­sée Li­nou a don­né une iden­ti­té au mu­sée Man­det de Riom. Celle d’un mu­sée tour­né vers le de­si­gn et l’or­fè­vre­rie contem­po­raine. Dé­sor­mais, c’est à Mar­seille qu’elle oeu­vre­ra.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Gé­ral­dine Mes­si­na ge­ral­dine.mes­si­na@cen­tre­france.com

«Lame des che­va­liers » se­ra la der­nière ex­po­si­tion pré­sen­tée par Ma­rie­jo­sée Li­nou, conser­va­teur de­puis trente ans du mu­sée Man­det. À la ren­trée, c’est le mu­sée Bo­ré­ly à Mar­seille qui pro­fi­te­ra de son ta­lent pour ima­gi­ner de nou­velles ex­po­si­tions.

Vous avez fait un sa­cré bout de che­min avec le mu­sée Man­det. On peut même dire que c’est un peu votre « bé­bé ». Au­jourd’hui vous par­tez pour Mar­seille et les mu­sées Bo­ré­ly et Gro­bet-la­ba­dié. Com­ment le vi­vez­vous ? Il y a iné­vi­ta­ble­ment un pe­tit pin­ce­ment au coeur. Trente ans ! Le « bé­bé » a bien gran­di, il est temps que je lui lâche la main ! Ce fut une très belle aven­ture et je suis heu­reuse de tout ce qui a été ac­com­pli ici, fière d’avoir don­né une iden­ti­té à ce mu­sée qui j’es­père la gar­de­ra.

Cette iden­ti­té, c’est le de­si­gn et l’or­fè­vre­rie contem­po­raine. Oui, en 1987, le maire de l’époque, Jean Eh­rard, m’avait de­man­dé ce qui man­quait au mu­sée Man­det qui ve­nait de s’en­ri­chir de la ma­gni­fique do­na­tion des époux Richard. Je lui avais ré­pon­du : dé­ve­lop­per la mé­dia­tion et s’ou­vrir à l’art contem­po­rain. Nous étions en phase sur ces deux vo­lets. J’ai lan­cé les ate­liers pour les en­fants et le mu­sée Man­det a in­ves­ti le do­maine de l’art contem­po­rain au tra­vers du tra­vail sur le de­si­gn, des ex­po­si­tions, des ren­contres avec les ar­tistes et avec sa po­li­tique d’ac­qui­si­tion d’or­fè­vre­rie contem­po­raine.

Pour­quoi avoir choi­si ce do­maine ? Le mu­sée Man­det est un mu­sée en­cy­clo­pé­dique. On y trouve de tout, de la pein­ture à la sculp­ture, mais c’était sur­tout le mu­sée d’arts dé­co­ra­tifs le plus im­por­tant de la ré­gion avec une très belle col­lec­tion d’or­fè­vre­rie an­cienne. Ache­ter de l’or­fè­vre­rie contem­po­raine était donc co­hé­rent et puis, c’était aus­si ce qu’il y avait de plus ac­ces­sible même si au­jourd’hui on ne pour­rait plus s’of­frir cer­taines pièces.

Cette col­lec­tion a été mise en va­leur par la ga­le­rie amé­na­gée et ou­verte au pu­blic en 2011. Oui, c’est une belle réus­site. Dans l’an­née qui a sui­vi, la fré­quen­ta­tion du mu­sée a bon­di à 20.000 vi­si­teurs.

Par­mi toutes les oeuvres ac­quises, y en a-t-il une que vous re­gret­te­rez ? La Chaise de Gé­ral­dine Gon­zales est sans doute celle qui va me man­quer le plus. Ce très beau lustre est au­jourd’hui l’em­blème du mu­sée Man­det.

