Le pa­tri­moine se dé­voile au­jourd’hui en­core

La Montagne (Creuse) - - La Une - Sé­ve­rine Per­rier

EN CREUSE. Un peu par­tout en Creuse, châ­teaux, ab­bayes, com­man­de­ries, mu­sées s’ouvrent au pu­blic sou­vent pour la seule et unique fois de l’an­née. Pe­tit tour d’ho­ri­zon de ce que La Montagne vous in­vite à al­ler voir.

En ra­che­tant la com­man­de­rie de La­vau­franche, An­toine Fe­no­glio et Fré­dé­ric Le­court ont réa­li­sé un rêve d’en­fant. Un rêve qu’ils comptent bien par­ta­ger.

«Tous les en­fants rêvent d’avoir un châ­teau », oui. Mais com­bien le réa­lisent ? An­toine Fe­no­glio et Fré­dé­ric Le­court sont de ceux­là : en 2011, ces deux de­si­gners pa­ri­siens ra­chètent la com­man­de­rie de La­vau­franche, qui leur a ta­pé dans l’oeil quelques an­nées au­pa­ra­vant. « On l’avait dé­jà vue dix ans avant de l’ache­ter, se sou­vient Fré­dé­ric Le­court. On avait même vu notre ban­quier à ce mo­ment­là mais il ne nous avait pas sui­vis… Ça nous avait un peu vexés : on avait dé­ci­dé de bos­ser en­core plus pour avoir les moyens. » Bien dé­ci­dés tous les deux à le réa­li­ser ce rêve d’en­fant, du temps où ils ne se connais­saient pas en­core : quand « tout pe­tit » Fré­dé­ric se voyait bien « dans un châ­teau », quand An­toine, « ga­min en CP » avait rem­por­té un con­cours, « il fal­lait des­si­ner un châ­teau fort ». Ado­les­cent, Fré­dé­ric avait même créé une as­so­cia­tion « de re­cons­ti­tu­tion mé­dié­vale avec des potes ».

« Étrange sen­sa­tion »

Dix ans plus tard, la com­man­de­rie est de nou­veau en vente, les deux de­si­gners ont bien bos­sé et ont les moyens, le ban­quier est cette fois prêt à les suivre : bref, dif­fi­cile de ne pas y voir un signe. « Quand on est ve­nus vi­si­ter, on pen­sait faire un pe­tit tour pour voir et fi­na­le­ment, on est res­té six heures ! » Sous le charme… « Le jour de la si­gna­ture, j’ai même eu cette étrange sen­sa­tion quand on m’a re­mis les clés : je ne de­ve­nais pas pro­prié­taire de ce bâ­ti­ment, c’est lui qui me pre­nait. » Un peu comme si la com­man­de­rie avait choi­si ces deux de­si­gners pour lui re­don­ner vie. Parce que « une com­man­de­rie, c’est en­core plus fort qu’un châ­teau : il y a à la fois ce cô­té hos­pi­ta­lier et ce cô­té in­no­vant de l’Ordre des tem­pliers ». Hier et de­main y co­ha­bi­taient bien au MoyenÂge, vieilles pierres et de­si­gn de­vraient suivre le même che­min au XXIe siècle : « construire le fu­tur en re­gar­dant le pas­sé ».

Car c’est bien l’am­bi­tion des deux hommes. Pas ques­tion d’être pro­prié­taires d’un pas­sé juste pour la pa­rade, ni d’ha­bi­ter de vieilles pierres en re­clus du monde. « Quand j’étais pe­tit, je n’ai ja­mais ima­gi­né qu’un châ­teau pou­vait être un lieu pri­vé, rap­porte Fré­dé­ric. De­puis trois ans, on em­mène nos clients ici. Pour ré­flé­chir à l‘ave­nir. Quand vous em­me­nez les gens de Shi­sei­do par exemple, c’est le luxe, on vit à Pa­ris et là d’un seul coup, on re­la­ti­vise tout. C’est un peu l’éloge de la len­teur. »

« Le très simple, le très sobre »

Dans la com­man­de­rie où pour l’ins­tant seuls les tra­vaux « d’amé­lio­ra­tion né­ces­saire afin de vivre cor­rec­te­ment avec un point d’eau chaude » ont été faits, le de­si­gn a dé­jà trou­vé na­tu­rel­le­ment sa place : c’est l’épu­ré qui règne en maître ici ­ « le mo­bi­lier est mo­na­cal, il y a du bois, du feutre, de l’osier » ­ et une seule cou­leur au­to­ri­sée, le rouge. « Sur le lo­go de notre so­cié­té, il y a du rouge, ex­plique An­toine. Et, à l’ori­gine, les cou­leurs des Tem­pliers étaient le blanc et le rouge. » Dans les chambres comme dans le dor­toir, cou­ver­tures de laine, bouillottes et pe­tites lampes à ma­ni­velle sont les seuls ac­ces­soires. « On est dans le très simple et dans le très sobre, sou­ligne An­toine. L’objectif, ce n’est pas que ça de­vienne un truc de luxe, ni de faire dans le mythe du châ­teau avec ta­pis­se­ries. Ici, quand on re­çoit nos groupes, des gens avec qui on bosse bien, on leur fait vivre des ex­pé­riences. Par exemple, Fred leur fait for­ger un pe­tit cou­teau. On re­trouve le sens de la na­ture ici. On fait un mé­tier où on conçoit loin. Là, on est dans le main­te­nant. »

Un main­te­nant qui pour l’ins­tant se tourne vers la ré­no­va­tion de la cha­pelle. Les pre­miers coups de pioche pour les son­dages du sol de­vraient ré­son­ner d’ici la fin oc­tobre. Puis vien­dra la res­tau­ra­tion du don­jon. Les deux as­so­ciés le savent : le chan­tier s’an­nonce long. « Notre pro­jet à long terme, c’est de pas­ser six mois de l’an­née ici. D’ou­vrir le lieu à la vi­site, d’y me­ner des ac­ti­vi­tés cultu­relles. On a comp­té entre cinq et sept ans. » Parce qu’un rêve d’en­fant ne se réa­lise pas d’un coup de ba­guette ma­gique.

AVE­NIR. Les deux pro­prié­taires, éga­le­ment de­si­gners, ne manquent pas de pro­jets pour faire vivre les lieux. PHOTOS ÉLO­DIE RI­CHERT

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