Après la pluie vient... le mau­vais temps

Les fortes pluies peuvent avoir des consé­quences sur l’ac­ti­vi­té agri­cole, comme re­tar­der les foins

La Montagne (Creuse) - - Limousin L'actu - Ch­ris­tine Moutte ch­ris­tine.moutte@cen­tre­france.com

Sans être ca­tas­tro­phiques, les consé­quences des fortes pluies pé­na­lisent des ac­ti­vi­tés agri­coles.

Tout le Li­mou­sin est concer­né. Le point avec des éle­veurs et des ma­raî­chers de Cor­rèze.

1 Un foin qui risque d’être moins nu­tri­tif. « On au­rait dû at­ta­quer le foin il y a une se­maine, voire dix jours mais il n’y a eu pas d’ac­cal­mie as­sez longue pour en­vi­sa­ger de faire sé­cher l’herbe cou­pée. » Pour pré­pa­rer son stock de foin hi­ver­nal, Cé­dric Pierre, éle­veur de vaches li­mou­sines à Beau­mont (Cor­rèze) , a pu en réa­li­ser, en avril, la moi­tié en en­ru­ban­nage (*). Mais il lui reste l’autre moi­tié en foin stan­dard : « Avec les pré­vi­sions mé­téo, ce­la ne pour­ra pas se faire avant la se­maine pro­chaine, pour­suit l’éle­veur. Le foin se­ra de moins bonne qua­li­té car l’herbe se­ra trop avan­cée et va perdre ses va­leurs ali­men­taires. Il fau­dra don­ner des com­plé­ments aux ani­maux pen­dant l’hi­ver, d’où des dé­penses en plus. »

Du cô­té des prés, les vaches broutent l’herbe mais « elle est très hu­mide, de va­leur moyenne et les bêtes ne mangent pas celles qu’elles pié­tinent et sont souillées par la terre : c’est en­core une perte », es­time Cé­dric Pierre.

Se­lon Laurent Certes, éle­veur de vaches lai­tières à Li­gney­rac, cette si­tua­tion n’est ce­pen­dant pas en­core catastrophique : « Tout n’est pas per­du mais il ne faut pas que la pluie dure trop long­temps et il fau­dra ba­tailler pour faire le foin qui se­ra moins nu­tri­tif », sou­ligne l’éle­ veur qui pro­duit un peu de cé­réales et de maïs « dont la crois­sance est ra­len­tie en rai­son de la mé­téo. Les cultures prennent du re­tard. En agri­cul­ture, il faut une al­ter­nance d’eau et de so­leil ; la dif­fi­cul­té ar­rive quand un temps dure trop long­temps. » Les éle­veurs sou­haitent le re­tour du so­leil pour mi­ni­mi­ser les pertes : « Il y au­ra du foin, même moins bon, et les bêtes le man­ge­ront, pour­suit Laurent Certes. Mais il y au­ra un im­pact qu’on ne peut pas es­ti­mer tout de suite. »

2 Du re­tard qui ne se rat­trape pas en ma­raî­chage. Avec des sols gor­gés d’eau, les ma­raî­chers ont des dif­fi­cul­tés pour plan­ter et se­mer. « J’ai re­çu les plants de poi­reaux pour l’hi­ver il y a quinze jours mais je n’ai pas pu les re­pi­quer en plein champ, ra­conte Sté­phane San­tos, ma­raî­cher à Ob­jat. C’est pa­reil pour les sa­lades, je n’en au­rai pas pour juillet et août. Et par manque de so­leil, les to­mates ont du re­tard. » Sté­phane San­tos es­time faire 20 % de pro­duc­tion en moins : « Mais on peut faire d’autres lé­gumes, comme des ra­dis… », ajoute le ma­raî­cher qui s’in­quiète ce­pen­dant des ma­la­dies qui peuvent se pro­pa­ger avec la cha­leur et l’hu­mi­di­té, comme le mil­diou, cham­pi­gnon qui at­taque la pomme de terre.

À Damp­niat, Éric Ger­mane, dont le ma­raî­chage est complémentaire de son ac­ti­vi­té de veau sous la mère, a pro­fi­té de « quinze jours de beau temps en avril pour plan­ter et se­mer. Mais en mars, nous n’avons pas pu faire les ca­rottes, pe­tits pois et oi­gnons blancs… Il y au­ra fa­ta­le­ment une perte de pro­duc­tion que l’on chif­fre­ra à la fin de l’an­née : le re­tard en ma­raî­chage ne se rat­trape pas. »

3 Les chèvres n’aiment pas la pluie. Con­trai­re­ment aux vaches qui peuvent res­ter dans les prés quand il pleut en s’abri­tant sous les arbres, les chèvres sont moins ré­sis­tantes à la pluie. « Mes bêtes ne veulent pas sortir quand il pleut, ex­plique Ca­rine Burg­meier, pro­duc­trice de fro­mages de chèvres à Sé­gon­zac. Elles res­tent donc à l’in­té­rieur, dans la chè­vre­rie. De­hors sous la pluie, elles risquent de toute ma­nière de tom­ber ma­lades. »

Un tiers de fro­mages en moins

Et au lieu de man­ger de l’herbe fraîche, elles sont au foin. Du coup « le len­de­main ou deux jours après, ce­la se res­sent sur le lait : il y en a moins, en rai­son d’une ali­men­ta­tion moins riche. Et les chèvres les moins so­lides mangent moins en chè­vre­rie, in­ti­mi­dées par les autres, alors que dans le pré, elles ar­rivent à se faire une place. »

« Res­ter en­fer­mées joue sur leur mo­ral », sou­ligne Ca­rine Burg­meier qui es­time une baisse d’un tiers de sa pro­duc­tion de fro­mages. ■

(*) Tech­nique qui per­met de conser­ver les coupes pré­coces dans des sacs plas­tiques.

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

PRÉ. Les jours de pluie qui se suivent sans ac­cal­mie as­sez longue em­pêchent les agri­cul­teurs de faire les foins.

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