La grande af­faire des re­boi­se­ments des ter­rains de mon­tagne

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Grand angle -

Le pas­sé, le pré­sent. Que nous disent ces images de l’au­vergne des an­nées 1900 ? Que nous disent-elles de l’évo­lu­tion des pay­sages ? La pa­role à Yves Mi­che­lin, agro­nome et géo­graphe, spé­cia­liste de la Chaîne des Puys.

Pre­mier et prin­ci­pal élé­ment mar­quant des zones de mon­tagne : les fo­rêts sont ab­sentes ou nais­santes. La fin du XIXE siècle, c’est la fin d’un sys­tème agri­cole qui a at­teint ses li­mites.

La fin d’une époque

« On voit le vil­lage avec les prai­ries de fauche au­tour, les pâ­tures sur les ver­sants, les par­cours sur les mon­tagnes. Les po­li­tiques de re­boi­se­ment ont contri­bué à faire bais­ser la po­pu­la­tion ; ce qui laisse plus de place à ceux qui res­tent. Ils vont fa­bri­quer un sys­tème moins agres­sif pour le mi­lieu et plus tour­né vers l’éle­vage : ça ar­rive dans le Can­tal au dé­but du XIXE siècle, dans le Puy­de­dôme à la fin du siècle, avec le bas­cu­le­ment vers le lait et la viande. »

À cette époque, l’éro­sion des terres de mon­tagnes com­mence à être consi­dé­rée comme un pro­blème ma­jeur : qui dit éro­sion en haut dit inon­da­tions et cou­lées de boue en bas, dans les zones ha­bi­tées. Et ce­la met aus­si en dan­ger les usines.

« L’éro­sion a com­men­cé à po­ser des pro­blèmes à par­tir du mi­lieu du XIXE, dé­ve­loppe Yves Mi­che­lin. C’est le comte de Mont­lo­sier qui pro­pose, le pre­mier, de re­boi­ser des ter­rains au­tour du puy de la Vache. Il vou­lait faire la preuve que l’on pou­vait re­cons­ti­tuer des fo­rêts sur des ter­rains to­ta­le­ment dé­gra­dés. Il fait les pre­miers re­boi­se­ments en 1820 et 1830. En­suite, un in­gé­nieur met en évi­dence la re­la­tion entre le sur­pâ­tu­rage et l’éro­sion, dans les Alpes. Et il va conce­voir la lo­gique de la res­tau­ra­tion des ter­rains de mon­tagne : conce­voir des ou­vrages qui vont frei­ner l’eau et re­plan­ter des arbres pour re­te­nir la terre. »

Lut­ter contre l’éro­sion

Tous les mas­sifs fran­çais sont concer­nés, sur des ter­rains de pâ­tu­rages uti­li­sés par les po­pu­la­tions qui ha­bitent la mon­tagne et qui leur per­mettent de sub­sis­ter. On voit bien cette évo­lu­tion dans une pho­to de la val­lée de la Dor­dogne, au Mont­dore avec les pre­mières plan­ta­tions vi­sibles. « Au dé­but, ce­la se fait dans une lo­gique de lutte contre l’éro­sion, pas contre l’agri­cul­ture de mon­tagne. À par­tir de 1860, avec la loi d’em­pire qui rend obli­ga­toire la res­tau­ra­tion des ter­rains de mon­tagne, on va le faire contre la vo­lon­té des ha­bi­tants. Dans les Py­ré­nées, ça va très mal se pas­ser, avec ce que l’on a ap­pe­lé la guerre des De­moi­selles. Dans le Mas­sif cen­tral, ce­la a été plus tar­dif, moins violent et moins sys­té­ma­tique. Mais quand même contre les po­pu­la­tions : on les pri­vait de ter­rains qui ne va­laient rien en pro­duc­tion mais qui étaient in­dis­pen­sables pour eux. On pou­vait y mettre des bre­bis l’été, qui ap­por­taient du fu­mier et fer­ti­li­saient les cultures. Tout s’en­chaîne : si vous n’avez plus ça pour faire pous­ser vos cé­réales, vous n’avez plus rien. »

On est dans les an­nées 1880 et jus­qu’à la guerre de 1914, la pé­riode où ont été prises les pho­tos. Ce­la cor­res­pond à une vague d’exode, qui va di­mi­nuer la pres­sion dans les zones de mon­tagne. « Et ceux qui res­tent voient les arbres pous­ser et quand ils sont grands, ce­la rap­porte. »

ÉPOQUES. Les sta­tions ther­males, Vi­chy sur­tout mais aus­si Royat, sont les lieux les plus pho­to­gra­phiés. Pas une seule image de Cler­mont-fer­rand.

DE­TROIT PUBLISHING CO., LIBRARY OF CONGRESS

GÉO­GRA­PHIE. Agro­nome et géo­graphe à Vet Agro Sup, Yves Mi­che­lin est un spé­cia­liste des pay­sages au­ver­gnats. Il tra­vaille par­ti­cu­liè­re­ment sur la Chaîne des Puys, dans le cadre de la can­di­da­ture au pa­tri­moine mon­dial de l’unes­co PHO­TO PIERRE COUBLE

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