Le tou­risme d’af­faires

La Montagne Entreprendre - - SOMMAIRE - Vé­ro­nique Feuer­stein

L’au­vergne, des­ti­na­tion ten­dance !

Clas­se­ment avan­ta­geux dans le Lo­ne­ly­pla­net et dans L’ex­press : l’au­vergne et Cler­mont ont le vent en poupe. Elus et struc­tures concer­nés sou­haitent sur­fer sur cette image po­si­tive de la ré­gion pour dé­ve­lop­per l’ac­ti­vi­té tou­risme d’af­faires.

De­puis la crise éco­no­mique de 2008, la de­mande en ma­tière de tou­risme d’af­faires se des­sine en mon­tagne russe. D’après une étude de Coach Om­nium, ce tou­risme bu­si­ness a en­re­gis­tré un chiffre d’af­faires de 8,1 mil­liards en France et a connu une chute de 5,2 % de son ac­ti­vi­té en 2014 par rap­port à 2013. En ces temps dif­fi­ciles, le voyage os­ten­ta­toire n’est plus de mise : fi­ni le Grand Hô­tel à Deau­ville ou le voyage à Mar­ra­kech.

Les en­tre­prises ont tou­jours be­soin de res­sou­der les équipes, mais elles ne veulent plus de des­ti­na­tions coû­teuses et « bling-bling » de­ve­nues in­dé­centes ou dan­ge­reuses. Dans ce contexte géo-po­li­tique, la des­ti­na­tion au­ver­gnate de­vient très ten­dance. Et ce­la d’au­tant plus que Lo­ne­ly Pla­net, le pre­mier édi­teur de guides de voyages dans le monde, vient de clas­ser l’au­vergne en sixième po­si­tion, dans le top 10 des ré­gions à vi­si­ter en 2016, aux cô­tés de Cu­ba, et de l’is­lande, et même de­vant Ha­waï. Quant à la ca­pi­tale au­ver­gnate, elle vient d’être pla­cée sur la plus haute marche du po­dium pour sa qua­li­té de vie dans le Sud-est, par le ma­ga­zine l’ex­press. Cler­mont-fer­rand grille dé­sor­mais la po­li­tesse à des poids lourds comme Nice, Mar­seille, Aix-enP­ro­vence, Gre­noble et Lyon.

L’au­vergne est d’au­tant plus ten­dance qu’elle s’ins­crit aus­si dans le dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Les en­tre­prises sont de plus en plus sen­sibles au ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, au res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment. Elles pré­fèrent rac­cour­cir la du­rée des voyages dans le temps et dans l’es­pace pour des ques­tions d’image et de coût.

> Le la­bel au­ver­gnat

L’au­vergne dis­pose de villes à fortes per­son­na­li­tés, de sites na­tu­rels d’une beau­té ex­cep­tion­nelle, d’une gas­tro­no­mie ré­pu­tée, d’offres cultu­relles, ar­tis­tiques, spor­tives et de loi­sirs va­riées, sans par­ler de sa po­si­tion cen­trale et de son ré­seau au­to­rou­tier (70 % des congres­sistes viennent à Cler­mont par la route). Il est en ef­fet plus fa­cile de ve­nir à Cler­mont-fer­rand, Vi­chy, ou Mont­lu­çon quand on vient de Lille ou Mar­seille.

« Quand les con­grès se passent à Cler­mont-fer­rand, ils ac­cueillent plus de par­ti­ci­pants que des lieux éloi­gnés comme Lille, Mar­seille ou Biar­ritz »,

sou­ligne Ra­phaël Bau­tis­ta, di­rec­teur ad­joint au Co­mi­té ré­gio­nal de dé­ve­lop­pe­ment tou­ris­tique d’au­vergne. Au­tant d’atouts al­lant de pair avec des struc­tures d’ac­cueil de qua­li­té (au­di­to­riums, am­phi­théâtres, salles mo­du­lables...) et des équipes pro­fes­sion­nelles dans l’or­ga­ni­sa­tion de ma­ni­fes­ta­tions sur me­sure, qui per­mettent de ré­pondre aux de­mandes les plus di­ver­si­fiées, de la simple réunion de tra­vail à la con­ven­tion in­ter­na­tio­nale. L’au­vergne pro­pose éga­le­ment une grande ca­pa­ci­té hô­te­lière, de l’hô­tel fa­mi­lial à l’hô­tel clas­sé 5 étoiles. Le parc hô­te­lier cler­mon­tois a réa­li­sé des in­ves­tis­se­ments im­por­tants pour ré­pondre aux nou­velles normes de 2011 et faire pas­ser ses hô­tels dans la ca­té­go­rie su­pé­rieure. Ain­si, la ville dis­pose dé­sor­mais de 5 hô­tels 4 étoiles et de 19 éta­blis­se­ments 3 étoiles.

