Les bières lo­cales tiennent sa­lon

Un deuxième sa­lon a réuni hier à Brive 9 mi­cro­bras­se­ries de la ré­gion

La Montagne (Corrèze) - - La Une - Ar­naud bes­nard (*) Le sa­lon de la bière ar­ti­sa­nale et lo­cale est or­ga­ni­sé par la cave Le Pic Vert et le res­tau­rant Amé­dé­lys.

Les ar­ti­sans bras­seurs lo­caux pro­duisent d’ex­cel­lents pro­duits qu’ils cherchent à dé­mo­cra­ti­ser. Pas si simple. Pa­roles de consom­ma­teurs. Pa­roles de bras­seurs.

L’at­ti­rance pour la bière n’est pas nou­velle. Mais l’en­goue­ment pour les bonnes bières ar­ti­sa­nales, si ! Le deuxième sa­lon de la bière lo­cale et ar­ti­sa­nale (*) qui s’est te­nu, hier, toute la jour­née place du Ci­voire, en té­moigne.

Près de 500 vi­si­teurs ont fran­chi les portes du sa­lon. En échange de deux eu­ros et d’un go­be­let réuti­li­sable.

« On com­pare et puis on en parle »

Cer­tains vi­si­teurs dé­couvrent un uni­vers. Des sa­veurs, certes, mais aus­si, un lexique par­ti­cu­lier pour en par­ler. D’autres sont des connais­seurs. Comme ces deux Nor­distes, Au­drey et Clé­ment, ins­tal­lés à Brive de­puis deux ans et qui ont « vou­lu voir ça de plus près ».

« Nous, ce qu’on re­cherche, c’est le ca­rac­tère, l’ori­gi­na­li­té, être sur­pris ». Et ils avouent que là, ils le sont. Pour eux, les bras­seurs du cru n’ont pas à rou­gir face à leurs col­lègues du Nord : « Car­ré­ment pas, s’écrie Au­drey, on a fait trois stands et on sent tout de suite que la qua­li­té est là ». Clé­ment, son truc, c’est l’amer­tume. Au­drey, elle, a un faible pour les frui­tées. « On com­pare, on en parle ».

Ils vont faire quelques achats et pren­dront plai­sir à faire dé­cou­vrir aux amis. Car, que ce soit avec les bras­seurs ou entre amis, « ce qui est bien, aus­si c’est la dis­cus­sion, l’échange qu’il y a autour de la bière, comme avec le vin ».

L’idée de ces jeunes gens ini­tiés, c’est aus­si de rompre avec les pro­duc­tions in­dus­trielles. Car au­tant que le vi­gne­ron exi­geant, « l’ar­ti­san bras­seur est dans une dé­marche de plai­sir, de créa­ti­vi­té ». « On n’a pas de plan mar­ke­ting » s’amuse Bo­ris Char­tier, de la Bras­se­rie Cor­ré­zienne, moi par exemple, je fais les bières que j’ai en­vie de boire ».

Mais at­ten­tion, le mé­tier n’est pas ou­vert bien long­temps aux hur­lu­ber­lus. Bras­seur, ce n’est pas une vo­ca­tion née un soir de fête. Sur le sa­lon, les neuf bras­seurs ren­con­trés ont la tête froide et bien sur les épaules : « Les dif­fi­cul­tés sont nom­breuses, ré­sume Re­naud Ste­nek, de la bras­se­rie La Cha­va­gn’, à Co­ly, il faut connaître les tech­niques de pro­duc­tion, sa­voir faire des choix, trou­ver les bons four­nis­seurs de ma­tières pre­mières, trou­ver une ré­gu­la­ri­té, au dé­part, il faut peut­être mettre un peu de poé­sie mais si on veut te­nir, il faut aus­si sa­voir gé­rer ».

« Amor­cer la pompe »

Jus­te­ment, son voi­sin de stand, Paul Vian­na, de la bras­se­rie du Cha­noine, à Hau­te­fort, se heurte à des pro­blèmes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment : Moi, j’ai choi­si de pro­duire en bio par phi­lo­so­phie per­son­nelle, mais ce sont des contraintes sup­plé­men­taires, en ce mo­ment j’ai du mal à m’ap­pro­vi­sion­ner en hou­blon bio ». Paul Vian­na évoque aus­si la dif­fi­cul­té de pas­ser des pa­liers et de faire croître une mi­cro­en­tre­prise, bref, comme on dit : « C’est un mé­tier ».

Au­cun bras­seur n’en parle sur le sa­lon, mais dans le mi­lieu, on sait que les in­dus­triels voient d’un mau­vais oeil ces mi­cro­bras­se­ries (de Cor­rèze ou d’ailleurs) qui leur mordent un peu les mol­lets. Aus­si, cherchent­ils à cou­per le hou­blon sous le pied des pe­tits bras­seurs en ache­tant le maxi­mum de la pro­duc­tion exis­tante.

Reste un frein à le­ver : « Ce qui se­rait bien, c’est que les bars aient l’idée de ne plus s’en te­nir au “contrat bras­seur” et de pro­po­ser nos bières ar­ti­sa­nales », es­père Bo­ris Char­tier. Quand je vois des éta­blis­se­ments avec 10 becs à bière et tou­jours ces mêmes pro­duits uni­for­mi­sés, je trouve ça dé­so­lant pour les consom­ma­teurs.

Il conclut avec le sou­rire. « Il fau­drait qu’il y en ait quel­que­suns qui amorcent la pompe ». ■

PHO­TO : FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

ESTHÈTES. Les ar­ti­sans bras­seurs lo­caux étaient à la fête hier. Ils ont pu par­ler de leur pas­sion, de leurs pro­duits. Pour les ama­teurs, l’oc­ca­sion d’un grand cas­ting.

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