« Lame des Che­va­liers », la der­nière ex­po­si­tion que vous pré­sen­tez au mu­sée Man­det, plonge dans les col­lec­tions per­ma­nentes. Cha­ que fois que les moyens l’ont per­mis, le mu­sée Man­det a al­ter­né trois ex­po­si­tions par an : une sur un ar­tiste, une sur le de­si­gn et l’art contem­po­rain et une autre sur nos col­lec­tions. C’est la clé pour faire vivre un mu­sée et faire ve­nir à lui le pu­blic. Avec « Lame des che­va­liers » on pré­sente, dans une scé­no­gra­phie très théâ­tra­li­sée de Ré­mi Bour­dier, une ex­po­si­tion grand pu­blic. Elle per­met de mettre en va­leur nos mi­li­ta­rias , de pré­sen­ter une ar­tiste Ma­lou Zryd et ses man­teaux ar­mures et d’avoir un re­gard sur l’art dé­co­ra­tif contem­po­rain au tra­vers de deux épées d’aca­dé­mi­

ciens réa­li­sées par Goud­ji. Je suis très heu­reuse de les pré­sen­ter car c’est avec Goud­ji que j’ai dé­mar­ré la col­lec­tion d’or­fè­vre­rie contem­po­raine. Et c’est avec lui que je fi­nis. Avec « Lame des che­va­liers », les pas­sion­nés d’armes, les geeks et les cos­players, les ama­teurs d’art dé­co­ra­tifs, les adultes et les en­fants se­ront com­blés d’au­tant que nous or­ga­ni­sons de nom­breux évé­ne­ments au­tour de cette ex­po­si­tion jus­qu’au 4 mars.

Mar­seille, c’est une nou­velle aven­ture qui com­mence? À Mar­seille je vais trou­ver des mu­sées que j’au­rais pu faire. Le mu­sée Bo­ré­ly a été re­fait en 2013. C’est une su­perbe bas­tide du XVIIIE dans un parc ma­gni­fique. Dans l’es­prit, il res­semble au mu­sée Man­det, d’ailleurs il avait or­ga­ni­sé une ex­po­si­tion Hu­bert Le Gall après celle de Riom. Comme Man­det, c’est un mu­sée des arts dé­co­ra­tifs mais en plus il y a la mode. Et ça, ça m’in­té­resse beau­coup aus­si.

Vous al­lez éga­le­ment vous oc­cu­per du mu­sée Gro­betla­ba­dié. Oui. Pour l’ins­tant il est fer­mé au pu­blic et mon chal­lenge se­ra de le rou­vrir. Pour moi, c’est un re­tour aux sources puisque j’y étais guide con­fé­ren­cière lorsque j’étais étu­diante.

L’an pas­sé, lorsque vous avez re­çu les in­signes de che­va­lier de l’ordre du mé­rite, vous aviez par­lé de l’évo­lu­tion du mé­tier de conser­va­teur de­ve­nu un vé­ri­table « chef d’en­tre­prise ». Pas­ser de Riom à Mar­seille va cer­tai­ne­ment en­core chan­ger les choses. Ces in­signes étaient une belle re­con­nais­sance, de la part de l’état, du tra­vail ac­com­pli à Riom pour faire ve­nir le pu­blic au mu­sée. Et dé­cro­cher ce poste à Mar­seille en est une autre. À Mar­seille, outre les moyens don­nés pour faire de belles ex­po­si­tions, c’est l’ex­po­si­tion mé­dia­tique qui va chan­ger. Il m’a fal­lu du temps pour avoir des mé­dias na­tio­naux sur les ex­po­si­tions or­ga­ni­sées à Riom. Les faire ve­nir à Mar­seille se­ra sans doute moins dif­fi­cile. Et puis, j’es­père pou­voir dé­ve­lop­per des par­te­na­riats avec les grands mu­sées pa­ri­siens, avec la Vil­la Noailles à Hyères et avec le Fes­ti­val de la mode et du de­si­gn.

MA­RIE-JO­SÉE LI­NOU. Le conser­va­teur quitte le mu­sée Man­det à Riom pour le mu­sée Bo­ré­ly à Mar­seille. PHO­TO FRANCK BOI­LEAU

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