Les amou­reux de lit­té­ra­ture à Cha­mi­na­dour

La Montagne (Creuse) - - La Une - Ca­the­rine Per­rot ca­the­rine.per­rot@cen­tre­france.com

La salle du théâtre de la Fa­brique n’a pas désem­pli, hier, pour le troi­sième jour des Ren­contres de Cha­mi­na­dour. L’évé­ne­ment at­tire en­core cette an­née des pas­sion­nés de lit­té­ra­ture ve­nus de toute la France. Il y a des Creu­sois bien sûr, mais aus­si des Ber­ri­chons, des Li­mou­geauds et même des Pa­ri­siens.

Dans le hall de la Fa­brique, Anne Ha­mot feuillette un livre d’Hé­lène Gau­dy po­sé sur la table d’une des li­brai­ries éphé­mères des Ren­contres de Cha­mi­na­dour. « Je ne connais­sais pas Hé­lène Gau­dy, ni Yannick Hae­nel d’ailleurs. Ce qui est for­mi­dable ici, c’est qu’on dé­couvre des écri­vains. On peut aus­si voir en chair et en os des écri­vains que j’adore comme Ma­thias Enard. »

Cette in­fir­mière re­trai­tée, qui ha­bite de­puis dix ans près d’Ahun, ne manque pas une édi­tion des Ren­contres. « Avec mon ma­ri, nous sommes dingues de lit­té­ra­ture ! Avoir à 20 ki­lo­mètres de chez soi un des mo­ments lit­té­raires les plus ex­ traor­di­naires de l’an­née, c’est une chance in­ouïe », s’en­thou­siasme Anne Ha­mot. Avant de prendre sa re­traite en Creuse, cette « folle de lit­té­ra­ture » fai­sait le dé­pla­ce­ment de­puis Pa­ris pour as­sis­ter aux tables rondes de Cha­mi­na­dour.

Proxi­mi­té avec les au­teurs

Éric Ro­cher est jus­te­ment ve­nu de ré­gion pa­ri­sienne « pour ac­com­pa­gner un ami ». « Il est fou de lit­té­ra­ture. C’est lui qui m’a fait dé­cou­vrir les Ren­contres de Cha­mi­na­dour », ex­plique ce phar­ma­cien cu­rieux, qui aime la lit­té­ra­ture. « C’est la troi­sième fois que je viens. Cette an­née, je connais­sais Svet­la­na Alexie­vitch mais pas Ar­no Ber­ti­na. Son livre

La sup­pli­ca­tion sur Tcher­no­byl m’avait re­tour­né. Je m’en rap­pelle en­core dix ans après. »

Le pu­blic ap­pré­cie la proxi­mi­té avec les au­teurs. « On peut dis­cu­ter avec eux, ils sont très abor­dables, in­dique Gérard Pru­gnaud, un fi­dèle qui est bé­né­vole de­puis quatre ans aux Ren­contres. On peut leur po­ser des ques­tions. Cer­tains sont plus im­pres­sion­nants que d’autres. »

Cet an­cien en­sei­gnant en lettres et al­le­mand est re­ve­nu à Gué­ret il y a dix ans pour pas­ser sa re­traite. « C’est un mo­ment agréable dans la vie gué­ré­toise, confie­t­il. Ça fait men­tir les gens qui disent qu’il ne se passe pas grand­chose à Gué­ret. Les gens cri­tiquent sans sor­tir ! »

Tous les spec­ta­teurs s’ac­cordent à dire que les in­ter­ven­tions sont de grande qua­li­té. « Ce qui fait la sin­gu­la­ri­té de Cha­mi­na­dour, c’est qu’il y a un temps de confé­rence et un temps de dé­bat contra­dic­toire », note Isabelle Fran­don. Cette pro­fes­seur de phi­lo­so­phie, qui ha­bite Pa­ris et a une mai­son près du lac de Vas­si­vière, est ve­nue pour la deuxième fois aux Ren­contres. « C’est un évé­ne­ment de grande qua­li­té qui est in­suf­fi­sam­ment connu au niveau na­tio­nal, même s’il en a été ques­tion à la

Grande table sur France culture », ajoute­t­elle.

Les thèmes de la lit­té­ra­ture en­ga­gée et de la cen­sure, no­tam­ment abor­dés à tra­vers l’oeuvre de la Bié­lo­russe Svet­la­na Alexie­vitch, ont fait mouche au­près du pu­blic. « Les su­jets d’au­jourd’hui – la cen­sure et la dé­mo­cra­tie – nous in­té­res­saient avec ma femme, in­dique Ri­chard Villo­ria, un illus­tra­teur­peintre qui ha­bite dans le Sud du Ber­ry. On doit se ques­tion­ner sur la dé­mo­cra­tie même en Eu­rope., sur­tout en Eu­rope. » L’ar­tiste, qui a sou­vent des­si­né pour la presse, es­time qu’« il n’y a pas beau­coup de ma­ni­fes­ta­tions cultu­relles de ce niveau dans la ré­gion ».

Il y a beau­coup de fi­dèles aux Ren­contres, mais aus­si quelques nou­veaux, comme Ch­ris­tian, ve­nu de Li­moges en co­voi­tu­rage avec des amis. « Je suis là pour dé­cou­vrir des livres, ra­conte­t­il. J’aime bien écou­ter par­ler les au­teurs de leurs livres, comme à l’émis­sion la Grande li­brai­rie.

J’ai l’im­pres­sion de les avoir lus!»

Par­mi les néo­phytes, on trouve quelques jeunes, à l’image de Mor­gane, une Li­mou­geaude dont la fa­mille vit en Creuse. « Je ne connais­sais pas Cha­mi­na­dour, ex­plique la jeune femme, qui est ser­veuse dans la res­tau­ra­tion. C’est ma mère, qui est bi­blio­thé­caire, qui m’en a par­lé. J’ai tou­jours ai­mé les livres. Ces confé­rences per­mettent d’ap­prendre des choses, de com­prendre le tra­vail des écri­vains et l’en­ga­ge­ment qu’il y a der­rière. »

Après trois jours de confé­rences où l’am­biance était stu­dieuse, place au­jourd’hui à la dé­tente. Une ca­val­cade du boeuf gras est or­ga­ni­sée dans les rues de Gué­ret (10 h 30), ain­si que des lec­tures dans les jar­dins de la mai­son Jou­han­deau (14 h 30).

« Ça fait men­tir les gens qui disent qu’il ne se passe pas grand­chose à Gué­ret. »

PHO­TO BRU­NO BARLIER

LIVRES. Entre deux tables rondes, le pu­blic peut faire quelques em­plettes lit­té­raires dans le hall du théâtre la Fa­brique.

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