L’in­dis­ci­pline règne en maître

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième Jour - Jé­rôme Pilleyre je­rome.pilleyre@cen­tre­france.com (*) De­nis Meu­ret, La mau­vaise dis­ci­pline dans les classes fran­çaises et quelques autres ré­sul­tats de Pi­sa 2015, Les Notes du Con­seil scien­ti­fique, n° 2, mars 2017.

En­fin les grandes va­cances ! Les sco­laires vont pou­voir souf­fler après une an­née stu­dieuse. Stu­dieuse ? Pas vrai­ment : les élèves fran­çais, à dé­faut de briller en com­pré­hen­sion de l’écrit, ma­thé­ma­tiques ou sciences, sont, à l’échelle in­ter­na­tio­nale, par­mi les plus dis­si­pés.

N ote après note, les en­quêtes Pi­sa ren­voient le sys­tème édu­ca­tif fran­çais à ses de­voirs. Dans une note (*), adres­sée celle­là à la Fé­dé­ra­tion des conseils de pa­rents d’élèves (FCPE), le pro­fes­seur émé­rite en sciences de l’édu­ca­tion De­nis Meu­ret se veut plus sé­vère en­core en poin­tant du doigt l’in­dis­ci­pline des élèves fran­çais.

En 2015, rap­pelle­t­il en pré­am­bule, « la per­for­mance moyenne de nos élèves – en sciences, en com­pré­hen­sion de l’écrit, en ma­thé­ma­tiques –, est proche de la moyenne des 34 pays de L’OCDE, ce qui s’ob­serve de­puis le dé­but des éva­lua­tions Pi­sa ».

Men­tion pas­sable, donc, s’il n’y avait la mé­ri­to­cra­tie sco­laire pour alour­dir la note. « Mais ces per­for­mances, cor­rige­t­il aus­si­tôt, sont dis­tri­buées de fa­çon net­te­ment in­équi­table. D’abord parce que les in­éga­li­tés entre élèves forts et faibles sont par­ti­cu­liè­re­ment fortes en France : la per­for­mance moyenne de nos meilleurs élèves est meilleure que celle des meilleurs élèves de L’OCDE, mais celle de nos élèves faibles est plus faible que celle des élèves faibles de L’OCDE […]. En­suite, parce que les in­éga­li­tés de per­for­mance se­lon le mi­lieu so­cial sont les plus fortes de L’OCDE. »

Sombre ta­bleau

Mais c’est un autre clas­se­ment, sous­ja­cent, que le cher­cheur sur­ligne. Car les élèves étaient aus­si in­ter­ro­gés sur l’am­biance qui règne en cours, sin­gu­liè­re­ment en sciences. Bref : « Les élèves n’écoutent pas ce que dit le pro­fes­seur, il y a du bruit et du dé­sordre, les élèves ne peuvent pas bien tra­vailler, les élèves ne com­mencent à tra­vailler que long­temps après le dé­but du cours, le pro­fes­seur doit at­tendre long­temps que les élèves se calment. »

Les en­quêtes Pi­sa suc­ces­sives livrent deux en­sei­gne­ments : au­tant la dis­ci­pline ne va­rie pas d’une ma­tière à l’autre, au­tant celle­ci fluc­tue d’un pays à l’autre.

« La France, dé­plore le cher­cheur, est le pays où ce cli­mat est le plus dé­gra­dé, non seule­ment au sein de L’OCDE, mais dans l’en­semble des 72 pays Pi­sa, à la seule ex­cep­tion de la Tu­ni­sie. » Et d’in­sis­ter : « Pi­sa cal­cule en outre cet in­dice pour cha­cun des quatre quarts des écoles clas­sées se­lon le mi­lieu so­cial moyen de leurs élèves. Dans tous les pays, le cli­mat est plus dé­gra­dé dans le quart le plus “dé­fa­vo­ri­sé” des écoles. Mais l’écart de dis­ci­pline entre écoles fa­vo­ri­sées et dé­fa­vo­ri­sées en France est un des plus éle­vés des pays de L’OCDE. »

L’in­dis­ci­pline n’étant pas la meilleure ga­ran­tie pour réus­sir à l’école, il faut re­con­naître à la mé­ri­to­cra­tie sco­laire hexa­go­nale une co­hé­rence cer­taine…

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