Fi­re­rank « a ex­plo­sé en plein vol »

La Montagne (Clermont-Limagne) - - Région Actualité - Pierre Pey­ret pierre.pey­ret@cen­tre­france.com

Les douze mil­lions d’abon­nés à la page Fa­ce­book de Fi­re­rank ont dis­pa­ru de­puis dix jours. Le mé­dia so­cial cler­mon­tois a été sup­pri­mé par le géant amé­ri­cain.

Fa­ce­book a­t­il son­né la fin de la ré­cré ? Fi­re­rank, c’était il y a en­core deux se­maines un mé­dia so­cial d’ac­tua­li­té et de di­ver­tis­se­ment pré­sent es­sen­tiel­le­ment sur Fa­ce­book, mais aus­si Ins­ta­gram et Snap­chat. Plus de douze mil­lions de per­sonnes li­kaient la page sur la­quelle se mul­ti­pliaient à l’in­fi­ni des vi­déos vi­rales que les abon­nés de Face­ book par­ta­geaient de ma­nière ex­po­nen­tielle. En 2017, Fi­re­rank comp­tait plus de 1,7 mil­liard de vues.

L’im­par­fait est dé­sor­mais de ri­gueur : le 1er no­vembre, vers 18 heures, alors que les em­ployés s’ap­prê­taient à quit­ter leur tra­vail en ce jour fé­rié, Fa­ce­book a dé­ci­dé de cou­per le ro­ bi­net. « On a ex­plo­sé en plein vol. D’un coup, les boîtes mails se sont af­fo­lées », ex­plique Charles Mar­gi­nier, co­fon­da­teur. Sans som­ma­tion, as­sure­til, le géant amé­ri­cain ve­nait de sup­pri­mer leur page.

« Un sale coup » pour ce Châ­tel­guyon­nais de 30 ans et pour Florian Gan­dil­hon, le co­fon­da­teur, âgé de 28 ans, qui ve­naient de s’ins­tal­ler dans de nou­veaux lo­caux cler­mon­tois. Mais aus­si pour les trente col­la­bo­ra­teurs (une ving­taine sur Cler­mont plus une di­zaine en free­lance ré­par­tis à tra­vers le pays et l’Eu­rope) qui pro­dui­saient des conte­nus à fort po­ten­tiel de clics et de par­tages. « Nous étions de­ve­nus une mi­ni chaîne té­lé. Nous avions un stu­dio, on pro­dui­sait du conte­nu. On in­car­nait une nou­velle gé­né­ra­tion de mé­dias. »

Au­jourd’hui, tous sont au chô­mage par­tiel à cause de l’ar­rêt de leur ou­til de pro­duc­tion. En mars der­nier, le duo se fé­li­ci­tait d’un chiffre d’af­faires at­tei­gnant 1,1 mil­lion d’eu­ros. Leur cas n’est ce­pen­dant pas iso­lé. Plu­sieurs pages Fa­ce­book pro­po­sant ce type de conte­nus ont été sup­pri­mées si­mul­ta­né­ment dé­but no­vembre.

« Per­sonne ne l’a vu ve­nir. Tout le monde s’était pro­fes­sion­na­li­sé. On drai­nait une au­dience na­tu­relle. Il n’y avait plus rien de bor­der­line », ex­plique Charles Mar­gi­nier. Ré­fé­rence à un cer­tain nombre de pra­tiques plus que dou­teuses qu’il ne nie pas avoir em­ployées pour boos­ter son nombre d’abon­nés. Entre fu­sion, ra­chat de pages Fa­ce­book ou re­nom­mage.

« À l’époque, tout le monde jouait à ce jeu­là. Il faut l’as­su­mer. Mais per­sonne n’em­bau­chait. On n’al­lait pas prendre de risque. » Et d’as­su­rer, comme un aveu sup­plé­men­taire : « En 2017, pas le moindre like n’a été ob­te­nu de ma­nière illé­gi­time. » Au­jourd’hui, Fa­ce­book semble leur re­pro­cher de ne pas avoir res­pec­té les condi­tions gé­né­rales d’uti­li­sa­tion (*). Sans don­ner plus de pré­ci­sions. « Nous n’avons eu au­cun contact, au­cun lien. »

Deux se­maines après les évé­ne­ments, même si l’équipe, « très sou­dée », conserve l’es­poir de voir ses pages ré­ap­pa­raître, Charles et ses col­la­bo­ra­teurs se pro­jettent dans l’ave­nir. « On tra­vaille sur comment re­bon­dir, comment se di­ver­si­fier. Des mé­dias pa­ri­siens ont pro­po­sé de re­prendre des em­plois pour ceux qui veulent par­tir. Mais nous avons en­vie de re­bon­dir. Il faut s’ac­cro­cher ». ■

(*) Contac­té, Fa­ce­book n’a, pour le mo­ment, pas don­né suite à nos sol­li­ci­ta­tions.

« On in­car­nait une nou­velle gé­né­ra­tion de mé­dias »

PHOTO D’ARCHIVES FRAN­CIS CAMPAGNONI

LO­CAUX. En mars der­nier, les lo­caux de Fi­re­rank étaient ins­tal­lés à l’hô­tel d’en­tre­prises Pas­ca­lis, avant de voir plus grand, tou­jours à Cler­mont-Fer­rand.

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