M.-D. Cam­pion rec­teur de la grande ré­gion

La Montagne (Clermont-Métropole) - - La Une - Chris­tian Le­fèvre

Saïd Ye­ki­mov et Ap­ti Kha­cha­ruyev, deux hommes d’ori­gine tchét­chène, ont été condam­nés à quatre et deux ans de pri­son ferme, hier, par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel, pour leur par­ti­ci­pa­tion à des ex­pé­di­tions pu­ni­tives ra­tées, le 4 juillet 2016, dans le quar­tier de La Gau­thière, à Cler­mont (*).

Le 4 juillet 2016, au beau mi­lieu de l’après­mi­di, les ri­ve­rains et les com­mer­çants de la rue de l’Ai­guillade, au coeur du quar­tier cler­mon­tois de La Gau­thière, avaient as­sis­té à une scène comme on n’en voit gé­né­ra­le­ment qu’au ci­né­ma. Une Au­di A3 per­cute un jeune homme cir­cu­lant sur un scoo­ter, tan­dis que le pas­sa­ger du vé­hi­cule tire des coups de feu par la vitre ou­verte.

Vingt-quatre heures de vio­lences

La ber­line al­le­mande quitte les lieux à tom­beau ou­vert, un pneu en lam­beaux et une jante ra­clant le sol dans un va­carme in­fer­nal. Re­pé­rés par les po­li­ciers de la Bac, ses deux oc­cu­pants l’aban­donnent quelques mi­nutes plus tard dans un che­min de terre, près des Gra­vanches, avant d’y mettre le feu. Ils sont in­ter­pel­lés peu après, non sans dif­fi­cul­tés, par les po­li­ciers.

Près de dix­neuf mois après les faits, les deux ac­teurs de cette folle équi­pée, Saïd Ye­ki­mov, 28 ans, et Ap­ti Kha­cha­ruyev, 26 ans, tous deux d’ori­gine tchét­chène, com­pa­rais­saient dé­te­nus, hier, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel. Qui a ten­té de com­prendre l’im­pro­bable en­gre­nage ayant abou­ti au ro­déo du 4 juillet 2016…

Car tout avait sans doute dé­bu­té vingt­quatre heures plus tôt, dans le quar­tier d’Her­bet, à Cler­mont. À deux re­prises, ce 3 juillet, en fin d’après­mi­di, puis en soi­rée, Saïd Ye­ki­mov au­rait été la cible de plu­sieurs tirs de pis­to­let de ca­libre 7,65, éma­nant du même homme. Dans des condi­tions pour le moins né­bu­leuses.

Mais lui semble avoir clai­re­ment iden­ti­fié son agres­seur pré­su­mé, dont le nom a été très large­ ment ci­té, tout au long de l’au­dience, hier…

Même s’il s’en est d’abord dé­fen­du, avant de le re­con­naître fi­na­le­ment à de­mi­mot à la barre, c’est très vrai­sem­bla­ble­ment pour ré­gler ses comptes avec ce « mys­té­rieux » ti­reur qu’il se rend à La Gau­thière, le 4 juillet.

Deux scoo­ters vi­sés… pour rien !

À deux re­prises, il pense l’avoir re­pé­ré au gui­don d’un scoo­ter. Et le per­cute. Une pre­mière fois, vers 4 heures du ma­tin, sur un par­king, seul au vo­lant de la fa­meuse Au­di. Puis une se­conde fois, lors de l’épi­sode ro­cam­bo­lesque de la rue de l’Ai­guillade, ac­com­pa­gné cette fois par son com­pa­triote.

Pas de chance : les pi­lotes des deux­roues – lé­gè­re­ment bles­sés lors des chocs – n’ont stric­te­ment rien à voir dans cette his­toire pour le moins tor­tueuse !

Pour ex­pli­quer l’ex­pé­di­tion pu­ni­tive du 4 juillet après­mi­di, les deux pré­ve­nus ont in­di­qué avoir « pa­ni­qué » et s’être dé­fen­dus après avoir été pris sous le feu nour­ri d’une fu­sillade. Fu­sillade dont on n’a ja­mais re­le­vé la moindre trace… contrai­re­ment aux deux coups de feu ti­rés par Ye­ki­mov. « J’étais dans la sur­vie, comme un ani­mal », ex­plique ce der­nier, main­te­nant la thèse des échanges de coups de feu.

Après plus de quatre heures de dé­bats, le tri­bu­nal doit ad­mettre, comme le constate le pré­sident, Charles Gouil­hers, que « plein de choses res­tent dans l’ombre ».

En dé­fense, Mes Ca­nis et Chau­tard ont ten­té d’éclai­rer les faits du 4 juillet « à la lu­mière des agres­sions su­bies la veille par M. Ye­ki­mov ». « Son pas­sage à l’acte dé­coule di­rec­te­ment de ce­la, de ce lourd cli­mat de vio­lence dé­crit par de nom­breux té­moi­gnages », ont­ils main­te­nu. Non sans s’éton­ner vi­ve­ment de l’étrange ab­sence, à l’au­dience comme dans l’en­semble de la pro­cé­dure, de « l’homme au 7,65 »… ■

(*) Avec in­ter­dic­tion de sé­jour dans le Puy­de­Dôme et de dé­te­nir des armes pen­dant trois ans. La peine de deux ans ferme (trois ans, dont un avec sur­sis) est as­sor­tie d’une mise à l’épreuve, avec obli­ga­tion de soins et de tra­vailler ou de suivre une for­ma­tion. Hier soir, les deux hommes sont re­par­tis en dé­ten­tion.

PHO­TO D’AR­CHIVES RÉMI DUGNE

CLER­MONT. L’Au­di A3 vo­lée ayant ser­vi à deux épi­sodes très vio­lents, au beau mi­lieu du quar­tier de La Gau­thière, au pe­tit ma­tin, puis dans l’après-mi­di du 4 juillet 2016, avait fi­na­le­ment été aban­don­née et in­cen­diée par ses deux oc­cu­pants d’ori­gine tchét­chène, près des Gra­vanches.

Ils avaient été in­ter­pel­lés peu après.

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