Le mul­ti­la­ré­ra­lisme, un grand prin­cipe qui bat de l’aile…

La Montagne (Corrèze) - - France & Monde Actualités -

Le pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron veut le ren­for­cer, Do­nald Trump veut le sa­per : le mul­ti­la­té­ra­lisme, ce grand prin­cipe cen­sé ré­gir les re­la­tions in­ter­na­tio­nales de­puis des dé­cen­nies, a du plomb dans l’aile.

1 Au dé­but était le Rhin. Le mul­ti­la­té­ra­lisme, prin­cipe se­lon le­quel l’ordre mon­dial doit être ré­gi par des règles fixées en com­mun par un grand nombre d’États, prend son es­sor au XIXe puis au XXe siècle pour ré­pondre à un be­soin très concret : or­ga­ni­ser des échanges com­mer­ciaux tou­jours plus in­tenses. On consi­dère par exemple que la plus an­cienne or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale est la Com­mis­sion cen­trale pour la na­vi­ga­tion du Rhin, créée en 1815. Sui­vront des or­ga­nismes mul­ti­la­té­raux ré­gu­lant les té­lé­graphes ou la poste. D’éco­no­mique, le mul­ti­la­té­ra­lisme de­vient réel­le­ment di­plo­ma­tique avec la créa­tion en 1919 de la So­cié­té des na­tions, cen­sée pré­ser­ver la paix en Eu­rope. Elle cède la place après la Se­conde Guerre mon­diale à l’Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions unies. Sous im­pul­sion amé­ri­caine, voient aus­si le jour le Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal et la Banque mon­diale. Sans ou­blier, au plan mi­li­taire, l’OTAN. Le com­merce in­ter­na­tio­nal s’or­ga­nise jus­qu’à la créa­tion en 1995 de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce (OMC), vouée à li­bé­ra­li­ser les échanges. La Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale est créée en 2002. De ma­nière plus in­for­melle, les grandes puis­sances or­ga­nisent des ren­dez­vous an­nuels : G7 ou G8, et G20, qui ac­cueille à par­tir de 1999 les grandes éco­no­mies émer­gentes.

2 Le mul­ti­la­té­ra­lisme, un « ma­chin » ? Si Do­nald Trump mène l’at­taque la plus fron­tale de­puis bien long­temps contre le mul­ti­la­té­ra­lisme, ce prin­cipe a tou­jours été cri­ti­qué. Le gé­né­ral De Gaulle qua­li­fiait l’ONU de « ma­chin ». En ma­tière com­mer­ciale, les pays les moins avan­cés et les puis­sances émer­gentes telles que la Chine re­prochent aux pays riches de se re­tran­cher der­rière ce terme pour pré­ser­ver en réa­li­té leur in­fluence. Et tout le monde ou presque est d’ac­cord pour dé­plo­rer la len­teur des pro­cé­dures de­vant ce juge de paix du com­merce in­ter­na­tio­nal. Air­bus et Boeing ba­taillent par exemple de­vant l’OMC… de­puis qua­torze ans. En ma­tière di­plo­ma­tique, le Conseil de sé­cu­ri­té, or­gane exé­cu­tif de l’ONU, peine à dé­ga­ger des po­si­tions com­munes sur les dos­siers brû­lants. Quant à l’ac­cord de Pa­ris si­gné en grande pompe en 2015 afin de conte­nir le ré­chauf­fe­ment, puis ébran­lé par le re­trait amé­ri­cain dé­ci­dé par Do­nald Trump, il n’a pas vrai­ment pris chair. Les mou­ve­ments al­ter­mon­dia­listes et an­ti­ca­pi­ta­listes dé­noncent quant à eux un mul­ti­la­té­ra­lisme de fa­çade, lais­sant de cô­té les plus pauvres et va­li­dant le pillage des res­sources na­tu­relles.

3 Quel autre « ordre mon­dial » ? Si le mul­ti­la­té­ra­lisme s’ef­face, c’est la « règle du plus fort » qui s’ap­pli­que­ra, a pré­ve­nu le pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron en marge du G7. Au ni­veau com­mer­cial, le pré­sident amé­ri­cain, élu sur un pro­gramme pro­tec­tion­niste, dy­na­mite le cadre mul­ti­la­té­ral pour ren­trer dans des rap­ports de force bi­la­té­raux, y com­pris avec les al­liés tra­di­tion­nels des ÉtatsU­nis. Der­nier exemple en date : les ta­rifs doua­niers im­po­sés sur l’acier et l’alu­mi­nium eu­ro­ péens, ca­na­diens et mexi­cains. « Ce qui m’in­quiète le plus […] est de voir que l’ordre mon­dial, ba­sé sur des règles com­munes, se re­trouve dé­fié non par les sus­pects ha­bi­tuels, mais, de fa­çon sur­pre­nante, par son prin­ci­pal ar­chi­tecte et ga­rant : les États­Unis », s’est in­quié­té le pré­sident du Conseil eu­ro­péen Do­nald Tusk en marge du G7. Cette lente dés­in­té­gra­tion de « l’ordre mon­dial mul­ti­la­té­ral » in­quiète aus­si les or­ga­ni­sa­tions non­gou­ver­ne­men­tales, qui cri­tiquent les dé­rives de la mon­dia­li­sa­tion mais pro­fitent aus­si des grandes réunions in­ter­na­tio­nales pour se faire en­tendre. La lutte contre les in­éga­li­tés « ne pour­ra abou­tir qu’à tra­vers la dé­fense du mul­ti­la­té­ra­lisme », juge par exemple Frie­de­rike Rö­der, di­rec­trice France de l’ONG ONE, pré­sente en marge du G7. ■

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