On passe en mode « slow life » ?

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com Le site de Cin­dy Cha­pelle : http://www.las­low­life.fr

Après avoir pas­sé une an­née à cou­rir, ac­cro­ché à son por­table et à sa montre, les va­cances d’été per­mettent sou­vent de re­prendre la main sur le temps. Mais com­ment gar­der le cap, une fois la ren­trée ve­nue, quand le quo­ti­dien re­prend ses droits ? La so­phro­logue Cin­dy Cha­pelle nous parle de « slow life »...

U n, deux, trois… On res­pire « en conscience ». Pas long­temps. Juste une mi­nute. « On s’ar­rête, on ferme les yeux et on écoute son souffle, on se re­lie à la tra­jec­toire de l’air dans son corps ». La voix tein­tée d’ac­cent du sud, Cin­dy Cha­pelle sait bien que, condi­tion­nés par nos modes de vie ac­cé­lé­rés, on ne change pas ses ha­bi­tudes du jour au len­de­main. D’ailleurs, elle le dé­con­seille même, tant c’est l’as­su­rance – sauf rares cas – de re­ve­nir très vite à ses vieux dé­mons. La so­phro­logue pré­fère al­ler dou­ce­ment mais sû­re­ment. « Pas à pas », comme l’en­seigne l’art ja­po­nais du « Kai­zen ». « Il faut lais­ser in­fu­ser ». En « slow », on n’en at­ten­dait pas moins.

La « slow life » est ve­nue à elle avant même qu’elle mette un nom des­sus. Une ques­tion de na­ture pro­fonde. « Ado­les­cente, j’ai­mais les ran­don­nées dans les Alpes, ob­ser­ver le monde ». Puis sa for­ma­tion en so­phro­lo­gie la conduit à « in­té­grer un état d’es­prit plus positif. J’ai ap­pris à me re­laxer ». Et voi­là qu’il y a peu, elle dé­couvre ce « vé­ri­table art de vivre » qu’est la « slow life », née dans les an­nées 80, alors même qu’elle en dif­fu­sait dé­jà le mes­sage, sans le sa­voir, dans ses ate­liers de dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel. Il y a deux ans, elle monte son site las­low­life.fr qu’elle ali­mente de chro­niques ré­gu­lières sur une soi­rée sans té­lé, un trip vélo en fa­mille, les fleurs co­mes­tibles, la conso lo­cale, le « land art », une re­cette de smoo­thie… « La slow life, c’est une glo­ba­li­té », ex­plique la jeune femme de 31 ans. « Il s’agit de prendre du temps pour soi, d’être da­van­tage pré­sent pour les autres, de pro­fi­ter de la na­ture qui nous en­toure, de bien man­ger en pri­vi­lé­giant les pro­duits lo­caux, de consom­mer res­pon­sable ». D’ailleurs, « slow » se dé­mul­ti­plie à l’in­fi­ni : slow tourisme, slow cos­mé­tique, slow food, slow ma­na­ge­ment, slow sex…

Cin­dy Cha­pelle vou­drait tout de même qu’on ne s’y trompe pas. « La slow life, ce n’est pas juste je m’ar­rête, je marche len­te­ment. Il ne faut pas croire que c’est vivre au ra­len­ti, li­mite ne rien faire. Non, c’est ap­prendre à ap­pré­cier plei­ne­ment le mo­ment pré­sent. Der­rière, on est dans l’en­thou­siasme de la vie. On re­trouve la sa­veur du temps ».

Alors, « oui bien sûr, c’est une pause, il faut oser s’en­nuyer, même si ça peut pa­raître né­ga­tif, car c’est pour mieux se ré­vé­ler à soi­même », confie l’auteure de La slow life en pleine conscience (Éditions Jou­vence) ou en­core Une pe­tite sieste et je me re­couche ! (Éditions Plume de Ca­rotte). Elle conseille de gar­der en tête l’« al­ter­nance de rythmes ». « Si la vie nous im­pose des mo­ments tré­pi­dants, lors de la ren­trée par exemple, der­rière, il faut sa­voir re­lâ­cher la pres­sion ».

Elle met en garde contre un leurre : « Ce n’est pas parce qu’on se jette par­tout qu’on a une vie plus in­tense. Notre vie est pleine si on reste connec­té à ce qui fait sens pour nous ». Faire moins, mais mieux. Ce­la passe par une « qua­li­té de pré­sence » quand on fait des choses quo­ti­diennes, du sport, de la cui­sine… « Il faut se re­lier à ses gestes, prendre conscience qu’on ne peut pas être par­tout. Ce­la va avec sa­voir dé­lé­guer pour les per­sonnes qui veulent tout gé­rer ». Elle voit par­fois cer­tains de ses pa­tients culpa­bi­li­ser, crai­gnant d’être égoïstes. « Non, c’est un bien à se faire, pour soi et pour les autres. On a tous be­soin de se re­trou­ver en tête­à­tête avec soi­même ».

CIN­DY CHA­PELLE. So­phro­logue. DR

ZEN. La vie mo­derne a créé une an­goisse nou­velle, iden­ti­fiée sous le nom de « fo­mo » (fear of mis­sing out), la peur de pas­ser à cô­té de quelque chose, qui nous conduit à nous dis­per­ser face à la mul­ti­tude de pro­po­si­tions. PHO­TO AFP

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