Au­jourd’hui, élus et pres­ta­taires sou­haitent dé­ve­lop­per le tou­risme d’af­faires en Au­vergne, en mi­sant sur d’im­por­tantes re­tom­bées éco­no­miques. Mais ils ne sont pas les seuls.

« Il existe plus de 140 villes de con­grès en France et une très forte concur­rence, sur­tout en ces pé­riodes de crise. Il faut se battre pour exis­ter », sou­ligne Fran­çoise Graive, di­rec­trice de l’of­fice de tou­risme et des con­grès de Cler­mont-fer­rand. « De­puis l’ar­ri­vée d’olivier Bianchi à la mai­rie, il y a une vé­ri­table vo­lon­té de dé­ve­lop­per le tou­risme d’af­faires. Le maire a d’ailleurs nom­mé Ma­rion Ca­nales, ad­jointe en charge de l’éco­no­mie et des con­grès, c’est un signe ! ».

Che­ville ou­vrière de cette nou­velle po­li­tique, Ma­rion Ca­nales est par­ve­nue à fé­dé­rer pour la pre­mière fois en Au­vergne des ac­teurs qui tra­vaillaient tous dans leur coin au­pa­ra­vant. « Tant que le tou­risme d’af­faires ne connais­sait pas la crise, nous pou­vions faire nos af­faires, cha­cun de notre cô­té, au­jourd’hui ce n’est plus pos­sible », es­time Fran­çoise Graive.

> L’union pour une offre glo­bale

Cinq ac­teurs et pas des moindres, les plus im­por­tants du sec­teur, ont dé­ci­dé d’unir leur force et de tra­vailler à une offre glo­bale. Il s’agit d’au­vergne Events, D’ASM Events, de Vulcania, du club hô­te­lier cler­mon­tois et de l’of­fice de tou­risme et des con­grès de Cler­mont-fer­rand, sous l’im­pul­sion de Ma­rion Ca­nales.

« Nous ac­cueillons des ma­ni­fes­ta­tions ré­gio­nales, un peu na­tio­nales, mais pour es­pé­rer faire ve­nir des ma­ni­fes­ta­tions de plus grande am­pleur, il faut pro­po­ser une offre glo­bale », ex­plique la di­rec­tion de ASM Events. Cette offre glo­bale est d’au­tant plus in­té­res­sante qu’elle réunit des offres très dif­fé­rentes et com­plé­men­taires.

Les cinq par­te­naires ont d’ailleurs dé­jà uni leurs forces pour se faire connaître

au­près des Lyon­nais, en or­ga­ni­sant une ren­contre avec le club de la presse. « Les Lyon­nais ont une mé­con­nais­sance de notre des­ti­na­tion. Ils n’ont pas pris la pleine me­sure du peu de temps qu’il faut pour re­joindre Cler­mont-fer­rand. Ils se sont mon­trés très in­té­res­sés. Nous al­lons les in­vi­ter sur Cler­mont-fer­rand pour qu’ils dé­couvrent nos atouts », pré­cise Fran­çoise Graive, bien consciente du po­ten­tiel du mar­ché lyon­nais.

> Le Puy veut jouer sa carte

Cler­mont-fer­rand et bien­tôt sa fu­ture com­mu­nau­té ur­baine ne sont pas les seules à vou­loir sur­fer sur ce mar­ché de la ca­pi­tale rho­da­nienne. « Le tou­risme d’af­faires est un sec­teur que l’on sou­haite dé­ve­lop­per. Nous al­lons ren­trer dans la grande ré­gion Rhône-alpes-au­vergne. Le Ve­lay a une carte à jouer. Nous de­vons an­ti­ci­per le contournement du Puy, qui risque de faire bais­ser la fré­quen­ta­tion des hô­tels et fa­vo­ri­ser un tou­risme de des­ti­na­tion plu­tôt qu’un tou­risme de pas­sage. Nous vou­lons nous po­si­tion­ner sur un tou­risme d’af­faires de niche, haut de gamme, qui cor­res­pond à l’hô­tel Dieu, lieu clas­sé à l’unes­co au titre des che­mins de Saint Jacques de Com­pos­telle », sou­ligne Em­ma­nuel Boyer, en charge de l’évé­ne­men­tiel et du dé­ve­lop­pe­ment du ter­ri­toire de la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion du Puyen-ve­lay.

