« L’in­suf­fi­sance éco­lo­gique »

Le re­gard de l’an­cien mi­nistre de l’Eco­lo­gie

La Montagne (Corrèze) - - 7 Jours En Politique - Frank Si­mon frank.si­mon@cen­tre­france.com

An­cien mi­nistre de l’Eco­lo­gie et am­bas­sa­deur du cli­mat, Serge Lepeltier (LREM) reste très at­ten­tif à la po­li­tique éco­lo­gique conduite par le gou­ver­ne­ment. Une po­li­tique « in­suf­fi­sante. »

■ Le gou­ver­ne­ment et le pré­sident ont-ils la fibre éco­lo­gique ? Je trouve que le pré­sident de la Ré­pu­blique, comme son mi­nistre de l’Éco­lo­gie Ni­co­las Hu­lot, ont une vi­sion claire et des ob­jec­tifs an­non­cés co­hé­rents. Aus­si bien sur le plan du chan­ge­ment cli­ma­tique que sur le plan de la bio­di­ver­si­té. Mais ce sont des ob­jec­tifs plus à moyen et long termes qu’à court terme.

■ Et les dé­ci­sions prises son­telles conformes à ces ob­jec­tifs jus­te­ment ? Clai­re­ment non. Les dé­ci­sions, même s’il y a quelques avan­cées, ne sont pas à la hau­teur de ce qu’il faut faire.

■ Comme sur la ré­cente loi ali­men­ta­tion ? Pour moi, elle est in­suf­fi­sante au sens éco­lo­gique.

■ Et par­ti­cu­liè­re­ment sur les émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Le constat est sans ap­pel : en France, ces émis­sions sont en aug­men­ta­tion alors que nos en­ga­ge­ments sont de les di­mi­nuer de 40 % d’ici à 2030. Et pire en­core, il n’y a ac­tuel­le­ment au­cune évo­lu­tion de la ré­gle­men­ta­tion en ma­tière éner­gé­tique. Par­ler en­core du 2° Cel­sius d’aug­men­ta­tion maxi­mum n’a au­cune réa­li­té. Au cours de ce siècle, nous connaî­trons à mi­ni­ma 4° Cel­sius. Ce qui est ma­jeur !

■ La France s’est pour­tant mon­trée en pointe sur le su­jet no­tam­ment après la Cop 21… Ef­fec­ti­ve­ment. Elle est re­con­nue comme telle mais il faut qu’elle conti­nue de se mon­trer comme le pays le plus avan­cé sur ce su­jet. Or au­jourd’hui, les dé­ci­sions prises ne vont pas dans ce sens.

■ Quel est le sec­teur sur le­quel il faut agir pour di­mi­nuer ef­fi­ca­ce­ment ces émis­sions ? Il y en a un dont on ne parle ja­mais, c’est l’agri­cul­ture qui re­pré­sente pour­tant 24 % des émis­sions. Il faut donc qu’il y ait là un ef­fort im­por­tant avec cette so­lu­tion que les aides à l’agri­cul­ture soient pro­gres­si­ve­ment plus éle­vées en di­rec­tion du bio et di­mi­nuent pour le tra­di­tion­nel. Et là, très sin­cè­re­ment, on ne bouge qua­si­ment pas.

■ Qua­si­ment pas ? Sin­cè­re­ment rien n’avance en pro­fon­deur même si la dé­fense de l’agri­cul­ture est in­dis­pen­sable mais elle doit se faire en lien avec l’éco­lo­gie. À l’image des per­tur­ba­teurs en­do­cri­niens, dûs aux pes­ti­cides, qui sont des fac­teurs ag­gra­vants pour la san­té no­tam­ment des per­sonnes âgées qui vivent pour­tant plus long­temps mais sont ma­lades aus­si plus tôt.

■ Que vous ins­pire le choix de ne pas in­ter­dire le gly­pho­sate dans la loi ? Au ni­ veau ju­ri­dique ce n’est pas une mau­vaise so­lu­tion mais par contre en termes d’image, c’est né­ga­tif. Il faut l’in­ter­dire d’ici trois ans. D’au­tant plus que dans 90 % des cas on peut trou­ver des so­lu­tions de rem­pla­ce­ment.

■ C’est un choix po­li­tique que de cé­der aux lob­bies ? Je le crois. Le monde po­li­tique, de droite ou de gauche, fait sou­vent des choix pour ne pas perdre de voix et par­ti­cu­liè­re­ment dans le monde ru­ral.

■ Le poids de l’agri­cul­ture est trop im­por­tant ? L’en­vi­ron­ne­ment et l’agri­cul­ture ont tou­jours été dans une op­po­si­tion ex­trême, plu­tôt en fa­veur de l’agri­cul­ture. C’est très fran­çais, on veut bien des ré­formes sauf quand elles vous concernent !

■ Et vous pen­sez que le pré­sident Ma­cron peut faire bou­ger les lignes ? Je pense qu’il pri­vi­lé­gie avant tout l’éco­no­mie. C’est aus­si le pré­sident qui en­gage les ré­formes les plus im­por­tantes dans un temps as­sez court et qui est en ca­pa­ci­té de com­prendre qu’il faut dé­pas­ser le blo­cage face à l’agri­cul­ture. La ques­tion est : est­ce qu’il le vou­dra au nom de l’in­té­rêt gé­né­ral ? Sur l’éco­lo­gie, le lob­by an­ti­nu­cléaire est aus­si très, trop, im­por­tant.

■ Une idéo­lo­gie an­ti­nu­cléaire en somme ? Oui. Les mi­lieux dits éco­lo­giques ou les par­tis mar­qués en ce sens sont d’abord mar­qués par l’an­ti­nu­cléaire avant d’être pro­éco­lo­giques ! Or le nu­cléaire n’est pas le pre­mier do­maine éco­lo­gique. ■

AVIS. Serge Lepeltier (LREM), an­cien mi­nistre de l’Eco­lo­gie.

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