Sal­mo­ni­cul­ture de Chan­teuges, une ré­pu­ta­tion à l’échelle in­ter­na­tio­nale

La sal­mo­ni­cul­ture de Chan­teuges, en Haute­loire, est un des lieux les plus in­no­vants du monde pour qui s’in­té­resse au re­peu­ple­ment des ri­vières par les grands pois­sons mi­gra­teurs.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Pomme La­brousse pomme.la­brousse@cen­tre­france.com

Ils sont nés en Inde, en Alas­ka, en Es­pagne ou aux Pays­bas. Ils pré­parent leur thèse en Nor­vège, en Is­raël, à Pa­ris ou en Al­le­magne. Mais c’est à Chan­teuges qu’ils se re­trouvent. Dans cette pe­tite com­mune de Haute­loire est im­plan­tée la plus vaste sal­mo­ni­cul­ture d’eu­rope. Là, les tech­niques uti­li­sées pour la re­pro­duc­tion du sau­mon at­lan­tique de souche Al­lier, pour l’éclo­sion des oeufs et l’éle­vage des ju­vé­niles, sont « ce qui se fait de meilleur dans le monde ». Ce n’est pas son em­blé­ma­tique di­rec­teur Pa­trick Mar­tin qui le dit. Mais des scien­ti­fiques ve­nus de toute la pla­nète.

« L’une des meilleures du monde »

« Chan­teuges est une des meilleures sal­mo­ni­cul­tures du monde », ré­sume Finn­arne Welt­zien, chef d’or­chestre des re­cherches de ces doc­to­rants (lire ci

des­sous). Le scien­ti­fique rap­pelle que la sal­mo­ni­cul­ture uti­lise di­rec­te­ment l’eau de la ri­vière : la com­po­si­tion et la tem­pé­ra­ture de l’eau des bas­sins sont donc iden­tiques au mi­lieu na­tu­rel du sau­mon. Re­pro­duc­teurs sau­vages, rythme de l’ali­men­ta­tion, contrôle de la lu­mi­no­si­té, ex­pé­ri­men­ta­tion… Le site au­ver­gnat est un mo­dèle.

Les jeunes doc­to­rants y sont donc comme des pois­sons dans l’eau, eux qui sont aus­si la crème de la crème. Bio­lo­gistes, gé­né­ti­ciens, so­cio­logues ou an­thro­po­logues, leurs tra­vaux visent à être utiles tant pour les ri­ve­rains des ri­vières où le sau­mon, l’an­guille ou l’es­tur­geon vivent (ou vi­vaient) qu’aux tech­no­crates eu­ro­péens, en pas­sant par les pis­ci­cul­teurs et les pê­cheurs.

Une équipe a ain­si écrit un livre illus­tré, à des­ti­na­tion des pe­tits Es­pa­gnols, sur le cycle bio­lo­gique de l’an­guille d’eu­rope. Car cette der­nière est me­na­cée d’ex­tinc­tion. L’es­tur­geon est l’es­pèce de pois­son eu­ro­péen la plus me­na­cée. Quant au sau­mon de l’al­lier, qui ac­com­plit, avec ses 900 ki­lo­mètres, le tra­jet le plus long de l’océan à une zone de frai, il risque lui aus­si de dis­pa­raître. « J’es­père que les gens qui vivent au bord de l’al­lier réa­lisent à quel point ce pois­son est pré­cieux », ré­sume l’al­le­mande So­phia Ko­chals­ki.

Son ca­ma­rade Mit­chell Fle­ming le sait, lui qui passe la moi­tié de son temps dans un la­bo­ra­toire pa­ri­sien et l’autre à Chan­teuges, à com­prendre comment l’en­vi­ron­ne­ment (la tem­pé­ra­ture de l’eau, la lu­mi­no­si­té) contrôle la mi­gra­tion du sau­mon. Ce Ca­na­dien a ra­con­té à ses ca­ma­rades la vic­toire de Pou­tès, puisque le bar­rage se­ra par­tiel­le­ment ara­sé d’ici à 2022. « Ce­la né­ces­site du temps, de la co­opé­ra­tion, de l’écoute, cha­cun doit cé­der un peu mais on y ar­rive. »

CONFLUENCE. L’étu­diant ca­na­dien Mit­chell Fle­ming passe la moi­tié de son temps à la sal­mo­ni­cul­ture de Chan­teuges, à deux pas de l’en­droit où les eaux de l’al­lier et de la Desges se mêlent : c’est no­tam­ment le fait d’uti­li­ser cette eau di­rec­te­ment dans les bas­sins où éclosent les oeufs de sau­mon qui fait de Chan­teuges un site à part.

Un pro­gramme de re­cherche eu­ro­péen Les étu­diants qui se sont réunis dans le Haut-al­lier pour un sé­mi­naire d’une di­zaine de jours ont été sé­lec­tion­nés par­mi plu­sieurs cen­taines de can­di­dats pour par­ti­ci­per au pro­gramme de re­cherche bap­ti­sé Im­press (Im­pro­ved pro­duc­tion stra­te­gies for en­dan­ge­red fre­sh­wa­ter spe­cies, stra­té­gies de pro­duc­tion amé­lio­rées pour des es­pèces d’eau douce me­na­cées, en fran­çais). Coor­don­né par l’uni­ver­si­té d’os­lo, le pro­gramme donne quatre ans à quinze doc­to­rants pour qu’ils tra­vaillent sur plu­sieurs fronts afin d’ai­der au re­peu­ple­ment du sau­mon at­lan­tique, de l’an­guille et de l’es­tur­geon. L’eu­rope in­ves­tit au to­tal quatre mil­lions d’eu­ros, de 2015 à 2018, dans ces re­cherches. « Nous nous concen­trons sur les moyens de faire se re­pro­duire ces pois­sons en cap­ti­vi­té, afin d’avoir des spé­ci­mens qui soient en­suite ca­pables de sur­vivre dans la na­ture », pré­cise Finn-arne Welt­zien, qui cha­peaute le pro­jet. Im­press don­ne­ra nais­sance à des pro­to­coles dé­taillés, libres d’ac­cès, qui per­met­tront no­tam­ment aux pis­ci­cul­tures d’amé­lio­rer leurs pra­tiques. Ce scien­ti­fique Nor­vé­gien rap­pelle ce­pen­dant que « la chose la plus im­por­tante à faire, c’est d’amé­lio­rer l’ha­bi­tat des pois­sons. »

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