« Ah ! Si vous me dites

La Montagne (Corrèze) - - Grand Angle Grand Angle - Pa­trice Her­reyre pa­trice.her­reyre@cen­tre­france.com (*) Ci­ta­tions ex­traites de l’ar­ticle « Cha­lu­na­dour », de JeanLouis Bou­drie, pu­blié dans les Ca­hiers de Ro­bert Mar­ge­rit, tome XI. (**) In­ter­view don­née à FR3 Li­mou­sin­Poi­tou­Cha­rentes en 1984 et re­prise

Pierre Des­proges, mort il y a presque trente ans le 18 avril 1988, a lais­sé une marque in­dé­lé­bile dans la mé­moire des ha­bi­tants de Châ­lus. Lui-même avait une ten­dresse par­ti­cu­lière pour cette pe­tite ville de Hau­teVienne.

Ils étaient toute une bande à ar­pen­ter les rues de Châ­lus, en quête d’un coup à faire. Il y avait Jean­Louis, Co­lette, Jean­Claude, Da­nièle, Jean­Ri­chard, Lu­cette. Et il y avait Pierre. « C’était dé­jà un grand co­mique, se sou­vient Da­nièle. Il n’ar­rê­tait pas de nous faire rire. C’était vrai­ment un ri­go­lo. »

Ce ri­go­lo, c’était Pierre Des­proges. Le pe­tit Pa­ri­sien qui ve­nait en va­cances chez sa grand­mère, à Châ­lus. « As­sis sur le gra­nit de la fon­taine, sur la place du même nom, écri­ra beau­coup plus tard Jean­Louis (*), nous cap­tons par le bas du dos la part de ra­don et d’éner­gie que dis­tille ce noble ma­té­riau. »

« Notre oxy­gène quo­ti­dien vient du fond de la place, pour­suit Jean­Louis, et des Ga­le­ries du Prin­temps, port d’at­tache de nos amis pa­ri­siens qui passent là les va­cances d’hi­ver et d’été. Jus­te­ment, voi­ci notre ami Pierre tout au­réo­lé du pres­tige du gars qui a quelques mois de plus que vous et ha­bite Pa­ris IXe, à deux pas de la Ma­de­leine et de ses trot­toirs à chaude ré­pu­ta­tion. »

Pierre Des­proges lui­même avait une ten­dresse par­ti­cu­lière pour la pe­tite bour­gade haut­vien­noise, que le châ­teau qui fut fa­tal à Ri­chard Coeur de Lion sur­veille du haut de son don­jon. « Ah ! Si vous me dites Châ­lus, je pleure, mon coeur saigne, mon coeur d’en­fant me re­monte aux lèvres parce que, de par mon père, je porte un nom ty­pi­que­ment li­mou­sin (**). »

Sco­la­ri­sé deux ans à Châ­lus

Jus­qu’à l’âge de quinze ans, Pierre Des­proges passe un ou deux mois par an à Châ­lus. Deux ans de suite, il y est même sco­la­ri­sé. « À l’âge de huit ans, j’ai fait ce que l’on ap­pelle une pri­mo­in­fec­tion, avant que le BCG soit gé­né­ra­li­sé. Quand un pe­tit Pa­ri­sien avait une pri­mo­in­fec­tion, pour le pro­té­ger de la tu­ber­cu­lose, on le met­tait à la cam­pagne chez sa grand­mère le plus long­temps pos­sible. Alors j’ai com­men­cé à al­ler chez mes grands­pa­rents à Châ­lus pour m’y re­po­ser puis j’y suis res­té deux an­nées sco­laires, entre huit et dix ans. » (**)

Mal­gré son jeune âge, il marque dé­jà les es­prits de ceux qu’il cô­toie. No­tam­ment ce­lui de son ins­ti­tu­trice Ma­dame Dau­riat – à Châ­lus, tout le monde l’ap­pe­lait ex­clu­si­ve­ment “Ma­dame Dau­riat”. « Il était un pe­tit peu in­dis­ci­pli­né, un pe­tit peu cha­hu­teur, ra­con­te­ra­t­elle en ma­niant l’eu­phé­misme avec bien­veillance. Mais c’était un bon ca­ma­rade, quand même. C’était un bon élève… Du cô­té lit­té­raire. »

« Il était dé­jà à la re­cherche de tout amu­se­ment, ex­plique Co­lette, la fille de l’ins­ti­tu­trice. Nous avons fait notre CM1 en­semble, dans la classe de ma mère. Il était très in­tel­li­gent. Il était fa­cé­tieux et mo­queur, sans ja­mais être mé­chant. Mais sur­tout, il sa­vait voir les choses drôles. »

Co­lette en ri­gole en­core quand elle évoque ses sou­ve­nirs. « Quand il pas­sait au ta­bleau pour dé­cla­mer une ré­ci­ta­tion, il met­ tait toute la classe en fou rire. À l’in­verse, il ne pou­vait s’em­pê­cher, lui le pe­tit Pa­ri­sien ve­nant d’un mi­lieu ai­sé et culti­vé, de glous­ser lors­qu’il en­ten­dait ces pe­tits Li­mou­sins ré­ci­ter du Ver­laine avec l’ac­cent du ter­roir. Du coup, ma mère le met­tait sys­té­ma­ti­que­ment à la porte. À la fin, lors­qu’elle an­non­çait la ré­ci­ta­tion, il sor­tait de lui­même sans at­tendre qu’elle le lui dise. »

À Châ­lus dé­jà, sous Des­proges poin­tait Des­proges. Qui peut réel­le­ment s’en éton­ner ? ■

ARCHIVES DE LA FAMILLE DES­PROGES

PORTRAIT. Pierre Des­proges pris en pho­to par sa femme Hé­lène. L’hu­mo­riste avait une ten­dresse par­ti­cu­lière pour la ville de Châ­lus.

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