Car­re­four des mo­no­théismes

L’es­pla­nade des Mos­quées à Jé­ru­sa­lem re­ven­di­quée par l’is­lam et le ju­daïsme

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième Jour - Yves Car­roué yves.car­roue@cen­tre­france.com

L’es­pla­nade des Mos­quées à Jé­ru­sa­lem est aus­si le mont du Temple pour les juifs. Une source de conflits in­ta­ris­sable entre Pa­les­ti­niens et Is­raé­liens dans une ville où de­vraient co­ha­bi­ter les trois grands mo­no­théismes de la pla­nète.

C’ est un lieu de prière d’im­por­tance mon­diale. Mais il est dis­pu­té par deux groupes in­con­ci­liables, les Pa­les­ti­niens mu­sul­mans, d’un cô­té, et les juifs is­raé­liens, de l’autre. De­puis 1967 et son an­nexion, avec le sec­teur orien­tal de Jé­ru­sa­lem, par les Is­raé­liens, l’es­pla­nade des Mos­quées, ap­pe­lée par les juifs mont du Temple, est une source de ten­sions par­fois mor­telles entre deux des prin­ci­pales re­li­gions mo­no­théistes de la pla­nète.

Théo­ri­que­ment, le lieu a été confié par le gé­né­ral is­raé­lien Moshe Dayan, vain­queur de la guerre des Six Jours, en 1967, à une fon­da­tion pieuse mu­sul­mane, le Wa­qf de Jé­ru­sa­lem. Et sa ges­tion est re­ve­nue au royaume de Jor­da­nie après qu’am­man a si­gné un trai­té de paix – éga­le­ment dit « ac­cords de Wa­di Ara­ba » – avec Is­raël, en 1994.

Le sa­cri­fice fon­da­teur d’abra­ham

Les évé­ne­ments montrent en réa­li­té ce que les tou­ristes constatent de vi­su : la po­lice is­raé­lienne contrôle le sec­teur – qui com­prend aus­si le cé­lèbre Mur des La­men­ta­tions, où vont prier les juifs, der­nier ves­tige du Temple de Sa­lo­mon. C’est ain­si que l’ac­cès à l’es­pla­nade a été in­ter­dit, ven­dre­di, aux hommes mu­sul­mans de moins de 50 ans par Is­raël.

Ces der­niers jours, l’ac­tua­li­té a re­mis au pre­mier plan ce site où les mu­sul­mans ont re­fu­sé de se sou­mettre aux dé­tec­teurs mis en place par les Is­raé­liens et au fil­trage de l’ac­cès aux deux sanc­tuaires, le dôme du Ro­cher, à la spec­ta­cu­laire cou­pole do­rée, et la mos­quée al­aq­sa.

C’est qu’en le nom­mant mont du Temple, les juifs com­mé­morent ce­lui de Sa­lo­mon, dé­truit au VIE siècle avant Jé­sus­ch­rist re­bâ­ti puis ra­sé sur ordre de l’em­pe­reur Ti­tus, en 70 de notre ère. C’est le lieu my­thique de la créa­tion du monde et du « sa­cri­fice d’abra­ham » : au mo­ment de tuer son fils Isaac, le vieil homme fi­nit par égor­ger un bé­lier, sur l’ordre de Dieu. Abra­ham est l’aïeul du ju­daïsme et du chris­tia­nisme et c’est aus­si l’un des cinq grands pro­phètes de l’is­lam.

Les mu­sul­mans, eux, y voient l’en­droit le plus loin­tain où se soit ren­du le pro­phète Ma­ho­met (570­632) et ce­lui dont il s’est en­vo­lé vers le ciel après sa mort, im­pri­mant la forme de son pied dans ce l’on ap­pelle le mont Mo­riah, émi­nence re­cou­verte par le dôme du Ro­cher.

Si l’es­pla­nade est gé­né­ra­le­ment ou­verte à tous, l’ac­cès aux deux sites sa­crés de l’is­lam est in­ter­dit aux non­mu­sul­mans et les juifs ne doivent pas y prier à haute voix. Les rab­bins dis­suadent de toute ma­nière les juifs pra­ti­quants d’al­ler sur l’es­pla­nade car ils ris­que­raient de pro­fa­ner le Saint des saints, la par­tie la plus sa­crée de l’an­cien Temple.

Mais cer­tains juifs ul­traor­tho­doxes pro­voquent des in­ci­dents en ten­tant de prier sur le site après être mon­tés à l’es­pla­nade comme de simples vi­si­teurs. Cer­tains abou­tissent à des heurts mor­tels entre Pa­les­ti­niens et po­lice is­raé­lienne. C’est après qu’ariel Sha­ron l’avait vi­si­tée, en 2000, en­tou­ré de plu­ sieurs cen­taines de membres des forces de sé­cu­ri­té, qu’était née la se­conde in­ti­fa­da.

Il y a chez cer­tains juifs ra­di­caux des pro­jets de re­cons­truc­tion du Temple qui au­rait à la fois un ca­rac­tère mys­tique avec la res­tau­ra­tion du royaume d’is­raël et se­rait le sym­bole de la re­prise dé­fi­ni­tive de Jé­ru­sa­lem qui pour­rait alors de­ve­nir la ca­pi­tale d’is­raël. Mais à quel prix ?

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