« Le ré­gime sy­rien a men­ti »

Fran­çois Hol­lande, en dé­di­cace, hier, à Tulle (Cor­rèze), a ap­puyé la dé­ci­sion d’in­ter­ven­tion ar­mée

La Montagne (Corrèze) - - 7 Jours En Pforlaitniqcu E& E Monde - Tan­guy Ol­li­vier et Jean-Louis Mer­cier

Sou­tien à la dé­ci­sion d’in­ter­ven­tion en Sy­rie, re­tour sur échecs et réus­sites de son man­dat, et sur son état d’es­prit : nous avons in­ter­viewé Fran­çois Hol­lande hier à Tulle, entre ba­lade sur le mar­ché et dédicaces.

■ Quel re­gard por­tez-vous sur l’at­taque co­or­don­née d’hier en Sy­rie ? L’opé­ra­tion est dou­ble­ment jus­ti­fiée. Elle est jus­ti­fiée car il y a eu uti­li­sa­tion de l’arme chi­mique contre des po­pu­la­tions, des en­fants, des femmes, en au­cune ma­nière des com­bat­tants. Elle est aus­si jus­ti­fiée car le ré­gime sy­rien, avec son al­lié russe, a men­ti : il de­vait dé­truire ses armes chi­miques. Cette in­ter­ven­tion a été li­mi­tée aux ca­pa­ci­tés in­dus­trielles pour fa­bri­quer du chi­mique. Et c’est parce qu’elle est li­mi­tée qu’elle peut ou­vrir, à condi­tion d’être sui­vie d’une offensive di­plo­ma­tique, une so­lu­tion politique. Ce­la sup­pose un gou­ver­ne­ment de tran­si­tion. Com­ment ima­gi­ner que l’avenir de la Sy­rie puisse en­core pas­ser par Ba­char al­As­sad, même si, sur le ter­rain mi­li­taire, il donne l’im­pres­sion de l’avoir em­por­té ? Si j’ai re­gret­té l’in­ac­tion de Ba­rack Oba­ ma, je ne peux non plus me sa­tis­faire de l’im­pro­vi­sa­tion qui pour­rait être celle de Do­nald Trump. Il faut avoir une co­hé­rence dans l’ac­tion, faire pres­sion sur la Rus­sie et sur l’Iran pour abou­tir à une so­lu­tion en Sy­rie.

■ Pré­si­den­tielle et lé­gis­la­tives ont mar­qué la qua­sié­ra­di­ca­tion du PS. Quelle part pre­nez-vous de cet échec ? Je n’en­tends pas me dé­faus­ser sur d’autres de ces ré­sul­tats élec­to­raux. Je dé­fends âpre­ment mon ac­tion, je sais aus­si ce qu’elle a pu faire ap­pa­raître comme frus­tra­tions aux yeux de mes élec­teurs. Mais le can­di­dat, c’était Be­noît Ha­mon, qui re­pré­sen­tait une ligne contraire à la mienne. On a vu le ré­sul­tat : 6 %. Est­ce ir­ré­mé­diable ? Non, j’ai confiance en l’avenir de la gauche dès lors qu’elle as­sume une ligne de cré­di­bi­li­té, pro­pose des so­lu­tions nou­velles, se montre cons­ tante, dit la vé­ri­té. Les élec­teurs qui m’avaient fait confiance en 2012 n’ont pas dis­pa­ru. Ils sont tou­jours en at­tente de plus de jus­tice, de plus de pro­grès. Si ceux qui ont pu vo­ter En Marche ne com­prennent pas les dé­ci­sions qui sont prises, alors le PS a le de­voir de leur of­frir une pers­pec­tive.

■ Croyez-vous que le temps est ve­nu où l’on rend jus­tice à votre ac­tion ? Les ré­sul­tats sont dé­jà là, on les connaît. Si la crois­sance est re­ve­nue, si le dé­fi­cit a bais­sé, s’il y a eu 700.000 em­plois créés, si le chô­mage a fi­ni d’in­ver­ser sa courbe, c’est bien parce que des dé­ci­sions ont été prises du­rant mon man­dat, et tant mieux si mon suc­ces­seur peut faire fruc­ti­fier ces ré­sul­tats.

■ Vous écri­vez sou­vent « je prends sur moi » ou « je n’en parle pas ». Le poids du man­dat et la so­li­tude du pré­sident sont-ils si écra­sants ? J’ai vé­cu un quin­quen­nat ex­cep­tion­nel, des épreuves consi­dé­rables ont af­fec­té le pays. J’ai pu prendre des dé­ci­sions, ré­agir aux épreuves parce que j’ai pris sur moi. Au­de­là de mes propres émo­tions, je de­vais être l’in­car­na­tion du pays. Le pré­sident seul doit as­su­mer ses choix. Le quin­quen­nat que j’ai vé­cu, je le dis pour plai­san­ter, en vaut deux compte te­nu de tout ce qui s’est pro­duit.

■ Votre livre « Les Le­çons du pou­voir » donne même le sen­ti­ment qu’avec l’ex­pé­rience, vous se­riez en­core meilleur de­main… Oui, avec de l’ex­pé­rience, on est tou­jours meilleur ! Je donne ces in­for­ma­tions à mes suc­ces­seurs, à l’ac­tuel, à ceux qui sui­vront, à moi­même. ■

« Com­ment ima­gi­ner que l’avenir de la Sy­rie puisse pas­ser par Ba­char al­As­sad ? »

➡ Sur le web. Re­trou­vez l’in­té­gra­li­té de l’in­ter­view de Fran­çois Hol­lande.

PHO­TO PIERRE BOUCHET

HIER, À TULLE. « Si j’ai re­gret­té l’in­ac­tion de Ba­rack Oba­ma, confie l’an­cien pré­sident, je ne peux non plus me sa­tis­faire de l’im­pro­vi­sa­tion qui pour­rait être celle de Do­nald Trump. »

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