À la conquête du mar­ché ca­na­dien de l’e-san­té

Les en­tre­prises ré­gio­nales en bonne po­si­tion.

La Montagne (Creuse) - - La Une - A Mon­tréal (Qué­bec - Ca­na­da), Oli­vier Chap­pe­ron @ochap­pe­ron

La Nou­velle-Aqui­taine ac­cueille la moi­tié des en­tre­prises fran­çaises spé­cia­li­sées dans la té­lé­mé­de­cine et l’e-san­té. Pour conser­ver son avance et s’ou­vrir de nou­veaux mar­chés, Alain Rous­set, le pré­sident de la ré­gion a conduit une dé­lé­ga­tion de chef d’en­tre­prises et de pro­fes­sion­nels de san­té à Mon­tréal. L’oc­ca­sion de si­gner des par­te­na­riats et aus­si de prendre des contacts pour les en­tre­pre­neurs.

Au Qué­bec et en Nou­velle­Aqui­taine, les en­jeux de san­té pré­sentent des si­mi­li­tudes évi­dentes. Dé­ser­ti­fi­ca­tion mé­di­cale, vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, pré­ven­tion pré­coce ou en­core nou­velles technologies sont au coeur des ré­flexions d’un sys­tème de prise en charge as­sez proche du mo­dèle fran­çais.

Les pro­fes­sion­nels de san­té savent sur­tout com­bien l’in­no­va­tion va im­po­ser sa loi dans les pro­chaines an­nées. 200 pro­jets en té­lé­mé­de­cine sont au­jourd’hui re­cen­sés au Qué­bec. Plu­sieurs cen­taines le sont en France. Un dé­par­te­ment de té­lé­mé­de­cine a été ou­vert à l’uni­ver­si­té de Mon­tréal l’an der­nier. Pas éton­nant dès lors que les spé­cia­listes, mé­de­cins et en­tre­pre­neurs de la Belle Pro­vince ont vite trou­vé des in­té­rêts com­muns avec leurs ho­mo­logues de Nou­velle­Aqui­taine.

Ini­tié voi­là un an entre Ma­riePierre Faure, di­rec­trice ad­jointe du Li­ving LAB à l’ins­ti­tut TransMedTech de Mon­tréal et pré­si­dente du consor­tium de re­cherche SkinC­heck4­life (*) et Mi­ckaël Cha­leuil, pré­sident de l’as­so­cia­tion Agir pour la té­lé­mé­de­cine, la vo­lon­té de tra­vailler en­semble s’est concré­ti­sée par la vi­site outre­At­lan­tique d’une dé­lé­ga­tion de Nou­vel­leA­qui­taine, du­rant quatre jours stu­dieux, en fin de se­maine der­nière.

Em­me­née par Alain Rous­set, pré­sident de la Ré­gion, elle a

per­mis à une dou­zaine de pro­fes­sion­nels de san­té, mé­de­cins, cher­cheurs et chefs d’en­tre­prise (**) de confron­ter leurs pra­tiques et leur vi­sion de la mé­de­cine de de­main avec des spé­cia­listes Qué­bé­cois. « Notre ren­contre est un dé­but, as­sure Mi­ckaël Cha­leuil. Il y a un riche éco­sys­tème mais il faut fé­dé­rer les ac­teurs pour les in­ci­ter à s’en­ga­ger dans des ré­flexions com­munes. Pour mar­quer notre vo­lon­té, un par­te­na­riat a été si­gné entre les clus­ters TIC san­té de Nou­velle­Aqui­taine et Tech­noMon­tréal ain­si qu’un autre entre le consor­tium de re­cherche SkinC­heck4­life et la Ré­gion afin de tra­vailler sur le dé­pis­tage des can­cers de la peau. »

Pour Mi­ckaël Cha­leuil, il est éga­le­ment im­por­tant de « tra­vailler sur une chaire in­ter­na­tio­nale de nu­mé­rique en san­té, donc de mu­tua­li­ser des en­sei­gne­ments, des ter­rains de stage, de mettre en place des pro­jets de re­cherche com­muns. Sur le sys­tème de soins, les Qué­bé­cois sont en avance no­tam­ment sur l’im­plan­ta­tion des pro­fes­sion­nels sur le ter­ri­toire (N.D.L.R. : le lieu est im­po­sé pour les cinq pre­mières an­nées), par contre nous sommes très en avance sur les mises en place et les vo­lumes de prise en charge en té­lé­mé­de­cine. »

