Un chef-d’oeuvre sur le mar­ché de l’art

La Montagne (Creuse) - - Aubusson Vivre Sa Ville -

« Les chasses de Maxi­mi­lien », chefd’oeuvre de la ta­pis­se­rie, as­so­cient des scènes de chasse aux douze mois de l’an­née. La ten­ture a été tis­sée à Bruxelles mais un ma­gni­fique re­tis­sage à l’iden­tique a été réa­li­sé aux Go­be­lins. Ayant ap­par­te­nu à Col­bert et à Bill Gates, quatre de ces ta­pis­se­ries consti­tuent l’une des sen­sa­tions de la Bien­nale Pa­ris.

«L es chasses de Maxi­mi­lien » consti­tuent l’une des plus cé­lèbres ten­tures. Tis­sées à l’ori­gine à Bruxelles par l’ate­lier Der­moyen d’après les ma­quettes de Bernard Van Or­ley (1488­1541), les 12 ta­pis­se­ries ap­par­tiennent au­jourd’hui au Mu­sée du Louvre. Elles in­carnent le pres­tige de la ta­pis­se­rie par leur beau­té, leur mo­nu­men­ta­li­té, leur ca­rac­tère nar­ra­tif mais aus­si la qua­li­té du tis­sage et la pré­cio­si­té des ma­té­riaux. « Les chasses de Maxi­mi­lien », réa­li­sées au XVIe siècle, ont sus­ci­té au moins huit re­tis­sages dont l’un, à l’ini­tia­tive de Col­bert.

Tis­sées aux Go­be­lins et non à Bruxelles

La ga­le­rie Che­va­lier pré­sente quatre ta­pis­se­ries (*) de cette suite tout en ré­vé­lant des in­for­ma­tions pré­cieuses pour l’his­toire de l’art. Sans doute mar­ qué par l’at­ta­che­ment que Louis XIV, leur pro­prié­taire à l’époque, por­tait à la ten­ture, Col­bert a dé­ci­dé de la faire re­tis­ser à l’iden­tique, 125 ans après l’ori­gi­nal. Jus­qu’à ces temps der­niers, les spé­cia­listes es­ti­maient que le mi­nistre de Louis XIV avait pas­sé com­mande aux ate­liers de Bruxelles. Ni­cole Che­va­lier a éta­bli for­mel­le­ment qu’il n’en était rien, la ten­ture réa­li­sée entre 1665 et 1673 l’a été à Pa­ris, à la Ma­nu­fac­ture royale des Go­be­lins. La ga­le­riste s’est ap­puyée sur l’exa­men des cou­leurs, no­tam­ment le rouge, le vert et le vio­line, mais aus­si sur l’étude des vi­sages. Au­tant de par­ti­cu­la­ri­tés fran­çaises qui dif­fèrent sen­si­ble­ment des re­pré­sen­ta­tions bruxel­loises. L’ex­per­tise de Ni­cole Che­va­lier est dé­sor­mais re­jointe par d’autres avis. On peut pen­ser que Col­bert était éga­le­ment dé­si­reux par cette com­mande de mettre en évi­dence l’ex­cel­lence des ate­liers pa­ri­siens dont il était à l’ori­gine.

« C’est la seule ten­ture des « Chasses de Maxi­mi­lien » à avoir été à or, avec un large re­cours au fil d’or et au fil d’ar­gent. Le tis­sage est très fin, 8 fils au cm », in­dique Dominique Che­va­lier.

La ten­ture fi­gu­rait sur l’inventaire après dé­cès de Col­bert, elle ap­par­tint en­suite à sa veuve Ma­rie Char­ron de Me­nars, puis à leur fils… La ga­le­rie Che­va­lier a ac­quis quatre des douze ta­pis­se­ries dans les an­nées 1990 au­près d’une fa­mille aris­to­cra­ti­ que fran­çaise qui, d’après sa propre tra­di­tion l’avait ac­quise au­près du duc de Ber­ry… La ga­le­rie Che­va­lier a ven­du, en 1996, les ta­pis­se­ries à Bill Gates. Ce der­nier les a conser­vées jus­qu’à ces der­niers mois. Il a dé­ci­dé de s’en sé­pa­rer en fai­sant ap­pel à la ga­le­rie Che­va­lier qui les ex­pose donc à la Bien­nale Pa­ris jus­qu’à ce soir. Bien sûr, elles in­té­ressent un mu­sée Bruxel­lois qui pré­pare une ex­po­si­tion consa­crée à Van Or­ley mais il sem­ble­rait qu’une autre ins­ti­tu­tion ait mon­tré son in­té­rêt pour les ac­qué­rir.

Des ta­pis­se­ries d’Au­bus­son

À la bien­nale, la ga­le­rie Che­va­lier pré­sente plu­sieurs ta­pis­se­ries d’Au­bus­son dans une scé­no­gra­phie éta­blie par Amé­lie Che­va­lier et Cé­line Le­tes­sier, dont « Tro­pique du Ca­pri­corne » de Ma­thieu Ma­té­got (Ate­lier Pin­ton, 1975), « L’homme et la mer » de Jean Pi­cart­le­Doux (Ate­lier Pin­ton, 1964) ain­si qu’une ta­pis­se­rie de Jean Lur­çat. On re­marque aus­si la pièce d’un ar­tiste néer­lan­dais, Will Fruyier.

La ta­pis­se­rie d’Au­bus­son est pré­sente sur d’autres stands, en par­ti­cu­lier ce­lui de la ga­le­rie Laf­fa­nour avec un tis­sage ré­cent de la Ma­nu­fac­ture Four, « Traces de pas dans la nuit » de Le Cor­bu­sier. L’art d’Au­bus­son­Fel­le­tin fi­gure ain­si en bonne place dans une ma­ni­fes­ta­tion très haut de gamme, ren­dez­vous des an­ti­quaires et des grands col­lec­tion­neurs du monde en­tier.

DE­VANT DEUX DES QUATRE TA­PIS­SE­RIES. Ni­cole et Dominique Che­va­lier de­vant le chef-d’oeuvre ra­che­té à Bill Gates.

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