Brüg­gen s’in­quiète des consé­quences

L’usine de Thiers craint le contre­coup de l’af­faire du gly­pho­sate sur une ac­ti­vi­té dé­jà en dif­fi­cul­té

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Région - Laurent Ber­nard laurent.ber­nard@cen­tre­france.com

Le fa­bri­cant al­le­mand de cé­réales pour le pe­tit-dé­jeu­ner n’est pas mon­tré du doigt par l’en­quête d’une ONG sur l’her­bi­cide gly­pho­sate. Mais il craint d’en su­bir les consé­quences.

Des ré­si­dus de gly­pho­sate, un her­bi­cide clas­sé can­cé­ri­gène pro­bable par une agence de l’ONU, ont été re­trou­vés dans dix­huit échan­tillons de pro­duits à base de cé­réales, lors d’une en­quête réa­li­sée par l’ONG Gé­né­ra­tions Fu­tures et dé­voi­lée hier : pâtes ali­men­taires, pe­tits pains, bis­cottes et cé­réales de pe­tit­dé­jeu­ner.

C’est dans cette der­nière ca­té­go­rie de pro­duits que l’ONG a trou­vé le plus sou­vent des traces de gly­pho­sate : dans sept sur huit.

Un sec­teur dé­jà si­nis­tré

Au­cune de ces sept cé­réales ne sort de l’usine Brüg­gen, ins­tal­lée à Thiers ( Puy­de­Dôme). Mais la nou­velle n’est pas vrai­ment bonne pour l’in­dus­ triel al­le­mand, im­plan­té de­puis 2008 en Au­vergne, et qui em­ploie 160 per­sonnes. « On s’at­tend à ce que ce­la re­jaillisse sur notre ac­ti­vi­té, car ce n’est pas de na­ture à ras­su­rer le consom­ma­teur », s’in­quiè­ te Sté­phane Guil­bert, le di­rec­teur du site. Le di­ri­geant se fait d’au­tant plus de sou­cis que le sec­teur des corn­flakes est « si­nis­tré » de­puis trois­quat re a n s d a n s l e s u d d e l’Eu­rope, où se si­tuent l’en­semble des dé­bou­chés de l’usine thier­noise. Les rai­sons ? La crise éco­no­mique qui a tou­ché cette zone du conti­nent, bien sûr.

Ma i s p a s s e u l e m e n t . Après des scan­dales ali­men­taires à ré­pé­ti­tion, le consom­ma­teur a ten­dance à se dé­tour­ner des pro­duits ayant une image in­dus­trielle.

« Ce qui m’énerve dans cette en­quête, com­mente jus­te­ment Sté­phane Guil­bert, c’est qu’on cible tou­jours les mêmes pro­duits. Pour­quoi ne pas ana­ly­ser le pain du bou­lan­ger ? Car on s’ap­pro­vi­sionne tous au même en­droit. »

Autre rai­son des dif­fi­cul­tés ren­con­trées par le sec­teur : « On as­siste à une baisse de la prise de pe­tits­déjeuners dans le sud de l’Eu­rope, no­tam­ment chez les ado­les­cents » , ajoute Sté­phane Guil­bert.

Cette conjonc­ture dé­fa­vo­rable a contraint Brüg­gen à ré­agir. L’usine, qui a at­teint le nombre de 190 sa­la­riés quelques an­nées après son ou­ver­ture, est au­jourd’hui re­tom­bée à 160. Elle ne fonc­tionne plus 24 heures sur 24, mais douze jours sur qua­torze. Avec quatre équipes au lieu de cinq.

Pour, peut­être, re­trou­ver s o n re n d e m e n t p a s s é , l’usine s’est do­tée il y a un an d’un centre de re­cherches et de dé­ve­lop­pe­ment, le seul du groupe. Elle cherche éga­le­ment à di­ver­si­fier ses ac­ti­vi­tés : elle vient d’être va­li­dée comme four­nis­seur de ma­tière pre­mière (miettes de corn­flake) pour deux géants de l’ali­men­ta­tion pour bé­bé.

L’usine de Thiers fa­brique chaque an­née 50 mil­lions de boîtes de cé­réales ( soit 20.000 tonnes), es­sen­tiel­le­ment pour les marques de dis­tri­bu­teurs en France, en Es­pagne et en Ita­lie.

De­puis quelques an­nées, le site fran­çais de l’al­le­mand Brüg­gen, qui em­ploie 160 sa­la­riés, évo­lue dans un sec­teur dé­jà « si­nis­tré ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.