Le concept d’au­berge ré­ha­bi­li­té

A Cham­bo­ret, au bord de la N 147, L’Au­berge de la lande de Taillac offre une halte ré­jouis­sante

La Montagne (Corrèze) - - Tendance -

Non seule­ment L’Au­berge de la lande de Taillac à Cham­bo­ret a su fi­dé­li­ser les usa­gers de la Na­tio­nale 147, mais elle a éga­le­ment sé­duit tous ceux qui ont fran­chi par ha­sard la porte de ce res­tau­rant convi­vial à la cui­sine au­then­tique et soi­gnée.

Au­jourd’hui le terme même de « route na­tio­nale » semble frap­pé du sceau de l’ob­so­les­cence et de la nos­tal­gie. Ain­si char­rie­t­il dans nos mé­moires son lot de sou­ve­nirs : in­ter­mi­nables bou­chons un jour de dé­part en va­cances, li­ta­nie in­dé­pas­sable de ca­mions et autres pas­sages du Tour de France.

Dans l’ima­ge­rie po­pu­laire, une Na­tio­nale s’ac­com­pagne aus­si de son cor­tège de sta­tions­es­sence et de res­tau­rants qui ja­lon­naient son par­cours. Qui ne s’est pas un jour ar­rê­té sur un coup de faim dans un de ces snacks mi­teux, re­paires de l’in­di­gence : hy­giène dou­teuse, odeur de frites te­nace, dé­co sans âme, ad­di­tion au goût par­fois très sa­lé. Sans ou­blier les ter­rasses pro­saïques, avec vue sur le bi­tume fon­dant et où les pa­ra­sols pu­bli­ci­taires manquent de s’en­vo­ler au pas­sage de chaque poids lourd ou ca­ra­vane sur la chaus­sée.

Ré­sul­tat, bon nombre d’usa­gers ont boy­cot­té ces pièges à tou­ristes et se sont ré­so­lus à s’en­fi­ler sand­wiches tri­angle, chips gras et sa­lades sous plas­tique, ins­tal­lés sur des aires de re­pos jon­chées de dé­tri­tus. Bien­ve­nue en en­fer.

Un pa­ri au­da­cieux

Les ki­lo­mètres de route na­tio­nale, Pas­cal Gra­net connaît. Mais voi­là que la cin­quan­taine ve­nue, cet an­cien di­rec­teur ré­gio­nal dans la grande dis­tri­bu­ tion a un jour dé­ci­dé de quit­ter le com­merce et sa vie de no­made pour la res­tau­ra­tion. « Un rêve de gosse », ajoute­t­il.

En 2015, Pas­cal ra­chète un éta­blis­se­ment fer­mé de­puis des mois et cam­pant sur les bords de la RN 147, à Cham­bo­ret, entre Li­moges et Bel­lac.

Son idée ? Res­ter sur le concept d’au­berge de bord de route, mais ré­ha­bi­li­ter son image en choyant aus­si bien les usa­gers de la Na­tio­nale de pas­sage qu’en s’adres­sant à une clien­tèle lo­cale.

Pour réus­sir le pa­ri, il mise sur une dé­co mo­der­ ne, après d’im­por­tants tra­vaux (du sol au pla­fond en pas­sant par le par­king) pour re­do­rer l’as­pect de cette belle bâ­tisse en pierre. Il opte pour une cui­sine tra­di­tion­nelle aux an­ti­podes de la mal­bouffe, avec des as­siettes jo­li­ment dres­sées et une vais­selle soi­gnée.

Ques­tion cui­sine, il a confié la mis­sion à un tan­dem mo­ti­vé, Fré­dé­ric Ver­ron et Cy­ril Bout­tet. En­semble, ils misent sur une cui­sine simple et tra­di­tion­nelle réa­li­sée à par­tir de pro­duits frais, de sai­son et du ter­roir lo­cal.

Ain­si trouve­t­on, au ha­ sard d’une carte qui évo­lue ré­gu­liè­re­ment, un pi­cat­ta de lotte aux agrumes et beurre blanc, une pièce d’agneau rô­ti, jus au thym, ac­com­pa­gnée de son gra­tin dau­phi­nois, ou un nou­gat gla­cé maison et son tar­tare de mangues ca­ra­mé­li­sées. On ne va pas cher­cher mi­di à qua­torze heures, mais c’est bon, c’est goû­teux et bien réa­li­sé, les ta­rifs sont mo­dé­rés et le ser­vice ef­fi­cace. Que de­man­der de mieux…

L’es­prit de l’au­berge sau­ve­gar­dé

In­dis­cu­ta­ble­ment, la mayon­naise a pris. En ce sa­me­di mi­di, la salle est co­pieu­se­ment gar­nie avec une cin­quan­taine de clients réunis dans une belle al­lé­gresse, des couples de tou­ristes re­trai­tés, des fa­milles en tran­sit vers la vil­lé­gia­ture mé­ri­dio­nale, des ou­vriers lo­caux et une poi­gnée de com­mer­ciaux, cra­vate et che­mi­sette… Bref, tout un pa­nel de la France d’au­jourd’hui réuni sous le même toit, au­tour d’une même cui­sine à la fois consen­suelle et exi­geante. L’es­prit re­trou­vé de l’au­berge.

Une réus­site qui a de quoi se faire étran­gler tous les cas­sandres, pour qui

Un lieu sé­cu­ri­sant où le re­pas est une vé­ri­table pause, gour­mande et apai­sante »

une clien­tèle de pas­sage ne mé­ri­te­rait pas qu’on lui pro­pose du qua­li­ta­tif et que seul pré­vau­drait la marge ga­gnée sur le dos d’un pi­geon voya­geur.

« En peu de temps, nous avons réus­si à fi­dé­li­ser des clients qui font la route ré­gu­liè­re­ment et pour qui L’Au­berge est de­ve­nue une halte obli­gée. Un lieu sé­cu­ri­sant où ils ont leurs ha­bi­tudes et le re­pas est une vé­ri­table pause, gour­mande et apai­sante », sou­ligne Pas­cal Gra­net qui a dé­mon­tré que, quel que soit le sec­teur de la res­tau­ra­tion, la qua­li­té et l’exi­gence sont les pi­liers de la réus­site. ■

BONNE ADRESSE. Cam­pant au bord de la 147, L’Au­berge de la lande de Taillac s’im­pose comme une halte gour­mande obli­gée.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.