LE FEUILLE­TON

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Au Quotidien -

– Mais si, tu peux. Al­lez, cou­rage !

– “Je ne dis pas au re­voir à ma pe­tite soeur, comme je l’ai fait jus­qu’ici, je dis au re­voir à celle que j’aime. Oui, je t’aime, Vé­ro­nique, de­puis quelque temps je res­sens pour toi l’amour qu’un homme éprouve pour une femme.” Voi­là exac­te­ment ce qu’il a dé­cla­ré. Je ne risque pas d’ou­blier, je me suis ré­pé­té ses pa­roles des mil­liers de fois.

– Et qu’as-tu ré­pon­du ? de­man­da Sa­rah après un bref si­lence.

– D’abord, je suis res­tée muette, je m’at­ten­dais si peu à une telle dé­cla­ra­tion. En­fin, j’ai ris­qué : “William, tu as vingt ans et moi seule­ment dix-sept. Ce n’est pas pos­sible, tu dois le com­prendre. Nos pa­rents…” À quoi il a ré­pon­du : “Il ne s’agit pas de nos pa­rents mais de nous. Ce­pen­dant, tu as en­tiè­re­ment rai­son sur un point. Tu es très jeune, en ef­fet, et je com­prends que je t’ai prise au dé­pour­vu. Nous ne nous re­ver­rons pas avant long­temps, pro­fi­te­sen pour ré­flé­chir. À mon re­tour, nous en re­par­le­rons. En at­ten­dant, j’es­père que tu m’écri­ras de temps à autre, je t’en­ver­rai mon adresse au plus tôt.”

– Tu lui as écrit ?

– Pas en­core, je ne sais pas quoi lui dire. Avant, je lui au­rais ra­con­té mes va­cances ici, près de toi, je lui au­rais ap­pris l’ami­tié nais­sante entre nos deux frères, j’au­rais aus­si par­lé de nos ba­lades à che­val. À pré­sent, une gêne confuse me re­tient. Pour­tant, je ne veux pas le pei­ner, il ne le mé­rite pas. Conseille-moi, je t’en prie, dis-moi ce que je dois faire.

– Tu veux vrai­ment mon avis ? Eh bien ra­conte-lui ce que tu viens d’énu­mé­rer, tout sim­ple­ment. Ce­la ne t’en­gage à rien, et il com­pren­dra que tu ne lui en veux pas de sa dé­cla­ra­tion, di­sons, mal­ve­nue.

– Tu as sans doute Mer­ci. »

Les yeux en­core pleins de larmes, Vé­ro­nique em­bras­sa son amie. C’était si bon d’avoir quel­qu’un à qui se confier. Mal­gré sa gen­tillesse, sa mère n’au­rait pas com­pris ; pour­tant la jeune fille ne lui en au­rait pas vou­lu, l’at­ti­tude de William était tel­le­ment in­ima­gi­nable… rai­son. XVIII

Ren­contres

Ju­lien et luc étaient de­ve­nus in­sé

pa­rables, les contacts avec les che­vaux mis à part. Luc conti­nuait en ef­fet à res­ter à l’écart lorsque son nou­vel ami les ap­pro­chait. Quatre ou cinq fois par se­maine, les en­fants de l’école du bourg ve­naient en dé­but d’après-mi­di mon­ter les po­neys nou­vel­le­ment dres­sés ; on pro­fi­tait des grandes va­cances pour mul­ti­plier les séances d’ap­pren­tis­sage. Le frère de Vé­ro­nique avait pro­po­sé à Éli­na d’être à ses cô­tés avec les deux jeunes filles pour ac­com­pa­gner les jeunes ca­va­liers dé­bu­tants. Il fal­lait ras­su­rer les bêtes, les me­ner en longe pour de pe­tites pro­me­nades au­tour du centre et tous les bé­né­voles étaient les bien­ve­nus.

Luc s’en vou­lait de man­quer de cou­rage, mais sa crainte était la plus forte. (à suivre)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.