Dans les cui­sines des films du ci­néaste

L’un des grands mo­ments du fes­ti­val du film documentaire Traces de vies est la le­çon de ci­né­ma. Une mas­ter­class ani­mée par un spé­cia­liste du genre. Après Amos Gi­taï, Ber­trand Ta­ver­nier, Ni­co­las Phi­li­bert et les autres, Jean-Sté­phane Bron se­ra au­jourd’hui

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Clermont - Véronique La­coste-Met­tey ve­ro­nique.met­tey@cen­tre­france.com

In­vi­té à don­ner la le­çon de ci­né­ma, à par­tir de 9 h 30, 4 bou­le­vard Tru­daine, JeanS­té­phane Bron va nous em­me­ner, dès ce ma­tin et toute la jour­née dans « les cui­sines des films que j’ai fa­bri­qués », dit­il. Trois do­cu­men­taires – L’Opé­ra, L’Ex­pé­rience Blo­cher et Cle­ve­land contre Wall Street – se­ront pro­je­tés en en­tier ou en par­tie et ana­ly­sés, avec l’aide de la pro­gram­ma­trice et jour­na­liste Eva Mar­ko­vits.

Vous avez fait quelques fic­tions, no­tam­ment « Mon frère se ma­rie » ; on vous a vu comme ac­teur dans « Les Grandes ondes », de votre com­pa­triote Lio­nel Baier. Mais vous sem­blez nour­rir une pré­fé­rence pour le documentaire.

Ça fait par­tie de l’his­toire du ci­né­ma suisse. Il y a une tra­di­tion de gens aven­tu­reux, qui sont sor­tis, sont al­lés fil­mer les autres.

Dans « L’Ex­pé­rience Blo­cher », qui se­ra pro­je­té ce soir (1), vous ra­con­tez l’his­toire de Ch­ris­toph Blo­cher, chef de la droite ra­di­cale hel­vète. Quelle est l’his­toire de ce film ?

Je suis par­ti de la mon­tée du po­pu­lisme en Eu­rope. La Suisse était une sorte de la­bo­ra­toire. Le par­ti était ob­ser­vé dans ses mé­thodes. J’ai vou­lu com­prendre com­ment il était pas­sé de 7 à 30 %. Abor­der le su­jet sous l’angle du symp­tôme. Comme di­sait Freud, « le fas­cisme est l’his­toire d’une né­vrose in­di­vi­duelle qui ren­contre une né­vrose col­lec­tive ».

Qu’en est-il des deux autres films, très dif­fé­rents l’un de l’autre, que vous pré­sen­tez ici, « Cle­ve­land contre Wall Street » et « L’Opé­ra ».

Pour Cle­ve­land ,je cher­chais une his­toire qui montre que les forces éco­no­miques avaient pris le pas sur les forces politiques. J’ai ap­pris que cette pe­tite ville connais­sait une crise hu­maine et so­ciale et que ça avait des ré­per­cus­sions dans le monde en­tier. (2). Pour L’Opé­ra, je vou­lais par­ler d’une ins­ti­tu­tion avec beau­coup de per­son­nages, d’une so­cié­té en mi­nia­ture, à l’op­po­sé de l’idée pes­si­miste de L’Ex­pé­rience Blo­cher.

Quelle le­çon de ci­né­ma al­lez­vous don­ner au­jourd’hui ?

Nous sommes sub­mer­gés d’images dites do­cu­men­taires qui sont des traces réelles. Avec plein d’ex­traits, nous al­lons mon­trer que l’on prête à la fic­tion l’art du men­songe, par op­po­si­tion au documentaire qui se­rait ce­lui de la vé­ri­té, de la trans­pa­rence. Or, le documentaire ré­pond à un pro­ces­sus nar­ra­tif ; c’est une construc­tion. On fait des choix. Mon but est d’al­ler dans les cui­sines des films que j’ai fa­bri­qués.

(1) À 20 h 30 salle Georges­Con­chon, rue Léo­La­grange.

(2) La po­pu­la­tion de Cle­ve­land s’érige en ac­cu­sa­trice des 21 banques de Wall Street res­pon­sables, pour elles, de la crise des sub­primes.

PHO­TO RÉ­MI DUGNE

JEAN-STÉ­PHANE BRON. « Le documentaire est un choix nar­ra­tif, une construc­tion ».

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