Pour Ma­rie­Pierre Faure, « la si­gna­ture de pro­to­coles est es­sen­tielle si l’on veut qu’il y ait du concret der­rière. Au­jourd’hui, il y a des choses pos­sibles au Qué­bec. Des stra­té­gies et des technologies in­no­vantes ma­tures nous poussent. Ce­la bouillonne d’in­no­va­tions. Nous met­tons au ser­vice des mé­de­cins des caisses à ou­tils qui bo­ni­fient son rôle. Nous res­pon­sa­bi­li­sons le pa­tient dans son par­cours. Notre obli­ga­tion est de dé­bou­cher sur du concret ! »

Ma­rie­Jo­sée Pa­quet, res­pon­sable du Centre de co­or­di­na­tion de la té­lé­san­té du CHU de Mon­ tréal ne doute pas de la réus­site car elle ne voit que peu de dif­fé­rences entre ce qui est dé­ployé en France et au Qué­bec. « En terme tech­no­lo­gique, nous en sommes sen­si­ble­ment au même stade. Il faut évi­ter de ré­in­ven­ter la roue cha­cun de son cô­té. Nous avons les mêmes prio­ri­tés, les mêmes dé­fis. Au Qué­bec, nous tra­vaillons beau­coup sur les AVC car nous en consta­tons l’im­pact cli­nique et pa­tho­lo­gi­ que. Nous tra­vaillons aus­si sur la pré­ven­tion avec les femmes en­ceintes. Dé­sor­mais elles peuvent nous com­mu­ni­quer nombre d’in­for­ma­tions sans consul­ter. C’est le cas de la gly­cé­mie par exemple. Il faut échan­ger nos idées. »

Conseillère ré­gio­nale de la deuxième ré­gion la plus âgée d’Eu­rope, Fran­çoise Jean­son voit aus­si un po­ten­tiel mar­ché pour les en­tre­prises de la ré­

Au Qué­bec, le lieu d’ins­tal­la­tion des mé­de­cins est im­po­sé

gion. « Une dou­zaine de pro­fes­sion­nels nous ac­com­pagnent dans ce dé­pla­ce­ment mais des di­zaines d’autres tra­vaillent sur ce do­maine. Il y a des com­plé­men­ta­ri­tés mais tout évo­lue très vite. Il faut avan­cer plus loin, vi­ra­li­ser très vite. La sé­cu­ri­té des don­nées et no­tam­ment celles qui na­viguent entre pro­fes­sion­nels, est aus­si un en­jeu et pour la Ré­gion, il faut as­su­rer l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire. L’en­semble des po­pu­la­tions doit pou­voir bé­né­fi­cier de ces avan­cées et pour les pro­fes­sion­nels, l’idée est d’at­ta­quer d’autres mar­chés. »

Pas si fa­cile de faire des af­faires au Qué­bec

Pour Alain Rous­set qui connaît très bien le Qué­bec pour y avoir tis­sé un par­te­na­riat voi­là plu­sieurs an­nées, la ré­gion Nou­velle­Aqui­taine est très en pointe sur ces dos­siers qui mêlent san­té et éco­no­mie. « Nous as­su­rons le vo­let for­ma­tion no­tam­ment des in­fir­miers, mais nous fi­nan­çons éga­le­ment la re­cherche. La Ré­gion va inau­gu­rer dans quel­ ques jours un im­mense la­bo­ra­toire sur les ma­la­dies du vieillis­se­ment, le Neu­ro­cam­pus, dont la ré­gion a pris l’ini­tia­tive et qu’elle a fi­nan­cé seule et en to­ta­li­té. Nous al­lons le re­mettre à l’uni­ver­si­té de Bor­deaux. Nous ac­com­pa­gnons aus­si, ici, les en­tre­prises. Ce que l’on fait sur les start­up dans le do­maine de la san­té et du nu­mé­rique, on doit pou­voir le faire dans le do­maine de l’ins­tru­men­ta­tion mé­di­cale, cap­teurs, sondes, etc. Cet échange est concret, a du sens. Il faut main­te­nant lais­ser les choses se nouer et cher­cher des mar­chés. »

D’ailleurs, deux chefs d’en­tre­prises ont pro­lon­gé leur sé­jour. « Dé­sor­mais, nous al­lons faire du bu­si­ness », a confié Ch­ris­tophe Bou­tin, pré­sident de Main­care, nu­mé­ro 1 fran­çais des so­lu­tions in­for­ma­tiques dé­diées aux éta­blis­se­ments de san­té, à l’heure de sa­luer les autres par­ti­ci­pants sur le che­min du re­tour.

