Main ten­due dans un gant de fer

La France fait le pa­ri d’une in­ter­ven­tion mi­li­taire ci­blée pour re­lan­cer le pro­ces­sus politique

La Montagne (Corrèze) - - France & Monde Actualités -

La France veut re­lan­cer le pro­ces­sus de sor­tie de crise en Sy­rie après les frappes oc­ci­den­tales ef­fec­tuées, hier, contre le ré­gime sy­rien, fai­sant le pa­ri que c’est aus­si dans l’in­té­rêt de la Rus­sie, al­liée in­dé­fec­tible de Da­mas.

Pa­ris sou­haite « tra­vailler sé­rieu­se­ment avec la Rus­sie pour par­ve­nir à une so­lu­tion politique », a in­di­qué, hier, l’Ély­sée dans un com­mu­ni­qué. « Nous sommes prêts à y tra­vailler dès main­te­nant avec tous les pays qui peuvent y contri­buer », a ain­si lan­cé le chef de la di­plo­ma­tie fran­çaise, JeanYves Le Drian, en ten­dant la main à Mos­cou, quelques heures après les raids.

Pou­tine in­sul­té ?

Cette pro­po­si­tion pa­raît ce­pen­dant bien am­bi­tieuse au vu des pre­mières ré­ac­tions russes après les frappes américaines, françaises et bri­tan­niques.

Pour l’am­bas­sa­deur russe à Wa­shing­ton, Ana­to­li An­to­nov, les frappes re­ve­naient à « in­sul­ter le pré­sident russe », Vla­di­mir Pou­tine. La Sy­rie est frap­pée « au mo­ment où elle avait une chance d’avoir un avenir pa­ci­fique », a dé­plo­ré la porte­pa­role du mi­nis­tère russe des Af­faires étran­gères, Ma­ria Za­kha­ro­va.

Après Alep et Homs, le ré­gime, sou­te­nu mi­li­tai­re­ment par la Rus­sie et l’Iran, a re­pris le 12 avril l’en­clave de la Ghou­ta orien­tale. Fort de ces vic­toires mi­li­taires, il contrôle de nou­veau quelque 60 % du ter­ri­toire. Se­lon di­plo­mates et ex­perts, il de­vrait s’at­ta­ quer dé­sor­mais à la dernière grande pro­vince en­core sous le contrôle d’in­sur­gés et dji­ha­distes, Id­leb (nor­douest), ain­si qu’à la zone de De­raa (sud).

La Rus­sie affiche un sou­tien sans faille à son al­lié mal­gré des vio­la­tions à ré­pé­ti­tion des ré­so­lu­tions du Conseil de sécurité sur le ces­sez­le­feu et l’ac­cès de l’aide hu­ma­ni­taire à des po­pu­la­tions as­sié­gées et af­fa­mées. Elle a aus­si mis sur les rails son propre pro­ces­sus politique de ré­so­lu­tion du conflit, avec l’Iran et la Tur­quie, com­pro­met­tant d’au­tant plus ce­lui sous l’égide de l’ONU à Ge­nève, au point mort de­puis des mois.

Se­lon les Oc­ci­den­taux, Vla­di­mir Pou­tine n’a tou­te­fois pas ob­te­nu les ré­sul­tats es­comp­tés à la confé­rence de paix in­ter­sy­rienne de Sot­chi, en jan­vier, et pei­ne­rait à faire en­tendre rai­son à son al­lié Ba­char al­As­sad. Pour Ziad Ma­jed, po­li­to­logue à l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine de Pa­ris, les frappes pour­raient pa­ra­doxa­le­ment « re­lan­cer le pro­ces­sus de paix en mon­trant au Krem­lin la dé­ter­mi­na­tion des Oc­ci­den­taux ». ■

PHOTOS AFP

MISSILE DE CROI­SIÈRE. L’un des trois ti­rés de­puis une fré­gate mul­ti­mis­sions de la Ma­rine na­tio­nale, en Mé­di­ter­ra­née.

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