Les pein­tures sym­bo­liques des Forges

La Montagne (Creuse) - - Guéret Vie Locale -

Les Jour­nées du Pa­tri­moine ré­vèlent des lieux in­so­lites, pu­blics ou pri­vés. La cha­pelle des Forges à Fres­se­lines et ses étranges pein­tures da­tant du XVIIe siècle est l’un d’eux. Ses portes ne sont ou­vertes qu’au­jourd’hui de 10 à 11 heures et de 14 à 15 heures.

Par­mi la qua­ran­taine d’édi­fices re­li­gieux de la Creuse pro­po­sés à la vi­site pour ces 34e Jour­nées eu­ro­péennes du Pa­tri­moine, la cha­pelle des Forges, près de Fres­se­lines, sort de l’or­di­naire grâce au lam­bris de cou­vre­ment de la voûte peint en 1631 d’un dé­cor sym­bo­lique sur le thème du Ro­saire.

Édi­fiée vers 1140 par les moines au­gus­tins du prieu­ré d’Au­reil, près de Li­moges, la cha­pelle, pla­cée sous le vo­cable de Saint Gilles dont elle abri­ ta une re­lique, fit l’ob­jet d’un conflit entre ces re­li­gieux et les cis­ter­ciens de l’ab­baye d’Au­be­pierre. Il y eut même mort d’hommes. Les cis­ter­ciens ac­quer­ront la cha­pelle en 1210. Dé­vas­tée par les guerres de re­li­gion, Aube­ pierre fut re­le­vée en 1613.

Quant à la res­tau­ra­tion de la cha­pelle, Noëlle Ber­trand, au­teure d’une pla­quette sur son his­toire, pense qu’elle est due aux cis­ter­ciens, pla­cés sous le vo­cable de la Vierge, dont le culte se­ra par­ta­gé aux Forges avec ce­lui de Saint Gilles.

Al­lé­go­ries ma­riales

Sur le lam­bris peint rouge sang de boeuf se dé­tachent trente­cinq mé­daillons rec­tan­gu­laires à oreilles ou ronds. Cha­cun contient un des­sin sym­bo­lique ou al­lé­go­rique, ins­pi­ré par les li­ta­nies de la Vierge ou des pas­sages de la Bible, ac­com­pa­gné d’un phy­lac­tère. Noëlle Ber­trand sou­ligne la qua­li­té de ces des­sins, épu­rés, voire sty­li­sés, mais dé­taillés et donne la si­gni­fi­ca­tion de cha­cun.

Voi­ci celles des des­sins fi­gu­rant sur notre illus­tra­tion, réa­li­sés par l’ar­tiste fres­se­li­nois Pierre Bu­vat pour son livre « L’école de Fres­se­lines, terre d’art et d’écri­ture » pu­blié l’an­née der­nière :

« Ra­dix sanc­ta » (Ra­cine sainte) rap­pelle que Ma­rie est is­sue de Jes­sé, père de Da­vid ; « Ro­sa mis­ti­ca » (Rose mys­tique) évoque Ma­rie, « Reine du très saint ro­saire » ; « Foe­de­ris ar­ca » (Arche d’al­liance), une châsse por­tée par deux anges, se ré­fère à l’hymne aca­thiste (chant d’ac­tion de grâces com­po­sé en 626 en l’hon­neur de la Mère de Dieu) évo­quant « L’Arche de la nou­velle al­liance do­rée par l’Es­prit » ; « Spe­cu­lum sine ma­cu­la » (Mi­roir sans tache), un mi­roir rond sur pied, est une al­lé­go­rie de la justice et de la vir­gi­ni­té ; « Ar­bor vi­tae » (L’Arbre de vie), un arbre à fruits au tronc en­la­cé d’un ser­pent, fait al­lu­sion à la faute ori­gi­nelle ré­pa­rée par Ma­rie, la nou­velle Ève.

Exé­cu­té sous l’épis­co­pat de Fran­çois de La Fayette (1627­1676) et l’ab­ba­tiat de Jean de Saint­Maur, le dé­cor de la cha­pelle des Forges, da­té de 1631, ne porte au­cune si­gna­ture. Les des­sins, vi­si­ble­ment tous de la même main, pour­raient être l’oeuvre d’un peintre ita­lien iti­né­rant. Noëlle Ber­trand rap­proche ce dé­cor « rare et raf­fi­né », écrit­elle, aux en­sembles vi­sibles à Bou­risp, dans les Hautes­Py­ré­nées, da­té de 1589­1592, à La Flèche (Sarthe), da­té de 1644 et à Thié­zac (Can­tal), da­té de 1667.

Des moines que­rel­leurs… à mort Des oeuvres qui ne portent au­cune si­gna­ture

SYM­BOLES. La cha­pelle des Forges et les sym­boles peints sur la voûte ont ins­pi­ré l’ar­tiste fres­se­li­nois P. Bu­vat.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.