De la graine d’in­sou­mis

Voi­là un gar­çon très de­man­dé par les mé­dias. Le dé­pu­té lillois de La France insoumise, Adrien Qua­ten­nens, âgé de 27 ans, pro­fite de cette lu­mière pour « convaincre » les foules.

La Montagne (Creuse) - - E Monde - Florence Ché­do­tal florence.che­do­tal@cen­tre­france.com

S

on heure de gloire ? Il ne « veut pas ti­rer la cou­ver­ture à lui ». Pour­tant, on n’en est pas loin. De­puis ce mois de juillet où il a pris la pa­role contre les or­don­nances dans l’hé­mi­cycle, avec ce mé­lange de cu­lot po­li­tique et de for­mules pa­cka­gées pour buz­zer. Le che­veu roux coif­fé en brosse, Adrien Qua­ten­nens sait comment ça marche : « Nous es­sayons de mê­ler la pé­da­go­gie avec des phrases ima­gées pour frap­per les es­prits ». Pour au­tant, il ne s’at­ten­dait pas à un tel re­ten­tis­se­ment. « Je n’avais pas an­ti­ci­pé. L’idée n’est pas de me sin­gu­la­ri­ser ».

Il avoue ne pas avoir de sou­ci avec la prise de pa­role. « C’est ve­nu comme ça, avec la pra­tique po­li­tique », ex­plique le jeune élu, res­ca­pé des lé­gis­la­tives à Lille par la grâce de 46 voix d’avance.

Des uto­pistes ?

Mais, at­ten­tion, il ne veut pas qu’on le prenne pour l’agi­té de ser­vice. « Nous ne sommes pas dans une stra­té­gie d’agi­ta­tion per­ma­nente, ni du coup d’éclat », as­sure­t­il, pré­fé­rant tou­jours le « nous » au « je ».

Bien sûr, il y a eu le coup de la cra­vate et du pa­nier, cite­t­il lui­même. Mais il ne vou­drait pas qu’on se mé­prenne. « Ce n’est pas parce qu’on est in­sou­mis qu’on n’est pas sé­rieux. Nous avons un pro­jet ra­di­cal, mais nous ne sommes pas ex­tré­mistes. Nous conti­nuons à faire la dé­mons­tra­tion de notre sé­rieux, avec un programme, une mé­thode. Nous ne nous par­lons pas à nous­mêmes ».

Mais à 27 ans, que ré­pond­il à ceux qui ne voient dans ses propos que les convul­sions d’un mo­dèle an­cien qui peine à re­gar­der le monde tel qu’il va ? « Je sais, on nous peint comme des ar­chaï­ ques, des idéa­listes, voire des uto­pistes, mais je consi­dère que nous sommes, au contraire, les plus rai­son­nables dans cette af­faire. Jus­qu’à pré­sent, il ne me semble pas que les po­li­tiques me­nées aient fait preuve de leur ef­fi­ca­ci­té : la crise cli­ma­tique s’ag­grave ; il y a de plus en plus de pauvres et de chô­meurs… ».

Mar­di der­nier, il bat­tait le pa­vé, à Lille, contre les or­don­nances. Le dé­pu­té se dit « sa­tis­fait » de la mo­bi­li­sa­tion en France. « D’au­tant que le gouvernement avait or­ga­ni­sé les condi­tions pour que cette ma­ni­fes­ta­tion n’existe pas, en fai­sant pas­ser ça en plein été, en mode “pas vu pas pris”… Nous vou­lons contri­buer à une prise de conscience et faire sor­tir dans la rue tous ceux que cette loi va im­pac­ter, au­de­là des 18 mil­lions de sa­la­riés du pri­vé. Em­ma­nuel Ma­cron ne dis­pose pas dans l’opi­nion d’une ma­jo­ri­té pour faire ce qu’il fait ».

« Co­lère pro­pul­sive »

Il s’agace, au pas­sage, du pro­cès in­ten­té à La France insoumise sur sa po­ro­si­té idéo­lo­gique avec le Front na­tio­nal : « Nous en sommes l’an­ti­thèse ». Et d’ar­gu­men­ter : « Les gens qui ont vo­té FN ne sont pas tous des fas­cistes, ce sont des per­sonnes en co­lère, déses­pé­rées. Or si la France insoumise, qui in­carne une co­lère pro­pul­sive et non un re­pli sur soi, peut ré­cu­pé­rer ces gens­là, ce­la fe­ra bais­ser le FN. Où est le pro­blème ? Si quel­qu’un a une autre re­cette pour faire re­cu­ler le FN, qu’il me la donne ! »

PHO­TO AFP

A. QUA­TEN­NENS. Le jeune dé­pu­té re­garde Jean-Luc Mé­len­chon comme une « sorte de men­tor », bien­veillant et sou­cieux de trans­mettre : « Ce n’est pas le ty­ran fan­tas­mé ».

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