Ma­cron en ha­bits de chef de guerre

Toute pre­mière opé­ra­tion mi­li­taire pour le pré­sident de la Ré­pu­blique de­puis son élec­tion ■

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & Monde Actualités -

Em­ma­nuel Ma­cron a, pour la pre­mière fois, or­don­né une opé­ra­tion mi­li­taire d’en­ver­gure en dé­ci­dant de me­ner des frappes, avec Wa­shing­ton et Londres, contre le ré­gime sy­rien de Ba­char al-as­sad, res­pon­sable, se­lon lui, d’une at­taque à l’arme chi­mique le 7 avril.

Ces der­niers jours, le pré­sident de la Ré­pu­blique avait dé­ployé une in­tense ac­ti­vi­té di­plo­ma­tique, mul­ti­pliant les en­tre­tiens té­lé­pho­niques, no­tam­ment avec ses ho­mo­logues amé­ri­cain, Do­nald Trump, et russe, Vla­di­mir Pou­tine.

Pour le chef de l’état, « les faits et la res­pon­sa­bi­li­té du ré­gime sy­rien ne font au­cun doute » con­cer­nant la mort « de di­zaines d’hommes, de femmes et d’en­fants » dans une at­taque « à l’arme chi­mique », le 7 avril, à Dou­ma.

« La ligne rouge fixée par la France a été fran­chie »

« La ligne rouge fixée par la France, en mai 2017, a été fran­chie. J’ai donc or­don­né aux forces ar­mées fran­çaises d’in­ter­ve­nir cette nuit, dans le cadre d’une opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale di­ri­gée contre l’ar­se­nal chi­mique clan­des­tin du ré­gime sy­rien », pré­cise­t­il dans un com­mu­ni­qué dif­fu­sé dans la nuit.

Le Pré­sident a en­suite pu­blié, sur Twit­ter, des mes­sages en fran­çais, an­glais et arabe, avec une pho­to le mon­trant en train de pré­si­der une réunion dans le PC « Ju­pi­ter », le poste de com­man­de­ment de l’ély­sée. Il est no­tam­ment en com­pa­gnie du Pre­mier mi­nistre, Édouard Phi­lippe, de la mi­nistre des Ar­mées, Flo­rence Par­ly, et de ses prin­ci­paux conseillers di­plo­ma­tiques et mi­li­taires.

Em­ma­nuel Ma­cron, qui doit se rendre dans les pro­chaines se­maines aux États­unis puis en Rus­sie, au­ra l’op­por­tu­ni­té d’ex­pli­quer sa dé­ci­sion au cours de l’in­ter­view pro­gram­mée ce soir sur BFMTV, RMC et Me­dia­part. En at­ten­dant, c’est le chef de la di­plo­ma­tie, Jean­yves Le Drian, qui a fait une dé­cla­ra­tion pour jus­ti­fier une opé­ra­tion « lé­gi­time, pro­por­tion­née et ciblée ».

S’ex­pri­mant à ses cô­tés, Flo­rence Par­ly a in­di­qué que la France avait mo­bi­li­sé « à la fois des fré­gates mul­ti­mis­sions en Mé­di­ter­ra­née et des avions de chasse » pour frap­per. Ces ap­pa­reils – cinq Ra­fale, quatre Mi­ La France a mo­bi­li­sé, hier, d’im­por­tants moyens pour frap­per des « sites de pro­duc­tion et de sto­ckage d’armes chi­miques » du ré­gime sy­rien, aux cô­tés de ses al­liés amé­ri­cain et bri­tan­nique. Pa­ris a ti­ré douze mis­siles de croi­sière sur la cen­taine ayant vi­sé la Sy­rie, dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di, vers 3 heures du ma­tin, se­lon les in­for­ma­tions fournies par l’ély­sée et le mi­nis­tère des Ar­mées. Par­mi eux, trois mis­siles de croi­sière na­vals MDCN, d’une por­tée de 1.000 ki­lo­mètres et d’une pré­ci­sion de l’ordre du mé­trique, ont été ti­rés par une fré­gate mul­ti­mis­sions (FREMM). Une pre­mière pour la France, qui n’avait en­core ja­mais uti­li­sé cet ar­me­ment en si­tua­tion réelle. Pa­ris re­joint ain­si le club fer­mé des pays dis­po­sant, comme les États-unis ou la Grande-bre­tagne, de mis­siles de croi­sière em­bar­qués sur des bâ­ti­ments de guerre. Les Ra­fale ont, eux, ti­ré 9 mis­siles Scalp (por­tée su­pé­rieure à 250 km), une de­mi-heure en­vi­ron après la fré­gate. rage 2000, deux Awacs et cinq avions ra­vi­tailleurs – ont dé­col­lé de plu­sieurs bases aé­riennes de l’hexa­gone. Les mis­siles ti­rés par la fré­gate en­ga­gée et les avions ont vi­sé un site de pro­duc­tion et un site de sto­ckage d’armes chi­miques dans la ré­gion de Homs (lire ci­contre).

Près d’un an après sa prise de fonc­tion, le 14 mais 2017, Em­ma­nuel Ma­cron en­dosse donc pour la pre­mière fois ses ha­bits de chef de guerre pour or­don­ner une opé­ra­tion, après avoir hé­ri­té de celles contre les dji­ha­

distes au Le­vant (Cham­mal) et au Sa­hel (Bar­khane).

Il n’avait guère lais­sé pla­ner de doutes sur ses in­ten­tions de ré­agir mi­li­tai­re­ment après l’at­taque du 7 avril qui cor­res­pon­dait, se­lon lui, à la « ligne rouge » qu’il avait fixée, à sa­voir une at­taque chi­mique pré­sen­tant un ca­rac­tère « lé­tal » et pour la­quelle la res­pon­sa­bi­li­té du ré­gime était « avé­rée ».

→ À L’ONU. La France pren­dra des ini­tia­tives di­plo­ma­tiques « dès lun­di » à L’ONU pour ten­ter d’avan­cer vers un rè­gle­ment de la crise sy­rienne, a dit hier soir Jean-yves Le Drian.

PHO­TO AFP

PC « JU­PI­TER ». Le pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron a pu­blié, hier, sur Twit­ter une pho­to de lui en train de di­ri­ger une réunion de crise dans le PC « Ju­pi­ter », le poste de com­man­de­ment de l’ély­sée.

Douze tirs fran­çais dont trois mis­siles na­vals

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