Un en­tre­pre­neur phi­lan­thrope veut ré­vo­lu­tion­ner le don

Alexandre Mars, un mul­ti­mil­lion­naire ré­vol­té par les in­éga­li­tés, en­traîne dans son sillage Dior, L’Oréal et des mil­liers d’ano­nymes.

La Montagne (Corrèze) - - La Une - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

Parce qu’il en va, dit-il, de la sur­vie du monde, Alexandre Mars veut ré­vo­lu­tion­ner le don, en faire « l’af­faire de tous ». L’en­tre­pre­neur phi­lan­thrope en­traîne dans son sillage des puis­sants et des ano­nymes. Cha­cun à son échelle.

«Un mil­liard d’hu­mains vit avec moins d’un dol­lar par jour […] notre monde est sur le point d’im­plo­ser. »

Alexandre Mars, un qua­dra fran­çais de­ve­nu mul­ti­mil­lion­naire, s’est don­né dix ans pour faire du don, la norme. Le di­plô­mé de HEC et de Dau­phine consacre sa for­tune, amas­sée sur le mar­ché du bu­si­ness di­gi­tal, à Epic, un mou­ve­ment mon­dial fon­dé en 2014 pour mettre en actes sa « ré­volte contre l’in­jus­tice ». Dans sa croi­sade phi­lan­thro­pique pour ré­duire les in­éga­li­tés qui privent la jeu­nesse d’un ave­nir, ce père de trois en­fants trouve un écho gran­dis­sant. De L’Oréal et Dior à Grand Corps Ma­lade.

1 eu­ro ou 1 mil­lion

Que l’on verse 1 eu­ro à Epic ou 1 mil­lion comme le fait Cau­da­lie, en­tre­prise fran­çaise de cos­mé­tiques spé­cia­li­sée dans la vi­no­thé­ra­pie, pas un cen­time n’échappe aux or­ga­ni­sa­tions so­ciales qui agissent sur le ter­rain, une tren­taine dans le monde dont quatre en France (*). Ces or­ga­ni­sa­tions oeuvrent toutes pour la jeu­nesse et l’en­fance, de 0 à 25 ans, en fa­veur de leur pro­tec­tion, leur san­té, leur édu­ca­tion, leur ac­cès à l’em­ploi.

Loin du bling­bling du cha­ri­ty bu­si­ness, Alexandre Mars mouille le maillot et paye tout ! : les 30 sa­laires d’Epic, les frais de struc­ture, les voyages aux quatre coins de la Terre. Cette an­née, il va dé­bour­ser deux mil­lions pour d’autres en­fants que les siens. « Ils le savent, je leur lais­se­rai as­sez peu d’hé­ri­tage, ils ne se plaignent pas ; on a tra­ver­sé les conti­nents avec eux, ils ont tout com­pris dès le dé­part. »

Son rêve ? Le don pos­sible par­tout, dans tous les gestes de la vie cou­rante : « Vous, moi, à Li­moges, à Bor­deaux ou à Lille, en in­vi­tant un ami à boire un ca­fé, en al­lant au cinéma, en ré­ser­vant un billet de train… »

La ligue de foot­ball pro­fes­sion­nel a ou­vert (roya­le­ment) la voie : « A chaque but en ligue 1 et en ligue 2, elle verse 100 eu­ros pour les or­ga­ni­sa­tions que nous sou­te­nons. C’est simple, c’est fa­cile, ça va à une meilleure jus­tice so­ciale et ça donne de l’élan ! », s’amuse­t­il.

Grand Corps Ma­lade est aus­si de la par­tie : le sla­meur offre 1 % des bé­né­fices de sa tour­née 2018 et de son der­nier al­bum à Epic.

La mai­son Dior pro­pose à ses em­ployés de suivre le mou­ve­ment de­puis mai 2017. « Un an plus tard, ils sont 28 % à don­ner ne se­raient­ce que quelques cen­times d’eu­ros chaque mois, équi­va­lant à l’ar­ron­di sur sa­laire. L’en­tre­prise, quant à elle, abonde ces dons », se ré­jouit Alexandre Mars.

« Le suc­cès, il y a dix ans en­core, se li­sait au nombre de zé­ros sur le compte en banque. Au­jourd’hui, il n’a de va­leur que s’il est par­ta­gé. Ce peut être ce chauf­feur de VTC ar­ri­vé en France avec rien et qui a mon­té sa so­cié­té en em­bau­chant deux de ses co­pains aus­si bien qu’un géant du CAC 40 qui a com­pris que la créa­tion des ri­chesses ne doit se faire au dé­tri­ment de l’im­pact so­cial. »

« Ap­prendre à par­ta­ger »

« Ma gé­né­ra­tion est pas­sée entre pas mal de gouttes. La mi­sère, la du­re­té, la pau­vre­té, la mort, on les voyait de loin, à la té­lé, pour­suit le pa­tron d’Epic. Pour les moins de 30 ans, l’ac­tion so­ciale est de­ve­nue un ins­tinct, l’im­pact po­si­tif sur la so­cié­té, dé­ter­mi­nant. Cette gé­né­ra­tion des mil­le­nials exerce une pres­sion forte sur les en­tre­prises pour dé­cro­cher un job qui ait un sens. Pour les gar­der, il va fal­loir leur ra­con­ter une autre his­toire que le plan de car­rière et la salle de ping­pong. »

« D’ici une di­zaine d’an­nées, une par­tie im­por­tante des em­plois d’au­jourd’hui n’exis­te­ra plus. Il va fal­loir ap­prendre à par­ta­ger, trou­ver des so­lu­tions si l’on ne veut pas aban­don­ner de plus en plus de gens au bord de la route avec 40 % de chô­mage à la clef », en­chaîne­t­il. L’en­tre­pre­neur globe­trot­ter donne l’exemple de l’Inde, où un pour­cen­tage des bé­né­fices part obli­ga­toi­re­ment aux or­ga­ni­sa­tions qui luttent contre la mi­sère – 270 mil­lions de per­sonnes dans ce pays se si­tuent en des­sous du seuil de pau­vre­té.

« À l’autre bout de la pla­nète comme en bas de son im­meuble, il ne faut s’ha­bi­tuer à au­cune in­éga­li­té. Mais pas be­soin de tra­vailler aux Na­tions Unies. Cha­cun peut faire un peu et pous­ser beau­coup les autres. » ■

(*) Sport dans la ville, Sin­ga, Agir pour l’école, Sim­plon.

➡ A lire. Alexandre Mars, « La ré­vo­lu­tion du par­tage », Flam­ma­rion/Ver­si­lio ; 214 p., 15 €. Tous les droits d’au­teur sont re­ver­sés à Epic (www.epic.foun­da­tion).

©EPIC

TER­RAIN. Alexandre Mars en Ou­gan­da où l’or­ga­ni­sa­tion Nya­ka, via Epic, donne la pos­si­bi­li­té aux grands-mères de four­nir des foyers stables et sûrs à leurs pe­tits-en­fants or­phe­lins de leurs pa­rents, vic­times du si­da.

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