L’écri­vain Ar­no Ber­ti­na plonge dans l’his­toire des GM & S

Hier ma­tin, l’écri­vain Ar­no Ber­ti­na a ren­du vi­site aux sa­la­riés de GM&S

La Montagne (Creuse) - - La Une - Sé­ve­rine Per­rier

Pour Ar­no Ber­ti­na, les GM&S sont dé­jà des hé­ros. Se­ront-ils ceux de son pro­chain livre, d’un ar­ticle si­gné de sa plume ? Sans doute. En tout cas, sa vi­site à l’usine, hier, dans le cadre des Ren­contres de Chaminadour, ne de­vrait pas être la seule.

Ils peuvent re­ce­voir un mi­nistre, in­ter­pel­ler un pré­sident, ac­cueillir des ou­vriers qui viennent leur ap­por­ter leur sou­tien, faire vi­si­ter leur usine à un écri­vain, les GM&S ne font pas de dif­fé­rence. Ce qui compte pour eux, et sans doute au­jourd’hui en­core plus qu’hier, c’est de mon­trer leur usine. Leur outil de tra­vail. Leur fier­té.

Et c’est bien ce qu’est ve­nu voir Ar­no Ber­ti­na. L’écri­vain, in­vi­té des Ren­contres de Chaminadour, au­teur des Châ­teaux

qui brûlent, a dé­cou­vert les GM&S quand ils ont po­sé leurs bon­bonnes de gaz en mai der­nier. Et si eux, les gars de GM&S, re­fusent le terme, pour l’écri­vain, ils sont bien d’abord des « hé­ros ».

Tou­chés mais mo­destes

« Je com­prends que vous le re­fu­siez mais j’y tiens, moi, à ce mot de hé­ros. Parce que le coût d’un com­bat comme le vôtre, c’est co­los­sal. J’ai une amie qui ac­cueille des ré­fu­giés chez elle de­puis cinq ans. Elle a tout per­du : son ma­ri est par­ti, ses en­fants ne veulent plus la voir. Elle non plus, elle ne se voit pas comme une hé­roïne. Pour moi, si. » Dans le pe­tit lo­cal de la CGT, hier ma­tin, où ils re­çoivent Ar­no Ber­ti­na et Hugues Ba­che­lot, les GM&S sont tou­chés. Mais mo­destes. Ils ra­content leur com­bat, comment ils or­ga­nisent leurs ac­tions, pour­quoi tout se dé­cide d’abord en ac­cord avec les sa­la­riés. « On ne fait que notre tra­vail, avec nos convic­tions de syn­di­ca­listes, pour ai­der, sou­te­nir les sa­la­riés », ex­plique Vincent La­brousse. Ils ra­content comment ça use. Comment « on es­saie de mon­ter les gens, ici, les uns contre les autres ». Comment on les a me­nés jusque­là. Com­ ment ils ont été « ac­cueillis comme des ter­ro­ristes » la se­maine der­nière quand ils me­naient leurs ac­tions sur Pa­ris ou sur Gué­ret. Ils parlent aus­si de cette grève de la faim qui est en­vi­sa­gée par des sa­la­riés.

« That­cher, elle a lais­sé mou­rir des gens en grève de la faim, lance Ar­no Ber­ti­na. Et je pense que Ma­cron, il peut être dans le même cy­nisme. » « C’est sûr qu’il est pas dans l’em­pa­thie, en­chaîne Yann Au­gras. Il vient de chez Roth­schild, pas de chez Jac­quou le Cro­quant. » Et pour­tant, pour être dans l’em­pa­thie jus­te­ment, suf­fit juste de ve­nir ici.

Ar­no Ber­ti­na les avait dé­jà trou­vés « très tou­chants » les GM&S quand « ils avaient me­na­cé de faire sau­ter leur usine. Ce qui est terrible, c’est qu’on s’est in­té­res­sés à eux au mo­ment où ils se met­taient hors la loi ». Alors for­cé­ment, hier, en vi­si­tant cette usine vide, en croi­sant ces gars qui « ont vingt, trente, qua­rante ans de boîte et qui sont très at­ta­chés à leur usine », en écou­tant Yann Au­gras lui ra­con­ter les presses, l’em­bou­tis­sage, la ca­ta­pho­rèse puis s’ar­rê­ter de­vant une ma­chine pour dire : « Tu vois, là, ce qui fait mal ici, c’est le si­lence. Alors que le si­lence, ça peut être va­che­ment bien, là, le si­lence c’est la mort », et que cette mort fi­na­le­ment était bien vou­lue de­puis long­temps, for­cé­ment, oui, l’émo­tion s’est un peu tein­tée de co­lère.

« Je ne veux sur­tout pas être BHL à Sa­ra­je­vo »

« Quand on voit le cy­nisme in­vrai­sem­blable d’un mec comme Gat­taz et la dé­tresse des gens ici, bien sûr que ça met en co­lère. De voir qu’on re­fuse de les ai­der et que c’est un re­fus de prin­cipe fi­na­le­ment, parce qu’il y a l’ar­gent pour : c’est là où on voit la lutte des classes. Même si c’est com­pli­qué de se ré­vol­ter au­jourd’hui, parce que plus per­sonne n’y croit, eux oui, ils y croient. De­puis les bon­bonnes, j’ai tou­jours sui­vi leur com­bat par la presse, par In­ter­net. Mon job, au­jourd’hui, c’est d’écrire sur cette lo­gique de dé­cons­truc­tion me­née ici de­puis long­temps et de trou­ver la re­vue qui ac­cep­te­ra de pu­blier ça. Je veux leur of­frir un autre re­lais. Je ne veux sur­tout pas être BHL à Sa­ra­je­vo. Je re­vien­drai la se­maine pro­chaine pour pas­ser plu­sieurs jours avec eux. Ce ma­tin, ce qui était hy­per­pal­pable, c’est cette fier­té qui touche à l’in­tel­li­gence. Il y a de l’in­tel­li­gence par­tout ici. »

BRU­NO BARLIER

ÉMO­TION. L’écri­vain Ar­no Ber­ti­na a vi­si­té l’usine hier ma­tin. Une usine vide au si­lence pe­sant dans la­quelle Yann Au­gras lui a ra­con­té l’his­toire du site et comment ils en étaient ar­ri­vés là.

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