« J’ai vu le truc ar­ri­ver gros comme une mai­son »

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Le Fait Du Jour -

Ni­co­las Mal­let fait par­tie de ceux qui ont le mieux en­cais­sé le choc de la fer­me­ture. Cet an­cien pi­lier de rug­by, au ga­ba­rit im­po­sant, s’était pré­pa­ré men­ta­le­ment à une pos­sible fin.

Lorsque la nou­velle est tom­bée, le Puy­dô­mois a va­cillé sur ses ap­puis. Sans tom­ber. « Je crois que je m’étais pré­pa­ré… Je re­gar­dais le par­cours de toutes les usines du groupe, et je pen­sais bien que notre tour ar­ri­ve­rait aus­si. » Lu­cide, le sa­la­rié s’était fait à l’idée. Sans en connaître vrai­ment l’échéance : « Il n’y avait au­cune rai­son pour que nous soyons une ex­cep­tion. J’ai vu le truc ar­ri­ver gros comme une mai­son. Ce­la m’a ai­dé à moins souf­frir. »

Une an­ti­ci­pa­tion sal­va­trice pour ce père de fa­mille au mo­ral d’acier, « pas vrai­ment du genre à vivre sur le pas­sé. »

Mais si la vague ne l’a pas em­por­té, Ni­co­las Mal­let a dû af­fron­ter le cou­rant. Mal­gré lui. « Du jour au len­de­main, je me suis re­trou­vé père au foyer. J’ai es­sayé de ne rien mon­trer aux en­fants… Ma femme, qui l’a d’abord très mal pris, s’est fi­na­ le­ment ha­bi­tuée. » Un an après, la page pa­raît tour­née. Mais en je­tant un bref coup d’oeil dans le rétroviseur, le Rio­mois, garde la tra­hi­son en tra­vers de la gor­ ge. « La ma­nière a été ignoble ! En oc­tobre 2016, Ian King, le boss Eu­rope est ve­nu en per­sonne nous fé­li­ci­ter pour notre bou­lot. Un mois plus tard… Ali­son Coo­per, la pa­tronne d’Im­pe­rial To­bac­co, ha­billée en haillons, comme dans un mau­vais film de ci­né­ma, nous an­non­çait la fer­me­ture du site dans une vi­déo. Si c’est pas du beau fou­tage de gueule ça ! »

Et si le tren­te­naire pour­suit la vi­site des usines du groupe, il avance dé­sor­mais sans pression. « J’ai vi­si­té Le Havre, je vais en­chaî­ner avec les Lices et la Réunion. J’ai pas­sé un BTS en pa­ral­lèle. On ver­ra bien. »

Ap­pli­qué à re­prendre son des­tin en main, il n’en ou­blie pas pour au­tant ses com­pa­gnons de ga­lère. « Il y en a beau­coup qui attendent sym­bo­li­que­ment leur lettre de li­cen­cie­ment pour re­par­tir. Les pre­mières de­vraient ar­ri­ver ces jours­ci. Ce se­ra un bien jo­li ca­deau de Noël. »

PHO­TO F. BOI­LEAU

LU­CIDE. Ni­co­las Mal­let ne veut pas « vivre sur le pas­sé ».

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