« J’ai sou­vent com­pa­ré ça à une grande baffe dans la gueule »

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Le Fait Du Jour -

Après avoir ac­cu­sé le coup et es­pé­ré pour­suivre l’aven­ture à tra­vers le pro­jet d’une Scop, Ju­lien Man­ga­vel en­vi­sage l’ave­nir. En pui­sant dans les le­çons du pas­sé.

Ti­mide en ap­pa­rence, l’Au­ver­gnat, au vi­sage ju­vé­nile dis­si­mu­lé sous un épais bon­net, sort de sa ré­serve, dès que l’on évoque la fer­me­ture du site de la Sei­ta. « Sur le coup je n’ai pas com­pris. J’ai sou­vent com­pa­ré ça à une grande baffe dans la gueule ! Et d’ailleurs, quand je suis ar­ri­vé à l’usine, j’ai pen­sé que tout al­lait re­par­tir, que c’était un mau­vais rêve. »

Un cau­che­mar que le père de trois en­fants a dû ap­pri­voi­ser. En­tou­ré de ses proches. « Il a fal­lu se re­le­ver. La tran­si­tion a été dure. J’ai ex­pli­qué à mes pe­tits que le tra­vail de pa­pa al­lait fer­mer… Ma fa­mille, mes amis m’ont ai­dé. On a par­lé, et len­te­ment, j’ai en­vi­sa­gé l’ave­nir. Après avoir vé­cu la tra­hi­son… » Une « tra­hi­son » dou­blée d’un dou­lou­reux sen­ti­ment d’aban­don.

« Avec le ta­bac, nous sommes des pes­ti­fé­rés ! »

« Tout le monde nous a lais­sés tom­ber ! Valls est pas­sé à 7 km de chez nous, au centre des mi­grants de Pes­sat­Ville­neuve, sans s’ar­rê­ter. Tous les « pin­pins » ont fait les beaux à Whirl­pool, à GM & S pen­dant les pré­si­den­tielles pour dé­fendre le made in France et la courbe du chô­mage… Nous, on at­tend tou­jours… C’est vrai que 239 mecs sur le car­reau, c’est que dalle ! »

Em­por­té par son res­sen­ti­ment, Ju­lien Man­ga­vel s’exas­père : « Avec le ta­bac, nous sommes des pes­ti­fé­rés ! Ok, on fa­bri­quait des ci­ga­rettes, mais n’em­pêche que ce­la fai­sait vivre des fa­milles, une ré­gion ! » Des in­ com­pré­hen­sions à la pelle qu’il a fal­lu ba­layer. Et le pro­jet d’une Scop a per­mis au Rio­mois d’apai­ser, un ins­tant, sa frus­tra­tion. « Le moindre es­poir était bon à prendre… Mais, on s’est re­trou­vé face à un mur. Pour que le pro­jet soit viable, il au­rait fal­lu ré­cu­pé­rer des ma­chines. Mais, c’est mort ! »

Une dés­illu­sion que le mé­ca­ni­cien avait, cette fois­ci an­ti­ci­pée. « J’ai un BTS main­te­nance. Je vais conti­nuer la vi­site des usines du groupe, et pour­quoi pas quit­ter l’Au­vergne. Ma femme est in­fir­mière, elle de­vrait pou­voir re­trou­ver du tra­vail ailleurs. » Lu­cide, Ju­lien Man­ga­vel a com­pris la le­çon. « J’ai vu des col­lègues som­brer, des fa­milles ex­plo­ser en vol. Les in­dem­ni­tés ne donnent pas de bou­lot et ne ré­pa­re­ront ja­mais la casse. J’ai bien com­pris qu’il fal­lait se dé­brouiller seul ! »

PHO­TO FRANCK BOI­LEAU

SEI­TA. Le sen­ti­ment d’aban­don a suc­cé­dé à ce­lui de tra­hi­son.

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