Em­bar­que­ment en eaux troubles à Vas­si­vière

Re­bec­ca Digne ex­pose jus­qu’au 17 juin au centre in­ter­na­tio­nal d’art et du pay­sage

La Montagne (Corrèze) - - Limousin Actualité -

Le centre in­ter­na­tio­nal d’art et du pay­sage de Vas­si­vière ac­cueille de­puis le 25 mars et jus­qu’au 17 juin Re­bec­ca Digne pour une ex­po­si­tion mo­no­gra­phique qui rend vi­sible, et ce pour la pre­mière fois, les sou­bas­se­ments du lieu au pu­blic, d’une énig­ma­tique fa­çon…

Pour cette nou­velle pro­po­si­tion, le centre d’art se pré­sente sem­blable à un ba­teau cou­ché à l’en­vers, un ba­teau qui au­rait échoué au pied du faux phare de l’île de Vas­si­vière dans le­quel une ma­quette jouant avec l’échelle des re­gards montre des images de trans­for­ma­tion de la ma­tière où des mains d’ar­ti­sans se dé­placent comme celles d’un ar­chéo­logue dans une cris­tal­le­rie.

Fil­mer ce n’est pas une ac­tion, c’est un geste… Dans le­quel l’ar­tiste, en l’oc­cur­rence Re­bec­ca Digne, née en 1982 à Mar­seille, qui a gran­di en Ita­lie et vit et tra­vaille ac­tuel­le­ment à Pa­ris, montre des mains en train de creu­ser dans la terre un trou, mais aus­si construire des pos­sibles. Où des­si­ner dans le pay­sage avec une corde pour créer un lien entre l’in­di­vi­du et ce pay­sage peut ser­vir à oc­cu­per et à trans­for­mer l’es­pace à par­tir de noeuds qui s’en­roulent au­tour de blocs, d’angles, de masses, de vo­lumes… en ordre et en désordre, dans cet in­fi­ni en mou­ve­ment. Et c’est en vain que la corde s’éloigne, s’ap­proche, et mul­ti­plie les points de vue.

En­trer dans la ma­tière

Puis l’ar­tiste l’a at­ta­chée aux co­lonnes du pe­tit théâtre et la fait sor­tir par la lu­carne du centre d’art pour la lais­ser glis­ser dans le pay­sage jus­qu’à un ra­deau flot­tant sur l’eau du lac, construit à par­tir d’arbres morts ou des­ti­nés à être abat­tus, trou­vés sur l’île par un maître char­pen­tier et son an­cien élève. Et si c’était pour le centre d’art que l’ar­tiste avait fait construire ce ra­deau ? Pour cette ar­chi­tec­ ture qui se se­rait en­dor­mie dans son bé­ton, son bois, son fer… qui la com­posent pour nous rap­pe­ler le temps. Ce temps qui trans­forme, la­boure, sca­ri­fie, aère… tout ce qui le cerne. Ce temps qui nous échappe à me­sure qu’on le pé­nètre, que l’on veut des fois ra­len­tir et d’autres fois ac­cé­lé­rer, sou­vent ar­rê­ter mais aus­si pro­lon­ger ou amar­rer, comme ce ra­deau flot­tant entre deux ter­ri­toires, bar­bouillé en conti­nu par des va­gue­lettes qui ef­facent et re­com­mencent.

Cette em­bar­ca­tion in­vite à par­tir à la re­cherche de notre propre géo­gra­phie sur cette plate­forme vers notre monde in­té­rieur. A en­trer dans la ma­tière, pour de­ve­nir ma­tière, dans la pro­fon­deur du réel en na­vi­gant sur une eau calme et trouble à la fois, à la re­cherche de cette ma­tière vi­vante, fra­gile, in­stable et com­bien éphé­mère. Re­bec­ca Digne laisse le choix des di­rec­tions à prendre, des lignes de fuite à em­prun­ter sur l’eau du lac, au tun­nel sou­ter­rain qui vous condui­ra au plus pro­fond de la mé­moire du lieu, une île à la re­cherche de son océan. ■

➡ Pra­tique. Ex­po­si­tion jus­qu’au 17 juin, tous les jours de 14 heures à 18 heures, le week-end de 11 heures à 13 heures et de 14 heures à 18 heures. Tel. 05.55.69.27.27

PHOTOS BRUNO BARLIER

Comme an­non­cée par ce ra­deau flot­tant sur le lac de Vas­si­vière, l’ex­po­si­tion de Re­bec­ca Digne est à voir jus­qu’au 17 juin.

DEHORS ET DEDANS.

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