« Il a pro­fi­té de moi, il m’a tout pris »

Le té­moi­gnage édi­fiant d’une ado sous em­prise pous­sée à en­voyer photos et vi­déos à ca­rac­tère sexuel Parce qu’elle était amou­reuse, parce qu’elle était naïve, une col­lé­gienne puy­dô­moise a été ma­ni­pu­lée par un homme de qua­torze ans son aî­né. La jeune fille

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Puy-de-dôme Actualité - Sté­phane Bar­noin ste­phane.bar­noin@cen­tre­france.com

«Vous sou­hai­tez vous ex­pri­mer, ma­de­moi­selle ? ». Après plu­sieurs di­zaines de mi­nutes pas­sées à éplu­cher le dos­sier et à ques­tion­ner un pré­ve­nu fer­mé à double tour, le pré­sident Gouil­hers lève les yeux vers la salle d’au­dience.

Sur son siège, Pauline (*) marque une brève hé­si­ta­tion avant de s’avan­cer fé­bri­le­ment vers les ma­gis­trats, sous le re­gard pro­tec­teur de ses pa­rents et de son avo­cate, Me Peg­gy­Anne Ju­lien. La frêle sil­houette, che­veux re­le­vés en chi­gnon, s’ar­rête à bonne dis­tance de l’homme fi­li­forme ap­puyé à la barre du tri­bu­nal.

Spi­rale in­fer­nale

Ce Puy­dô­mois de 29 ans était ju­gé, mer­cre­di, pour « cor­rup­tion de mi­neur de moins de 15 ans » et « agres­sion sexuelle sur mi­neur de moins de 15 ans ». Il lui est re­pro­ché d’avoir en­traî­né Pauline dans une spi­rale in­fer­nale à coups de mes­sages, de photos et de vi­déos crus – voire car­ré­ment por­no­gra­phiques – par té­lé­phones por­tables in­ter­po­sés. In­jonc­tions gra­ve­leuses, cli­chés dé­nu­dés, scènes de mas­tur­ba­tion : les échanges via What­sapp se sont éti­rés sur deux mois, dé­but 2017.

Fin fé­vrier, ren­dez­vous est même pris dans un centre com­mer­cial de l’ag­glo­mé­ra­tion cler­mon­toise. Pauline – alors âgée de 13 ans – trouve un pré­texte pour trom­per la vi­gi­lance de sa mère et s’en­fer­mer avec son aî­né dans une ca­bine d’es­sayage. Là, ce­lui dont elle est éprise se se­rait je­té sur elle pour la dé­vê­tir, l’em­bras­ser et lui im­po­ser des at­tou­che­ments. « C’est un peu exa­gé­ré », se dé­fend mol­le­ment le pré­ve­nu, ja­mais condam­né jusque­là, qui dit souf­frir de « pro­blèmes de mé­moire » ré­cur­rents.

Les dé­bats s’en­lisent, plom­bés par le mu­tisme du jeune homme, lorsque Pauline – qui avait fi­ni par ré­vé­ler les faits, en mars 2017 – prend en­fin la pa­role. D’une voix trem­blante, à peine au­dible, elle livre un té­moi­gnage poi­gnant.

« Alex m’a dit qu’il m’ai­de­rait à prendre confiance en moi. Naï­ve­ment, je l’ai cru. J’ai mis du temps à com­prendre, mais main­te­nant, je sais : il a pro­fi­té de moi et il m’a tout pris », lâche­t­elle d’abord en se tri­tu­rant ner­veu­se­ment les doigts.

L’ado­les­cente n’élude rien du « cal­vaire » vé­cu au col­lège, lorsque la rumeur de ses mal­heurs vir­tuels a com­men­cé à se ré­pandre. « Tout le monde a com­men­cé à me faire une ré­pu­ta­tion… Un par un, j’ai per­du tous mes amis et je me suis re­trou­vée toute seule. Per­sonne ne vou­lait me par­ler. J’étais tel­le­ment mal que je ne vou­lais plus al­ler en cours. Je n’avais qu’une en­vie : me sui­ci­der. »

La jeune fille com­mence à se sca­ri­fier. Et tente d’éva­cuer son mal­être en grif­fon­nant sur des feuilles de pa­pier. « J’ai écrit plein de lettres à Alex pour lui ex­pri­mer ma haine. Mais je les ai toutes je­tées, je n’ai ja­mais réus­si à les en­voyer… Il n’a pas com­pris ce que je pou­vais res­sen­tir, tout le mal qu’il m’a fait. À cause de lui, au­jourd’hui, j’ai peur. Je ne peux plus me pro­me­ner toute seule dans la rue. À chaque fois que je croise quel­qu’un qui lui res­semble, j’ai des crises d’an­goisse. C’est l’hor­reur. »

« Elle a su­bi de plein fouet tout ce dont on vou­lait la pro­té­ger »

À l’invitation du pré­sident, la mère de Pauline pro­nonce à son tour quelques mots em­preints d’émo­tion. « Notre fille a cru à quelque chose d’im­pos­sible et nous, ses pa­rents, n’avons rien vu… Elle a su­bi de plein fouet tout ce dont on vou­lait la pro­té­ger. Et ça, c’est très dur à ac­cep­ter. »

Au terme de son dé­li­bé­ré, le tri­bu­nal re­laxe le pré­ve­nu sur une par­tie de la pré­ven­tion et re­qua­li­fie les pour­suites en « at­teinte sexuelle ». Le jeune homme, as­sis­té par Me De­par­dieu, écope de cinq mois de pri­son as­sor­tis d’un sur­sis avec mise à l’épreuve d’une du­rée de deux ans, com­pre­nant une obli­ga­tion de soins et l’in­ter­dic­tion d’en­trer en contact avec sa vic­time. Il est dé­sor­mais ins­crit au fi­chier des au­teurs d’in­frac­tions sexuelles.

(*) Le pré­nom a été mo­di­fié.

PHOTO DR

SUR­EN­CHÈRE. La col­lé­gienne a été in­ci­tée à en­voyer sur What­sapp des fi­chiers de plus en plus in­times. Le des­ti­na­taire des mes­sages vient d’éco­per de cinq mois de pri­son as­sor­tis d’un sur­sis avec mise à l’épreuve.

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