Des évo­lu­tions en vue pour ai­der les ar­bitres à être en­core moins faillibles

Quelles évo­lu­tions pour per­mettre aux ar­bitres d’être en­core moins faillibles ?

La Montagne (Creuse) - - La Une - Laurent Cal­mut

TECH­NO­LO­GIE. L’ar­bi­trage de de­main avec l’ap­port de la tech­no­lo­gie est le sup­port d’une ex­po au cam­pus des Cé­zeaux, à Cler­mont­Fd.

L’ar­bi­trage de de­main, avec no­tam­ment l’ap­port de la tech­no­lo­gie, est le sup­port d’une ex­po­si­tion au cam­pus des Cé­zeaux. La re­cherche pro­pose quelques pistes.

L’ar­bitre a tou­jours rai­son. Mais pas la goal­line tech­no­lo­gy. Le 30 sep­tembre der­nier, lors de la ren­contre Rennes ­ Caen, en Ligue 1, le sys­tème cen­sé dé­ter­mi­ner si le bal­lon a fran­chi com­plè­te­ment la ligne de but, a vu ce que per­sonne n’a vu, au Roaz­hon Park : un but ren­nais.

Stu­peur des Caen­nais. Mais celle­ci est vite re­tom­bée quand Amau­ry De­le­rue, l’ar­bitre de la ren­contre, a dé­ju­gé la ma­chine. Tout le monde en a conclu que la cou­leur du maillot du gar­dien Ré­my Ver­coutre avait suf­fi à trom­per la goal­line, avant que la LFP ex­plique que des dra­peaux li­mi­taient le champ de vi­sion des ca­mé­ras.

Pour les pour­fen­deurs du sys­tème, la bé­vue a gar­ni le dos­sier des bugs. Et pour les res­pon­sables de l’ex­po­si­tion inau­gu­rée ré­cem­ment à Cler­montFer­rand, le plan­tage est tom­bé à point nom­mé, en don­nant une ré­so­nance au tra­vail du la­bo­ra­toire AC­Té, du Perf Ar­bi­trage et de l’Uni­ver­si­té Cler­mont Au­vergne, pour qui la tech­no­lo­gie ne peut – et sur­tout ne doit – pas tout faire.

« J’en­tends par­ler des “Google Glass”, mais je n’y crois pas vrai­ment. Les aides doivent plu­tôt ve­nir de l’ex­té­rieur »

1 Quel champ d’ac­tion pour la tech­no­lo­gie ?

Gé­ral­dine RixLièvre, dé­lé­guée gé­né­rale du Perf Ar­bi­trage, le dit avec convic­tion. Les so­lu­tions clefs en main n’existent pas pour rendre l’ar­bi­trage moins faillible. « On vou­lait pal­lier l’er­reur hu­maine avec la vi­déo dans le rug­by, ou avec le Hawk­Eye dans le tennis, mais on s’aper­çoit que l’ou­til ne fait rien tout seul ».

Il faut donc une uti­li­sa­tion adap­tée à chaque sport. Comme au rug­by, la vi­déo au vol­ley im­pose des ar­rêts de jeu à ral­lon­ ge. Mais ça gêne moins qu’au foot : « Il faut par­fois plus d’une mi­nute pour prendre une dé­ci­sion, évoque Gé­ral­dine Rix­Lièvre. Les ar­bitres re­voient plu­sieurs fois l’ac­tion, mais on a le temps puisque le bal­lon a tou­ché le sol. »

Si le Hawk­Eye « fac­tua­lise » une tra­jec­toire, le rug­by at­tend par exemple autre chose de la tech­no­lo­gie. « Elle ré­pond au fait que l’ar­bitre, grâce à elle, peut me­ner une en­quête. »

2 Vers un ar­bi­trage aug­men­té ?

Oreille bio­nique, re­gard pan­op­tique, dra­peau la­ser, sif­flet chro­no­ki­né­sique… L’af­fiche de l’ex­po­si­tion fait dans la scien­ce­fic­tion pour pré­sen­ter l’ar­bitre du fu­tur. Mais la réa­li­té aug­men­tée de l’ar­bi­trage n’en est pas en­core là. Plu­tôt que d’être sur­équi­pé, l’ar­bitre de de­main doit d’abord être mieux pré­pa­ré. « Au­jourd’hui, il y a une éva­lua­tion de la pré­pa­ra­tion phy­sique beau­coup plus im­por­tante qu’avant », avance la dé­lé­guée gé­né­rale du Perf Ar­bi­trage.

Cette der­nière ne croit d’ailleurs pas à un homme en noir bar­dé de gad­gets. « On ne va pas lui mettre plus de choses sur lui. J’en­tends par­ler des “Google Glass”, mais je n’y crois pas vrai­ment. Les aides doivent plu­tôt ve­nir de l’ex­té­rieur ».

Et la Ref­Cam, uti­li­sée au rug­by ? D’abord un moyen de faire com­prendre au monde ex­té­rieur la dif­fi­cul­té de la tâche de l’ar­bitre, dixit Ré­my Char­le­roy, ar­bitre du co­mi­té du Centre : « Ce­la donne au spec­ta­teur un aper­çu de ce que voit l’ar­bitre, et de la dif­fi­cul­té que ce der­nier peut avoir pour ana­ly­ser, trier, ou prendre une dé­ci­sion en réa­li­sant un ef­fort phy­sique dans des condi­tions de stress. »

« Des sports à plu­sieurs vi­tesses » 3 Plus de re­cul pour l’ar­bitre.

Le rug­by ne pour­rait plus se pas­ser de la vi­déo. « Im­pen­sable », ex­prime d’ailleurs Ré­my Char­le­roy, qui ques­tionne : « Comment peut­on ima­gi­ner que tout le monde puisse voir et re­voir une ac­tion li­ti­gieuse, alors que ce­lui qui doit prendre une dé­ci­sion n’a pas cette pos­si­bi­li­té ? »

C’est pour­tant en­core pos­sible au foot, même si le bal­lon rond a en­ta­mé sa mue avec l’as­sis­tance vi­déo. Là aus­si, l’idée est d’of­frir à l’ar­bitre un autre re­gard, un moyen de prendre du re­cul, avec la pré­sence de deux autres ar­bitres à l’ex­té­rieur du ter­rain. Cette sai­son, la FFF pour­sui­vra d’ailleurs cette ex­pé­ri­men­ta­tion en Coupe de France et en Coupe de la Ligue.

4 Des sports à deux vi­tesses ?

Le risque de creu­ser le fos­sé entre le sport mé­dia­ti­sé et sa ver­sion « ama­teur » existe avec l’in­té­gra­tion de la tech­no­lo­gie. « Sa gé­né­ra­li­sa­tion peut être un pro­blème et on risque d’ar­ri­ver à des sports à plu­sieurs vi­tesses », re­con­naît la dé­lé­guée. Les en­jeux du sport spec­tacle, comme la « forte pres­sion so­ciale », font au moins bou­ger les lignes. « On doit pen­ser à des évo­lu­tions. »

PHO­TO D’AR­CHIVES RI­CHARD BRU­NEL

AS­SIS­TANCE. Ré­my Char­le­roy, ar­bitre du co­mi­té du Centre, ques­tionne : « Il est im­pen­sable de se pas­ser de la vi­déo au­jourd’hui. Comment peut-on ima­gi­ner que tout le monde puisse voir et re­voir une ac­tion li­ti­gieuse, et que ce­lui qui doit prendre une dé­ci­sion n’a pas cette pos­si­bi­li­té ? »

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