Des si­gna­le­ments aux airs de ven­geance

■ Une femme épin­glée pour des dé­non­cia­tions ca­lom­nieuses vi­sant des fa­milles de Saint­Amant­Tal­lende

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Puy-De-Dôme Actualité - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­noin@cen­tre­france.com

Par trois fois, elle a aler­té sur la si­tua­tion « in­quié­tante » d’en­fants de son vil­lage. Et par trois fois, les ser­vices spé­cia­li­sés n’ont rien trou­vé. La dé­non­cia­trice a été condam­née à six mois de pri­son avec sur­sis.

«Je n’ai ja­mais vou­lu ac­cu­ser qui que ce soit de mal­trai­tances ou de choses comme ça. Mais pour moi, ces ga­mins avaient de vrais pro­blèmes ».

De­vant les ma­gis­trats cler­mon­tois qui la ju­geaient, ce mer­cre­di, la frêle qua­dra­gé­naire s’ac­croche fer­me­ment à la barre et à sa ver­sion. C’est « de bonne foi », main­tient­elle, qu’elle a com­po­sé le 119 – le nu­mé­ro d’ur­gence dé­dié à l’en­fance en dan­ger – à trois re­prises, entre mai 2015 et fé­vrier 2016. « Ce que j’ai fait re­mon­ter, je l’ai vu », in­siste en­core la pré­ve­nue.

Les en­quêtes toutes clas­sées sans suite

En l’es­pace de dix mois, cette femme ori­gi­naire de Loire­At­lan­tique prend donc son té­lé­phone pour ré­vé­ler les cas « pré­oc­cu­pants », dit­elle, de trois élèves. Point com­mun : tous sont sco­la­ri­sés dans le même éta­blis­se­ment que son fils, à SaintA­mant­Tal­lende.

Le conte­nu des si­gna­le­ments va­rie. L’une des fillettes, « en si­tua­tion vi­sible de ter­reur », por­te­rait des « traces sus­pectes sur le vi­sage ». Un pe­tit gar­çon « sale et mal ha­billé » se­rait ré­gu­liè­re­ment « livré à lui­même dans le quar­tier », sans la moindre sur­veillance. « Il est aus­si ques­tion de sou­cis d’in­sa­lu­bri­té ou d’al­coo­lisme », com­plète le pré­sident Juillard.

À chaque fois, ces ren­sei­gne­ments alar­mants dé­bouchent sur des en­quêtes so­ciales pous­sées. « On s’est fait énor­mé­ment de sou­ci, on ne com­pre­nait pas comment un truc pa­reil pou­vait nous tom­ber des­sus alors que l’on n’avait rien à se re­pro­cher. C’est trau­ma­ti­sant », té­moigne une ma­man in­jus­te­ment mise en cause.

Les trois pro­cé­dures s’achèvent par au­tant de clas­se­ments sans suite. « Les ser­vices spé­cia­li­sés ont tout vé­ri­fié, ils n’ont rien trou­vé. Ça vous ins­pire quoi ? », in­ter­roge le pré­sident. La pré­ve­nue lâche un rire ner­veux. « Tant mieux pour les pa­rents. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien chez eux », ba­laie­t­elle en­suite, in­flexible.

Les vic­times sont pour­tant una­nimes : toutes ont la cer­ti­tude d’avoir été dé­si­gnées par pure ven­geance, sur fond de bis­billes clo­che­mer­lesques. La dé­non­cia­trice au­rait ain­si fait « payer » à une mère son re­fus de co­voi­tu­rer avec elle. Une autre dit avoir été ciblée parce qu’elle n’avait pas vou­lu se « li­guer » avec la pré­ve­nue contre l’ins­ti­tu­trice de leurs deux en­fants. « C’est faux, j’ai ja­ mais agi par ven­geance », per­siste l’in­té­res­sée, tout en se plai­gnant d’avoir vé­cu « l’enfer » dans ce vil­lage qu’elle a de­puis quit­té.

« Elle a men­ti dans un seul but : faire mal et meur­trir »

« Cette dame est par­fai­te­ment lu­cide et fran­che­ment dan­ge­reuse, tacle Me Dos San­tos, pour l’une des par­ties ci­viles. Elle a agi de fa­çon cal­cu­lée, avec une mau­vaise foi évi­dente. La preuve : face aux gen­darmes, elle a même nié, dans un pre­mier temps, être l’au­teur de ces ap­pels au 119 ». « Elle a men­ti sciem­ment, dans un seul et unique but : faire mal et meur­trir », ajoute Me Por­tal, le conseil d’un se­cond couple.

« La dé­non­cia­tion ca­lom­nieuse sup­po­se­rait que ma cliente sa­vait, au mo­ment de ré­vé­ler ces faits, que ceux­ci étaient to­ta­le­ment ou en par­tie in­exacts, tente de re­ca­drer Me Dom­pierre en dé­fense. Or, dans son es­prit, c’était bien la réa­li­té ! Quand elle fait le 119, elle dé­crit avec sin­cé­ri­té ce qu’elle res­sent ».

Mais la re­laxe plai­dée par l’avo­cate est écar­tée par le tri­bu­nal, qui va même au­de­là des ré­qui­si­tions du par­quet. La qua­dra­gé­naire écope de six mois de pri­son as­sor­tis d’un sur­sis avec mise à l’épreuve pen­dant deux ans, com­pre­nant une obli­ga­tion de soins et l’in­ter­dic­tion de pa­raître à Saint­Amant­Tal­lende. 3.000 eu­ros sont en­fin al­loués à cha­cune des par­ties ci­viles. ■

PHO­TO FRED MARQUET

SANC­TION. La peine pro­non­cée par le tri­bu­nal cler­mon­tois com­prend no­tam­ment une obli­ga­tion de soins et l’in­ter­dic­tion, pour la pré­ve­nue, de pa­raître à Saint-Amant-Tal­lende.

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