« Vive le cirque sans ani­maux ! »

Son livre est un brû­lot contre l’ex­ploi­ta­tion des ani­maux dans les cirques. L’ex­domp­teur An­dréJo­seph Bou­glione « ap­porte des clés à la pro­fes­sion ».

La Montagne (Corrèze) - - Le Mag’ - Oli­vier Bo­hin oli­vier.bo­hin@cen­tre­france.com

Son nom claque comme une ré­fé­rence dans le mi­lieu de la piste aux étoiles. Mais An­dréJo­seph Bou­glione sort du lot, ou plu­tôt du si­lence en­tou­rant la condi­tion des bêtes sous le cha­pi­teau. L’ex domp­teur a dé­fi­ni­ti­ve­ment ran­gé son fouet et sa cage pour prendre la plume et si­gner un livre au titre aus­si acé­ré que les crocs d’un tigre, Contre l’ex­ploi­ta­tion ani­male (Tchou édi­tions).

■ Les Bou­glione ont fait leur re­nom­mée (et leur for­tune) avec des nu­mé­ros de fauves. Avec votre livre, ne cra­chez­vous pas dans la soupe ? C’est plu­tôt cra­cher dans la soupe que de conti­nuer à ex­ploi­ter les ani­maux dans les cirques. Avec mon livre, je re­donne le goût au pu­blic de re­ve­nir dans un cirque tra­di­tion­nel, dé­bar­ras­sé de tout ma­laise par rap­port aux ani­maux.

■ Les di­ri­geants cir­cas­siens af­firment que le pu­blic veut voir les ani­maux. Comment ex­pli­quez­vous la chute de Pin­der, Amar et Bou­glione ? En 1 an et de­mi, Pin­der a per­du 350.000 spec­ta­teurs. Ce­la m’at­triste et je sou­haite qu’il se re­dresse. En fait, le pu­blic ne veut plus voir de spec­tacle avec ani­maux.

■ Le prix de la place, la conjonc­ture dif­fi­cile peuvent ex­pli­quer cette désaf­fec­tion ? Nous, les gens du cirque, avons un pro­blème de mo­dèle éco­no­mique, d’offre. C’est pour cette rai­son que San­drine et moi­même pro­po­sons une tran­si­tion avec un cirque plus éco­lo­gique, sans ani­maux, L’Éco cirque Jo­seph Bou­glione. Cer­tains cirques sans ani­maux marchent très fort, comme le Cirque du so­leil ou le Cirque Phé­nix, alors que les places ne sont pas don­nées. Il existe aus­si d’autres spec­tacles for­mi­dables avec des places à 10 €.

■ La mal­trai­tance ani­male n’est pas uni­ver­selle. Je ne dis pas que les ani­maux sont mal­heu­reux par­tout. Je dis qu’elle existe dans cer­tains éta­blis­se­ments. Ce qui me cha­grine beau­coup, c’est que les plus hauts di­ri­geants de la pro­fes­sion disent que les ani­maux sont bien par­tout. Il y a une ir­res­pon­sa­bi­li­té à ne pas ad­mettre une évi­dence. On compte au moins quelques di­zaines, sur 300 cirques, qui mal­traitent leurs ani­maux.

■ Croyez-vous qu’un tigre peut res­sen­tir de la tris­tesse dans sa cage ? Un ani­mal a des sen­ti­ments, et tout dé­pend de la re­la­tion qu’il noue avec les dres­seurs, les domp­teurs. Il ne se­ra pas triste s’il est bien trai­té. Ce n’est pas tou­jours le cas. Des cirques n’ouvrent même pas leurs cages afin que le pu­blic soit obli­gé d’ache­ter des billets pour voir les fauves en spec­tacle ! Je sais de­puis long­temps que les ani­maux sont doués d’in­tel­li­gence. Dar­win di­sait : “dès qu’il y a de la vie, il y a de l’in­tel­li­gence”. Un bébé élé­phant peut pleu­rer quand il voit sa fa­mille em­bar­quée pour un cirque ou un zoo.

■ Avez-vous le sen­ti­ment de bri­ser l’omer­tà ? Ce si­lence est ir­res­pon­sable. On ne peut plus per­pé­tuer un mo­dèle qui re­monte aux an­nées 30. Les nou­velles gé­né­ra­tions veulent du renouveau. Notre vo­ca­tion est de per­pé­tuer un spec­tacle po­pu­laire. Dans mon livre, je rap­pelle que 67 % de la po­pu­la­tion ne veut plus d’ani­maux dans les cirques. De plus en plus de pa­rents font des mots aux en­sei­gnants pour que leurs en­fants ne voient pas un spec­tacle avec des ani­maux en voie d’ex­tinc­tion. Ce­la ex­plique la chute des séances sco­laires !

■ Vous rem­pla­cez les ani­maux par quoi ? On ne pour­ra ja­mais trou­ver mieux que les ani­maux, mais il faut pas­ser à autre chose. Mettre “un peu plus de tout”. Plus de clowns, plus d’acro­bates, plus de mu­sique, plus de ma­gie…

“Un élé­phant peut pleu­rer…

■ Êtes-vous fa­vo­rable à une loi in­ter­di­sant les ani­maux sur la piste ? Si on en ar­rive là, c’est que les di­ri­geants au­ront été mau­vais sur toute la ligne. La seule so­lu­tion, c’est d’être res­pon­sable, d’écou­ter l’opi­nion pu­blique qui nous boy­cotte. Car il existe des pers­pec­tives réelles de dé­ve­lop­pe­ment.

■ Man­gez-vous de la viande? Je suis ni vé­gan, ni vé­gé­ta­rien, mais j’ai consi­dé­ra­ble­ment ré­duit ma consom­ma­tion de viande. La gas­tro­no­mie vé­gé­ta­lienne est pleine de sur­prises ! ■

➡ Pra­tique. Contre l’ex­ploi­ta­tion ani­male (Édi­tions Tchou), d’An­dréJo­seph Bou­glione, en col­la­bo­ra­tion avec Ro­ger La­ha­na. Prix : 15 €.

PHO­TO LE PO­PU­LAIRE DU CENTRE

CONSTAT. « De nom­breux pro­fes­sion­nels du cirque n’ont plus la connexion avec le pu­blic qui re­fuse la pri­son à vie des ani­maux, sous pré­texte de di­ver­tis­se­ment ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.