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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Et eux non plus. Les dé­pu­tés sont consi­gnés à l’as­sem­blée Na­tio­nale. Pas de va­cances pour eux. Pas en­core. Iro­nie des mots – c’est le dic­tion­naire Le Ro­bert qui me l’ap­prend – : au XIXE siècle, un va­can­cier était un dé­pu­té qui n’as­sis­tait pas aux séances. Le terme n’a pris son sens ac­tuel que vers 1950. nous en­seigne quel rythme adop­ter en va­cances. Je pen­sais bê­te­ment que l’été est la pé­riode idéale pour se cou­cher quand on a som­meil et se ré­veiller quand le corps le dé­cide. Pas du tout, pro­fesse­t­elle : pour bien pro­fi­ter des va­cances, il faut conti­nuer à mettre son ré­veil le ma­tin ! Pour deux rai­sons : ne pas per­tur­ber son hor­loge in­terne, et sur­tout prendre conscience du temps qui passe et de cette li­ber­té in­édite. C’est le bon sens même : im­pos­sible de pro­fi­ter d’une ma­ti­née de libre si on se ré­veille en dé­but d’après­mi­di.

Vous vous rap­pe­lez la cé­lèbre phrase de Georges Mar­chais quand il avait osé ba­lan­cer en di­rect à la té­lé­vi­sion « Tai­sez vous El­kab­bach ! » ?… Dé­so­lé de vous dé­ce­voir, il ne lui a ja­mais dit ça. C’est jus­te­ment pour cette rai­son que l’ex­trait ne re­passe ja­mais dans les bê­ti­siers d’été, ni dans au­cune émis­sion po­li­tique. Et qu’on ne le re­trouve pas non plus sur in­ter­net.

Avant d’al­ler consul­ter, ce­ci de­vrait vous ras­su­rer : en sep­tembre 2014,

avait consa­cré un ar­ticle au cé­lèbre jour­na­liste po­li­tique, in­ti­tu­lé « Tai­sez vous El­kab­bach ! ». Ex­trait choi­si : « L’oc­ca­sion de se rap­pe­ler un mo­ment culte de té­lé­vi­sion. Nous sommes en 1978 en pleine cam­pagne pour les Lé­gis­la­tives. Sur le pla­teau de Cartes sur table, sur An­tenne 2, Georges Mar­chais, se­cré­taire du Par­ti com­mu­niste, s’agace face aux ques­tions de Jean­pierre El­kab­bach. » C’est beau mais c’est faux. Trois lignes plus loin, le jour­na­liste est obli­gé d’avouer que le « mo­ment culte » qu’il vient de dé­crire n’existe pas.

« Tout à fé, Thier­ry », est une in­ven­tion des Guignols de Ca­nal +, et non pas une phrase de JeanMi­chel Lar­qué ré­pon­dant à Thier­ry Rol­land. De la même fa­çon que Richard Vi­renque, le cy­cliste, le vrai, n’a ja­mais avoué : « j’ai été do­pé à l’in­su de mon plein gré ». C’est sa ma­rion­nette qui ré­pète ça.

Adam non plus d’ailleurs. La pomme n’existe pas dans la Bible, où il n’en est fait au­cune men­tion. Le texte sa­cré parle seule­ment du « fruit dé­fen­du ». Mais rien ne prouve que ce ne fut pas une poire ou une figue. Sous la plume de son créa­teur Co­nan Doyle, il dit souvent « mon cher Wat­son », il dit souvent « élé­men­taire » ; mais ja­mais les deux à la fois. Ce sont les pa­ro­dies et les té­lé­films qui ont fait la sou­dure.

à un élève du Bre­vet, on choi­sit cette sen­tence : « la fin jus­ti­fie les moyens ». Or le génial Flo­ren­tin n’a ja­mais écrit cette phrase, et sa phi­lo­so­phie est à l’op­po­sé de ce cy­nisme de bas étage.

: « Le XXIE siècle se­ra re­li­gieux ou ne se­ra pas ». Pas plus que Vol­taire, qui n’a ja­mais écrit cette mer­veille : « Je ne suis pas d’ac­cord avec ce que vous dites, mais je me bat­trai jus­qu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Dom­mage : c’est la ci­ta­tion de lui qu’on cite le plus.

le phi­lo­sophe Dio­gène n’ha­bi­tait pas dans un ton­neau. Pour une rai­son simple : au IVE siècle avant notre ère, la Grèce ne connais­sait pas cette in­ven­tion gau­loise, dif­fu­sée plus tard par les Ro­mains. C’est comme si on ra­con­tait : Na­po­léon est mort en avion. Même s’il existe un fond de vé­ri­té : il y a bien un aé­ro­port à Sainte­hé­lène, mais au­cune com­pa­gnie ne n’y pose. « Mal nom­mer les choses, c’est contri­buer au mal­heur du monde. » Al­bert Ca­mus non plus n’a ja­mais dit ça. Mais c’est tel­le­ment juste.

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