Ces ani­maux sau­vages de re­tour en Li­mou­sin

La Montagne (Creuse) - - La Une - Mar­jo­rie Queuille Twit­ter : @64mar­jo

EN­VI­RON­NE­MENT.

À l’oc­ca­sion de la quin­zaine de la bio­di­ver­si­té, Li­mou­sin na­ture en­vi­ron­ne­ment dresse un état des lieux de la faune ré­gio­nale.

TEN­DANCE.

Le chat sau­vage, qui a no­tam­ment été ob­ser­vé dans la Creuse et dans la Cor­rèze, compte, à l’ins­tar du cas­tor, par­mi les es­pèces de re­tour en Li­mou­sin.

Deux se­maines pour don­ner un coup de pro­jec­teur sur la na­ture li­mou­sine : la hui­tième édi­tion de la quin­zaine de la bio­di­ver­si­té a été lan­cée di­manche et se ter­mi­ne­ra le 29 no­vembre. Au pro­gramme : des sor­ties, des ate­liers, des pro­jec­tions de films, des confé­rences et des ex­po­si­tions. Dont une sur la pho­to­gra­phie ani­ma­lière à dé­cou­vrir le sa­me­di 18 et le di­manche 19 à la salle po­ly­va­lente de La Cour­tine (Creuse).

L’oc­ca­sion était belle de dres­ser un état des lieux de la faune du Li­mou­sin. Celle qu’on n’ima­gine pas for­cé­ment sur la ré­gion, celle qui s’y est par­fai­te­ment et du­ra­ble­ment ins­tal­lée. Celle, aus­si, qui risque fort de dis­pa­raître, vic­time de tout un tas de fac­teurs conco­mi­tants, dont ce­lui du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Gaëlle Cau­blot, du Grou­pe­ment mam­ma­lo­gique et her­pé­to­lo­gique du li­mou­sin (GMHL), spé­cia­liste de la loutre et du cas­tor, nous sert de guide avi­sée…

ILS SONT RE­VE­NUS

Il est re­ve­nu sur la pointe de ses pattes grif­fues en 2010. S’est fau­fi­lé par la Gar­tempe, puis a com­men­cé à ex­plo­rer la Be­naize en 2014. Tous les ans, il avance à bonds de di­zaines de ki­lo­mètres. C’est comme ça qu’il a fait son ap­pa­ri­tion en Creuse, du cô­té de Fur­sac, cette an­née. Lui, c’est le cas­tor. Un ani­mal qu’on ima­gine plus fa­ci­le­ment en maître d’ou­vrage sur quelque ri­vière du Ca­na­da qu’en aval de Bel­lac, où se trouvent plu­sieurs noyaux. S’il est bien dif­fi­cile de comp­ta­bi­li­ser le nombre d’in­di­

vi­dus, ha­bi­tudes noc­turnes oblige, le GMHL es­time qu’ils sont une ving­taine, soit quatre ou cinq fa­milles, à avoir élu do­mi­cile en Haute­Vienne.

Ou à y être re­ve­nus, plus exac­te­ment, après… un sa­cré bail. Les cas­tors ont été lit­té­ra­le­ment éra­di­qués du Li­mou­sin au Moyen Age, chas­sés pour leurs four­rures très denses et leur chair. La viande de cas­tor était alors très ap­pré­ciée le ven­dre­di, jour du pois­son dans la tra­di­tion ju­déo­chré­tienne. Sû­re­ment en rai­son de son goût pour la vie aqua­tique et de sa queue re­cou­verte d’écailles… Signe que sa pré­sence dans la ré­gion remonte à des temps vrai­ment an­ciens, le nom « cas­tor » n’existe pas en oc­ci­tan. Il n’y a pas qu’ici que le ron­geur avait dis­pa­ru. « A la fin du XIXe siècle, dé­but du XXe, on ne comp­tait plus que cinq co­lo­nies en Eu­rope, dont le bas­sin rho­da­nien. Une pré­ca­ri­té qui lui a va­lu le fait d’être le pre­mier ani­mal pro­té­gé en France, dans les an­nées 40. Qua­rante ans plus tard, quelques in­di­vi­dus quittent le Rhône, di­rec­tion la Loire pour une ré­in­tro­duc­tion. Cou­ron­née de suc­cès. Dès lors, la ré­ap­pa­ri­tion du cas­tor en Li­mou­sin ne fai­sait plus au­cun doute. Res­tait à sa­voir quand elle au­rait lieu.

Ce fut donc il y a sept ans. « C’est un par­ti­cu­lier qui a ap­pe­lé l’ONCFS (*) pour si­gna­ler qu’un peu­plier de son jar­din avait été man­gé et qu’il pen­sait que ça ve­nait d’un cas­tor », ra­conte Gaëlle Cau­blot. Peu­pliers, mais aus­si noi­se­tiers, saules, ormes, sauf ou­blier les ré­si­neux : voi­là les mets pré­fé­rés du cas­tor, qui ne se nour­rit que de vé­gé­taux et, donc, d’écorces l’hi­ver. Et la rai­son pour la­quelle il se plaît bien en Li­mou­sin, pays de l’arbre et de l’eau. Son ter­rain de vil­lé­gia­ture fa­vo­ri ? « Les cours d’eau lents et plu­tôt pro­ fonds. Dans cer­tains en­droits, on peut aus­si le trou­ver en bord d’étang, mais je n’en ai ja­mais vus dans les ré­gion, les berges sont trop hautes. »

