Notre pa­tri­moine !

La Montagne (Clermont-Volcans) - - Sour Tadit Si - PAR JEAN-LUC PETITRENAUD

Ce week­end, nous al­lons pous­ser les portes des pa­lais, des mu­sées et des châ­teaux. Nous al­lons vé­ri­fier, par­cou­rir la ri­chesse de notre pa­tri­moine. La fête du pa­tri­moine de­vrait aus­si prendre le temps de feuille­ter les livres de cui­sine qui chantent les ré­gions. Nous au­rions beau­coup de sur­prises car là en­core le temps à fait son sale bou­lot. Que de beaux plats ou­bliés ! Que de pro­duits dé­lais­sés ! Que de cou­tumes en­fouies ! L’uni­for­mi­sa­tion est aus­si dan­ge­reuse que la pince du crabe. On mange par dé­pit. Il ne fau­drait rien ou presque rien pour que ces Jour­nées du pa­tri­moine se penchent sur la beau­té, la ri­chesse de nos as­siettes. Le fi­let de boeuf sauce pé­ri­gour­dine qui a en­chan­té nos re­pas de fêtes est tom­bé aux ou­bliettes. Où sont donc les co­triades et les po­chouses ? Le jau (coq) au vin jaune du Ju­ra ? Le pot­jev­lecsh du Nord, la car­bo­nade fla­mande sont par­tis pour la mai­son de re­traite. Dom­mage ! Pour­tant, il n’y a pas de cui­sine nou­velle sans la connais­sance poin­tue de ce ré­per­toire ré­gio­nal. Il faut sa­voir rô­tir par­fai­te­ment un poulet avant de le ma­rier à une pâte de ca­ca­huète si­non le pa­lais s’éva­nouit.

Dans quelques jours, la pé­riode de chasse va re­ve­nir, je vais re­coif­fer comme chaque an­née mon cha­peau de feutre or­né de sa plume de bécassine. Certes, je vais par­tir à la re­cherche de mon per­dreau aux choux. Je veux goû­ter les yeux fer­més un lièvre à la royale, mais, une fois dans ma vie, je vou­drais rê­ver de­vant ce plat de chasse ser­vi à la cour : un bon gros cha­pon four­ré d’une poule qui el­le­même pro­tège une pou­larde conte­nant un fai­san puis un per­dreau, une bé­casse, une bécassine, un or­to­lan. Ce jeu de pou­pées russes sous mes yeux, ruis­se­lant de jus de cuis­son, lui­sant comme l’éme­raude me fe­rait pleu­rer. Avec la même gour­man­dise, la même cu­rio­si­té, la même fer­veur, je par­ti­rai à che­val ré­col­ter les bi­dons de lait sur les routes de Cé­rilly en Bour­bon­nais. Je sur­veille­rai ma mon­ture. Dès que le che­val s’ar­rê­te­ra vic­time de la fa­tigue, je stop­pe­rai ma ré­colte et dé­li­mi­te­rai ain­si ma zone d’Ap­pel­la­tion pro­té­gée in­ti­tu­lée « à por­tée de che­val » pour la fa­bri­ca­tion du fro­mage cé­rilly. His­toire vraie, his­toire d’hier certes, mais his­toire en­core d’au­jourd’hui. C’est beau le pa­tri­moine !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.