Pas si fa­cile se­lon Ma­thieu Bar­rot, Li­mou­geaud ex­pa­trié au Qué­bec et co­fon­da­teur d’Aquia­ni, une en­tre­prise qui ac­com­pagne les en­tre­prises qui veulent s’im­plan­ter outre­at­lan­tique. « Les dif­fi­cul­tés peuvent être mul­tiples mais la pre­mière est sou­vent cultu­relle, nous fai­sons l’er­reur de pen­ser qu’en tant que Fran­çais au Qué­bec ce se­ra plus simple. Sur cer­tains as­pects, c’est vrai mais les Qué­bé­cois ne sont pas des Fran­çais, ce sont des Amé­ri­cains qui parlent Fran­çais, ça fait toute une dif­fé­rence… »

(*) SkinC­heck4­life est un pro­gramme qui vise à dé­pis­ter les mé­la­nomes très tôt à tra­vers des consul­ta­tions pro­po­sées en phar­ma­cie. Elles sont réa­li­sées par des pro­fes­sion­nels de san­té qui trans­mettent des cli­chés nu­mé­riques des grains de beau­té sus­pects à un der­ma­to­logue qui les ana­lyse à dis­tance. (**) Ont par­ti­ci­pé au dé­pla­ce­ment de la dé­lé­ga­tion : Fran­çoise Jean­son, mé­de­cin, di­rec­trice de centres de san­té et conseillère ré­gio­nale dé­lé­guée à la san­té et à la sil­ver éco­no­mie ; Fran­çois Vincent, pro­fes­seur des uni­ver­si­tés du CHU de Li­moges, conseiller ré­gio­nal pour l’uni­ver­si­té du fu­tur et pré­sident d’Au­to­nom’Lab (Li­moges) ; Pierre Mé­ri­gaud, di­rec­teur d’Au­to­nom’Lab (Li­moges) ; An­toine Prioux, phar­ma­cien à Bu­geat, fa­ci­li­ta­teur de la Fé­dé­ra­tion Nou­velle­Aqui­taine des mai­sons et pôles de san­té ; Ch­ris­tian Cau­bet, Di­rec­teur de pro­jet Té­lé­mé­de­cine du GIP ESEA Nou­vel­leA­qui­taine ; Ma­rine Cot­ty­Es­lous, en­tre­pre­neuse à la tête de Lu­cine ; An­tho­ny Braud, mé­de­cin anes­thé­siste et co­fon­da­teur de Mo­na­li/DV San­té ; Louis Rouxel ; mé­de­cin et di­rec­teur mé­di­cal d’Exe­lus (so­lu­tions de té­lé­mé­de­cine mo­bile pour les pro­fes­sion­nels de san­té) ; Jé­rôme Le­leu, pré­sident d’In­ter­ac­tion Heal­th­care (édi­teur spé­cia­li­sé dans la si­mu­la­tion nu­mé­rique pour la for­ma­tion des pro­fes­sion­nels) ; Ch­ris­tophe Bou­tin, pré­sident de Main­care (édi­teur de so­lu­tions in­for­ma­tiques dé­diés aux éta­blis­se­ments de san­té) ; Mi­ckaël Cha­leuil, pré­sident de l’as­so­cia­tion Agir pour la té­lé­mé­de­cine et Yann Le Caire, mé­de­cin co­or­di­na­teur du ré­seau AquiRes­pi (pla­te­forme de co­or­di­na­tion de soins res­pi­ra­toires).

PHO­TOS : O.C.

PA­TIENTS. La pro­vince du Qué­bec a réa­li­sé, ses der­nières an­nées, de très im­por­tants in­ves­tis­se­ments dans les centres hos­pi­ta­liers et mise dé­sor­mais sur la té­lé­mé­de­cine et l’e-san­té.

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