Il laisse ces coins­là au ra­gon­din, avec le­quel on le confond sou­vent (lire ci­des­sous), et dont la co­ha­bi­ta­tion ne pose au­cun sou­ci… du moins pour le mo­ment, tant que cha­cun dis­pose d’une zone d’ha­bi­tat suf­fi­sam­ment ac­cueillante. Un cou­sin qui jouit grâce au re­tour du cas­ tor d’une im­mu­ni­té : in­ter­dic­tion do­ré­na­vant d’uti­li­ser des pièges tuants pour contre­car­rer son ap­pé­tit vo­race. Gaëlle Cau­blot, elle, rêve de pou­voir un jour ins­tal­ler d’autres pièges, to­ta­le­ment in­of­fen­sifs ceux­là :

des pièges photo afin de « cap­tu­rer » un cas­tor ou, mieux, une fa­mille pour en faire un por­trait…

ILS SE PLAISENT EN LI­MOU­SIN

Elle n’a ja­mais dé­ser­té le Li­mou­sin au cours des siècles. Et c’est une ra­re­té à l’échelle de la France, tant elle a été chas­sée et vic­time de la pol­lu­tion ou de la rec­ti­fi­ca­tion des cours d’eau. Pas de doute : la loutre eu­ro­péenne se plaît par­ti­cu­liè­re­ment en Li­mou­sin. Sa po­pu­la­tion est même en constante aug­men­ta­tion de­puis 1981 et un ar­rê­té la pro­té­geant. « Le Li­mou­sin est une zone source et il com­mence à y avoir des échanges avec des po­pu­la­tions en ex­Aqui­taine par le sud de la Cor­rèze », ré­vèle Gaëlle Cau­blot. La­quelle ne voit qu’un frein à une pour­suite de sa « re­con­quête » du ter­ri­toire : « la te­neur en pois­sons n’est plus ce qu’elle était dans les cours d’eau ». Gare aux pis­ci­cul­tures face aux­quelles la loutre, ex­trê­me­ment ma­line, peut dé­ployer des tré­sors d’in­gé­nio­si­té ­ et des ef­forts co­los­saux ­ pour par­ve­nir à ses fins…

La pa­chuyre, elle, a dé­bar­qué en Li­mou­sin en 2008, 2009. Cette mu­sa­raigne, la plus pe­tite au monde, est à l’ori­gine une es­pèce mé­di­ter­ra­néenne et af­fec­tionne les pe­louses cal­caires. Ses po­pu­la­tions se sont confor­ta­ble­ment ins­tal­lées en Cor­rèze.

ILS RISQUENT DE DIS­PA­RAÎTRE

Pour ces es­pèces en re­vanche, l’ave­nir s’an­nonce bien sombre dans la ré­gion. Et on ne parle pas de long terme. Se­lon des spé­cia­listes, la vi­père pé­liade, qui se plaît dans la fraî­cheur des pla­teaux du Li­mou­sin, pour­rait avoir tout bon­ne­ment dis­pa­ru du pay­sage d’ici 2050.

Le lézard vivipare, dont le GMHL suit les po­pu­la­tions du cô­té de Vaul­ry, dans les monts de Blond, et sur le pla­teau de Mille­vaches, ne se porte guère mieux. Me­na­cé par la mo­di­fi­ca­tion des cours d’eau, Gaëlle Cau­blot ne peut que consta­ter un « ef­fon­dre­ment » du nombre d’in­di­vi­dus sur ces deux zones.

Quant au mignon mus­car­din, pe­tit ron­geur de la fa­mille des loirs, Gaëlle Cau­blot ne mâche pas ses mots : « je me fais du sou­ci pour lui ». Son ha­bi­tat, consti­tué de haies et de sous­bois four­nis em­plis de ronces ­ il se ré­gale de pe­tits fruits et de che­nilles ­ est clai­re­ment « ra­va­gé » se­lon la jeune femme, qui n’a trou­vé au­cun in­di­vi­du lors de ses ins­pec­tions cette an­née (**). Seul ha­sard vu la toute pe­tite taille de l’ani­mal ou signe plus pré­oc­cu­pant ? « Dif­fi­cile à dire, mais il y a tout de même une grosse in­quié­tude. » Sa pré­sence en Haute­Vienne et en Creuse cor­res­pon­dait à la li­mite sud­ouest de l’im­plan­ta­tion mon­diale de sa po­pu­la­tion. Bien­tôt, la carte se­ra mal­heu­reu­se­ment bonne à re­faire… (*) Of­fice na­tio­nal de la chasse et de la faune sau­vage. (**) La dis­pa­ri­tion des haies au­tour de Li­moges a éga­le­ment pro­vo­qué la fuite de la rai­nette.

(photo Ch­ris­tian Pey­raud).

LÉZARD VIVIPARE. Cette fe­melle, trou­vée en Haute-Vienne, est la re­pré­sen­tante d’une es­pèce me­na­cée dans notre ré­gion. En haut à droite, un cra­paud son­neur à ventre jaune, dont on a trou­vé des oeufs plus tôt que d’ha­bi­tude, en rai­son du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. En bas, une loutre, qui se plaît en Li­mou­sin

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