Zones d’ombre, ré­vé­la­tions et ten­sions

Mi­chel Bau­ry pu­blie deux ou­vrages sur Ora­dour­sur­Glane

La Montagne (Corrèze) - - Grand Angle -

Mi­chel Bau­ry tra­vaille de­puis dix ans sur les « zones d’ombre » qui en­tourent le mas­sacre d’Ora­dour. Après trois pre­miers ou­vrages consa­crés au su­jet, il pu­blie deux nou­veaux livres.

Le pre­mier, Ora­dour­surG­lane : Faits gé­né­ra­teurs du mas­sacre (Ed. Jour­dan), est co­écrit avec Pa­trick Char­ron et Jean Jol­li­vet, deux his­to­riens ama­teurs. Mi­chel Bau­ry, in­gé­nieur re­trai­té en gé­nie ato­mique, se consi­dère comme un « col­lec­teur de mé­moire ». Le livre re­prend et dé­ve­loppe trois des thèses prin­ci­pales de Mi­chel Bau­ry : la pré­sence de ma­quis au­tour d’Ora­dour, l’im­por­tance de la cap­ture du ma­jor SS Kämpfe la veille du drame et l’éva­sion du lieu­te­nant SS Ger­lach. Ils s’ap­puient sur des té­moi­gnages et des ar­chives in­édites pour ap­puyer leurs hy­po­thèses.

Ca­hier. Le se­cond ou­vrage, Ora­dour­sur­Glane : Le ré­cit d’un sur­vi­vant (Ed. Pri­vat, ci­des­sus), consiste en la pu­bli­ca­tion d’un ca­hier écrit en août 1944 par Ma­thieu Bo­rie, sur­vi­vant du mas­sacre et com­pa­gnon d’éva­sion de Ro­bert Hé­bras. Ce ca­hier est illus­tré de pho­tos que Mi­chel Bau­ry as­sure avoir été prises par Ma­thieu Bo­rie lui­même.

Ca­pi­tal. « Très peu de per­sonnes, même par­mi ses proches, ont connu l’exis­tence de ce té­moi­gnage ca­pi­tal », sou­ligne Mi­chel Bau­ry. Il a bé­né­fi­cié du concours de Ma­rie­Noëlle et Re­né Bo­rie, les en­fants de l’au­teur du ca­hier.

Voile le­vé. L’in­té­rêt de ce té­moi­gnage, se­lon Mi­chel Bau­ry, est qu’il « lève le voile sur ce qui s’est pas­sé à Ora­dour­sur­Glane [...] non seule­ment à l’ar­ri­vée des “boches”, mais aus­si sur tout le contexte très par­ti­cu­lier de cette jour­née ». Il ajoute qu’« il semble vrai­sem­blable qu’Ora­dour­sur­Glane at­ten­dait les Al­le­mands, la Ges­ta­po, les col­la­bos avec les GMR de Li­moges, mais sû­re­ment pas les SS qui sont ar­ri­vés ».

« Il n’y a ja­mais eu de groupe ar­mé »

Ro­bert Hé­bras, sur­vi­vant du mas­sacre, n’a pas lu ces livres, mais émet des ré­serves quant à l’ori­gine de ce ca­hier et aux thèses avan­cées. Les ré­sis­tants ? Il « les connais­sai[t], mais il n’y a ja­mais eu de groupe ar­mé ou de ma­quis dans le bourg ! » Quant au risque d’une rafle, « c’était une crainte qui exis­tait, sur­tout chez ceux qui étaient fi­chés comme com­mu­nistes. » Et les col­la­bo­ra­teurs, dont la fa­mille R... ? Il connais­sait « très bien le fils qui était en uni­forme de la mi­lice (*) le jour du mas­sacre. À l’époque, à l’in­verse des ré­sis­tants, ils ne s’en ca­chaient pas. Au contraire ! Ça ne l’a pas sau­vé, il est mort comme les autres… »

Ten­sions. Ro­bert Hé­bras le re­con­naît, il « n’aime pas Mi­chel Bau­ry. Nous avons dé­jà eu une al­ter­ca­tion et sa dé­marche me gêne… » Quant au Centre de la mé­moire d’Ora­dour, il re­fuse de pré­sen­ter les livres de Mi­chel Bau­ry. Ce der­nier n’est pas sur­pris, juste dé­çu que son tra­vail « conti­nue de pro­vo­quer des ré­ac­tions si hos­tiles. En tout cas, c’est sûr, c’est ma der­nière pro­duc­tion sur le su­jet… » ■

(*) Il s’agis­sait en fait d’un uni­forme bleu de l’or­ga­ni­sa­tion Todt, sous tu­telle al­le­mande.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.