Son com­bat au­près des femmes vic­times de vio­lences

La Montagne (Clermont-Volcans) - - La Une - Pierre-Oli­vier Feb­vret

Eva Darlan évo­que­ra lar­ge­ment sa car­rière ar­tis­tique et son en­ga­ge­ment, ce week-end à Ger­zat, lors du sa­lon Les Fées d’Ar­verne.

Connue et re­con­nue à la té­lé, au ci­né­ma et au théâtre dans des rôles vo­lon­tiers por­tés sur la fan­tai­sie, Eva Darlan est avant tout une ar­dente féministe aux mul­tiples com­bats. Elle est no­tam­ment pré­si­dente du co­mi­té de sou­tien de Jac­que­line Sau­vage.

Quelle est l’ori­gine de votre en­ga­ge­ment ?

J’ai été mal­trai­tée par un ty­ran do­mes­tique. J’ai vu ma mère se faire hu­mi­lier toute sa vie. Je pense sou­vent à elle. Je ne veux pas la ven­ger mais la res­pec­ter. J’ai le sen­ti­ment d’agir pour elle et à tra­vers elle, pour toutes les femmes qui souffrent.

Les ré­centes an­nonces pré­si­den­tielles re­la­tives aux vio­lences faites aux femmes vous ont sa­tis­faite ?

Elles sont for­mi­dables. C’est une vraie re­con­nais­sance de la souf­france des femmes. Mais quels se­ront les moyens ? On est au tout dé­but du che­min de la pré­ven­tion qui passe par l’édu­ca­tion. Il faut de nou­veaux livres, de nou­veaux textes. Il faut aus­si for­mer les po­li­ciers, les gen­darmes, les juges et les avo­cats qui ne sont pas au cou­rant de ce qu’il faut faire avec les femmes qui sont dans le désar­roi. Tout ce­la a un coût énorme.

Les choses bougent-elles vrai­ment de­puis quelques se­maines et l’af­faire Wein­stein ?

Ce qui est vrai­ment ga­gné, c’est la prise de conscience. J’ai ren­con­tré des hommes qui écar­quillaient les yeux en di­sant : « C’est un gouffre qui s’ouvre à nos pieds, mais on ne soup­çon­nait pas tout ça ». Et ce sont les gen­tils, ima­gi­nez les mé­chants, ceux qui agissent dans la vio­lence. C’est un raz­de­ma­rée de pa­roles mais il y en a en­core beau­coup qui ne parlent pas.

Tout ce­la peut créer une am­biance de sus­pi­cion…

Ce n’est pas grave. Sus­pec­tons tout le monde car toutes les femmes ont été pe­lo­tées dans les trans­ports, par l’oncle ou le voi­sin. Il y au­ra des in­no­cents là­de­dans, peut­être 1 %, 2 %, et alors… Dom­mages col­la­té­raux. Il faut conti­nuer à par­ler. Mais ce­la n’em­pêche pas de boire un verre en­semble et de se trou­ver char­mant. Il suf­fit juste de se dire « Est­ce que moi j’ai en­vie qu’on me dise ou qu’on me fasse ce­la » et tout ira bien.

Votre mi­lieu, ce­lui du ci­né­ma et de la té­lé, est par­ti­cu­liè­re­ment tou­ché par le sexisme…

J’aime la culture, les ac­teurs, le par­tage, les at­mo­sphères de tour­nage, mais j’en­rage sou­vent parce qu’il est en­core gui­dé par le cer­veau mas­cu­lin rep­ti­lien qui a le pou­voir, les dé­ci­sions et le fric. Nous sommes tou­jours des re­pro­duc­trices avec des rôles de dindes, de filles dé­si­rables qui font l’amour et un maxi­mum d’en­fants. On nous confie des rôles se­con­daires voire in­exis­tants. Et on ne tourne plus à par­tir de 45/50 ans parce qu’on est mé­no­pau­sée et qu’on ne sert plus à rien. On nous re­prend un peu plus tard pour des rôles de grand­smères… C’est juste in­sen­sé. Il va fal­loir qu’on fasse des quo­tas, on y pense avec le CSA. Les avan­cées des femmes vers l’éga­li­té ne peuvent se faire que par la loi : la bonne vo­lon­té n’existe pas.

Vous ar­ri­vez à ou­blier votre en­ga­ge­ment quand vous êtes sur scène ?

Non, c’est na­tu­rel, c’est un état. De la même ma­nière, on ne peut pas me dire d’ar­rê­ter d’avoir les yeux verts. Je mets tout le temps mon grain de sel dans les per­son­nages. Si je dois jouer une femme sou­mise, pas de pro­blème, mais il doit y avoir une rai­son à ce­la et le spec­ta­teur doit en être au cou­rant.

Pra­tique. Les Fées d’Ar­verne, sa­lon des ta­lents au fé­mi­nin, les 2 et 3 décembre, 10 heures à 18 heures, à Ger­zat (salle Le Gal­lion). Au­tour d’une tren­taine d’au­teures et ar­tistes dont Eva Darlan, Ma­rie My­riam, Ma­rianne Sergent, Bu­zy, Fran­çoise At­taix. En­trée : 1 €.

PHO­TO LU­DO­VIC BA­RON

CONVIC­TION. « Mon en­ga­ge­ment, c’est na­tu­rel, c’est un état. De la même ma­nière, on ne peut pas me dire d’ar­rê­ter d’avoir les yeux verts ».

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