À

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

En 1982, Di­dier Bour­don, Ber­nard Cam­pan, Pas­cal Lé­gi­ti­mus, Smaïn et Sey­mour Brus­sels s’es­sayent à la té­lé­vi­sion dans « Le Pe­tit Théatre de Bou­vard ». Ils montent une troupe, « Les Cinq », et un mo­deste spec­tacle. Pour se faire connaître, les ap­pren­tis hu­mo­ristes ap­posent sur leurs af­fi­chettes la men­tion « Dé­cou­verts par Phi­lippe Bou­vard ». Mais la ve­dette d’an­tenne 2 s’ir­rite que des in­con­nus pro­fitent de sa no­to­rié­té, et me­nace d’un pro­cès. Les dé­bu­tants prennent alors comme nom « Les In­con­nus ». Vous connais­sez la suite.

Juste après vient le nom. Quand les uni­ver­si­tés amé­ri­caines sol­li­citent par cour­rier leurs étu­diants pour ré­pondre à un ques­tion­naire – fa­cul­ta­tif –, 72 % ac­ceptent la re­quête si le pré­nom du de­man­deur est le même que le leur (contre seule­ment 44 % avec un pré­nom dif­fé­rent). Le taux culmine à 96 % en cas de si­mi­li­tude du nom de fa­mille !

Non, ce n’est pas un gros mot, c’est l’étude des noms propres, et de leur his­toire. De­puis la guerre de 14­18, chaque com­mune de France a son mo­nu­ment aux morts. Le plus an­cien re­monte à 886. Pas 1886. 886. [Trois chiffres : ja­mais pon­du une phrase aus­si courte.] À Pa­ris, il y a plus d’un mil­lé­naire donc, douze sol­dats sont tom­bés pour dé­fendre la tour du Pe­tit Châ­te­let de l’as­saut des Vi­kings. C’était l’hi­ver. Ils s’ap­pe­laient Ai­mard, Ar­noud, Er­men­froi, Gos­souin, Guy, Har­dré, Her­land, Her­vé, Her­vi, Jou­bert, Ouacre, et Seuil. Si vous connais­sez une de ces fa­milles, dites­leur que leur ADN s’est frot­té aux Vi­kings. Qu’ils soient fiers de leur pa­tro­nyme, gra­vé dans la pierre. Quand tant d’autres se planquent. Après l’af­faire Ta­pie, le Cré­dit Lyon­nais a som­bré, de­ve­nu LCL. La Gé­né­rale des Eaux, em­bour­bée, s’est muée en Vi­ven­di. Même Ta­ser, qui fa­brique le pis­to­let élec­trique de la po­lice, a ré­cem­ment chan­gé de nom. Dé­sor­mais c’est Axon. Ce­la ne fe­ra pas re­ve­nir les 334 morts re­cen­sés par Am­nes­ty.

« Tho­mas Lang­mann in­ter­pel­lé lors d’une opé­ra­tion an­ti­drogue ». C’était un titre du fin mai. Qui ba­lance : « L’ac­teur et pro­duc­teur a été ar­rê­té dans la nuit de lun­di à mar­di bou­le­vard des In­va­lides à Pa­ris alors qu’il ache­tait une dose de co­caïne ». Le jour­na­liste pré­cise : « Son four­nis­seur pré­su­mé, âgé de 27 ans et ori­gi­naire de Dran­cy (93) a éga­le­ment été ar­rê­té. Les po­li­ciers ont dé­cou­vert sur lui près de 10 grammes de co­caïne ». Cal­cul som­maire : c’est au moins dix fois la dose ache­tée par le pro­duc­teur de ci­né­ma, mais le pa­tro­nyme du dea­ler est pas­sé sous si­lence. Ils ne l’avaient pas ? Bien sûr que si : ils ont son âge et son adresse. Mo­ra­li­té : mieux vaut vendre de la drogue qu’en ache­ter, tu es mieux trai­té par les mé­dias.

la co­mé­dienne El­sa Zyl­ber­stein a été condam­née à trois mois de pri­son avec sur­sis et 1.500 eu­ros d’amende, pour avoir ren­ver­sé en fé­vrier une dame de 89 ans, alors qu’elle ef­fec­tuait une marche ar­rière en voi­ture. C’est qui cafte. Pas­sion­nant. Vont­ils dres­ser la liste de tous les in­ci­dents de par­king ? À l’in­verse, quand un rou­tier grille un stop et ex­pé­die une fa­mille au ci­me­tière (Twin­go contre 35­tonnes, Blam !), son ano­ny­mat est pré­ser­vé par les ga­zettes. Pour­quoi cette pu­deur ? Qui veut pro­té­ger qui ? Qui veut nuire à qui ? Et dans quel but ? Mys­tère.

Ah, l’in­sou­ciance des six­ties !… 1967. Geor­gette Le­maire est une star. La chan­teuse se rend à un ga­la. Sa voi­ture, conduite par son pia­niste, fauche une pas­sante. Dans son édi­tion du 2 no­vembre,

le si­tue : « Bob Sel­lers, 26 ans, pia­niste im­pré­sa­rio de­meu­rant 24, rue Vic­tor Hu­go à Su­resnes ». Manque plus que l’étage ! Conti­nuons : « À l’en­trée de Tourves, une pas­sante, Ma­dame Rose Bon­ne­foy, 67 ans, tra­verse su­bi­te­ment la chaus­sée. Heur­tée de plein fouet et ren­ver­sée mal­gré une ma­noeuvre déses­pé­rée de Bob Sel­lers, la sexa­gé­naire, at­teinte à la tête et aux jambes, de­vait suc­com­ber quelques mi­nutes plus tard ». La conclu­sion laisse sans voix : « Sur­mon­tant son émo­tion, la chan­teuse ef­fec­tua nor­ma­le­ment son tour de chant. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.