Mon­sieur An­glade, nos lec­teurs vous sa­luent bien bas

La Montagne (Clermont-Volcans) - - La Une - Mi­chel Fillière mi­chel.filliere@cen­tre­france;com

À 102 ans, Jean An­glade a ti­ré sa ré­vé­rence. Il fai­sait par­tie de ces écri­vains qui ont de l’in­fluence parce qu’ils ex­priment ce que les autres pensent. Pour nos lec­teurs, il res­te­ra un éter­nel com­pa­gnon. Ils le disent avec émo­tion.

Tris­tesse. Le mot peut sem­bler faible pour tra­duire les sen­ti­ments de nos lec­teurs à l’an­nonce de la dis­pa­ri­tion de Jean An­glade, au­teur d’une oeuvre lit­té­raire ven­due à des mil­lions d’exem­plaires. Par pu­deur sans doute, peu ont im­mé­dia­te­ment ré­agi. Comme s’ils vou­laient gar­der leur peine en­fouie dans le sou­ve­nir des su­perbes pages qu’il leur avait of­fertes. Et puis l’émo­tion a quit­té les gorges ser­rées pour des té­moi­gnages d’une rare sin­cé­ri­té.

« Il va man­quer… »

Pour Yvonne, il était « un grand écri­vain qui sa­vait re­trans­crire l’amour qu’il por­tait à son Au­vergne. Mon coeur est triste. Adieu M. An­glade, vous ver­rez vos mon­tagnes de là­haut. » Jo­ce­lyne qui a « lu beau­coup de ses livres » est sobre : « il va man­quer à l’Au­vergne. »

Et puis il y a ceux qui le re­mer­cient. Éric par exemple : « Mer­ci Mon­sieur de m’avoir fait connaître l’Au­vergne de mes grands­pa­rents pa­ter­nels, de ceux qui se bais­saient pour tra­vailler la terre et frot­ter le linge des autres ». Ly­die aus­si : « J’ai ap­pris à connaître l’Au­vergne à tra­vers ses livres si beaux et avec tou­jours une pointe d’hu­mour. Mer­ci Jean An­glade. »

Et puis des « proches » se laissent al­ler. Ain­si Jean­nine : « C’était un grand hu­ma­niste, il res­te­ra vi­vant dans les mé­moires par son oeuvre im­mense et va­riée. Heu­reux ceux qui l’ont connu comme ins­ti­tu­teur. Pour ma part j’ai eu le grand plai­sir de le cô­toyer lors de son in­vi­ta­tion à Le Cendre pour son cen­te­naire ». Ou Jo­siane : « Je l’ai cô­toyé aux Hom­mades, un très grand mon­sieur ». Ou Ré­my : « C’était mon voi­sin à Cey­rat quand j’étais en­fant dans les an­nées qua­tre­vingt. Dé­jà il était très vieux, sur­tout aux yeux d’un en­fant et je le re­gar­dais avec ad­mi­ra­tion. J’al­lais par­fois chez lui, il me re­ce­vait avec gen­tillesse. Il a gran­de­ment par­ti­ci­pé à for­ger en moi l’image de l’écri­vain qui reste cen­tra­ le dans ma vie spirituelle comme pro­fes­sion­nelle. » Ou en­core Jean­Mi­chel : « A re­veire mon Jean­not. Tes col­lègues ro­man­ciers t’ac­cueille­ront avec hon­neur au pa­ra­dis des bou­quins ! »

« Re­lire vos livres… »

Même les ré­frac­taires à la lit­té­ra­ture de ter­roir y vont de leur hom­mage. Ro­land en est la preuve : « Pa­ri­sien, j’ai sur­tout ap­pré­cié ses pre­miers livres, sur­tout L’im­meuble Taub que j’ai dé­cou­vert il y a une ving­taine d’an­nées. Et je n’ai ja­mais com­pris pour­quoi il a su­per­be­ment été igno­ré à l’époque par les cri­tiques qui n’avaient que la Tour Eif­fel pour ho­ri­zon. » L’ab­bé An­toine Prévost, avait sa réponse : « Il n’est pas né­ces­saire qu’un au­teur com­prenne ce qu’il écrit, les cri­tiques se char­ge­ront de lui ex­pli­quer ». Sauf qu’ils avaient tout faux avec l’Au­ver­gnat.

Si « un livre a ce­ci de par­ti­cu­lier qu’il peut être in­ter­pré­té comme on veut, ceux de Jean An­glade ont de l’in­fluence et ex­priment ce que nous pen­sons, et là il est très fort », ap­pré­cie Lu­cie.

« C’est une par­tie de la vieille France qui part », pleure Elia. « Re­po­sez en paix comme vous le mé­ri­tez », souffle San­drine.

Des dé­cla­ra­tions au pré­sent ! Un bel hom­mage pour Jean An­glade dont les ob­sèques sont cé­lé­brées ce jeu­di en la ca­thé­drale de Cler­montFer­rand, et qui re­joint son épouse dans le ca­veau fa­mi­lial de Cey­rat.

On écoute en­fin la pro­messe de Lu­cien : « Jean, je vais re­lire vos livres qui ré­veillent les es­prits ! » On croit en­tendre Os­car Wilde : « Les livres qu’on ne re­lit pas sans cesse avec plai­sir ne valent pas la peine d’être lus ».

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