Cette der­nière pos­sède plu­sieurs équi­pe­ments pour ac­cueillir des con­grès, sé­mi­naires, réunions : l’hô­tel Dieu du Puy, l’hô­tel du dé­par­te­ment, le centre cultu­rel de Vals, les Orgues à Es­pa­ly. « Nous avons ac­cueilli le con­grès na­tio­nal de l’as­so­cia­tion na­tio­nale des élus de la mon­tagne et donc 500 per­sonnes au Puy. Nous sommes tout à fait en ca­pa­ci­té de gé­rer des de­mandes », sou­ligne Jean-paul Gri­maud, di­rec­teur de l’of­fice de tou­risme du Puy.

La ci­té po­note a pour pro­jet de trans­for­mer l’an­cienne pis­cine d’ai­guilhe en centre de con­grès et autres ma­ni­fes­ta­tions. « Le site de Quin­cieux pour­rait ac­cueillir des con­grès de 500 à 600 per­sonnes. Il est si­tué aux pieds de la cha­pelle Saint-mi­chel d’ai­guilhe et pas très loin du centre ville du Puy. Il per­met­trait aus­si d’ir­ri­guer le ter­ri­toire et de faire tra­vailler les hô­te­liers et res­tau­ra-

teurs », pré­cise Em­ma­nuel Boyer. Dans l’im­mé­diat, le pro­jet doit être va­li­dé par les élus de la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion du Puy, mais il pose un pro­blème de sé­cu­ri­té car l’an­cienne pis­cine, qui se­rait ré­ha­bi­li­tée, est si­tuée en zone inon­dable.

> Vi­chy prête à bon­dir

De­puis plu­sieurs an­nées, Vi­chy veut conqué­rir de nou­veaux clients en ma­tière de tou­risme d’af­faires. « Nous com­men­çons à nous dé­ve­lop­per. C’est une bonne so­lu­tion de nous en­ga­ger dans cette voie. La ville de Vi­chy pos­sède des atouts comme son au­then­ti­ci­té, sa po­si­tion cen­trale avec un ac­cès à l’au­to­route, son cô­té pra­tique, tous les con­grès, sé­mi­naires se passent en centre-ville dans des bâ­ti­ments his­to­riques si­tués à quelques mètres des hô­tels. Elle pos­sède des pe­tits plus comme la re­mise en forme avec le ther­ma­lisme, les courses à l’hip­po­drome, les ma­ni­fes­ta­tions à l’opé­ra », ex­plique Ber­nard Ka­j­dan, ad­joint en charge du sport, du tou­risme et des re­la­tions in­ter­na­tio­nales à la ville de Vi­chy.

Mais pour que la ville de Vi­chy conti­nue à at­ti­rer des ma­ni­fes­ta­tions, elle doit aus­si tra­vailler main dans la main et jouer col­lec­tif. « Nous sommes dans l’at­tente. Nous sommes dans les star­ting-blocks, prêts à bon­dir, car on ne nous at­ten­dra pas. Nous at­ten­dons beau­coup du pôle mé­tro­po­li­tain. Il faut qu’une offre existe à l’ouest de la grande ré­gion car si­non tout risque d’al­ler vers Saint-etienne et Lyon ».

> Mou­lins et Mont­lu­çon pros­pectent

La ville de Mou­lins sou­haite aus­si dé­ve­lop­per le vo­let tou­risme d’af­faires mais elle est consciente de ne pas pos­sé­der une offre com­mer­ciale suf­fi­sante, pour faire la pro­mo­tion de sa ville. Elle sou­haite y re­mé­dier dès 2016, en se ré­or­ga­ni­sant. Elle pour­ra éga­le­ment s’ap­puyer sur la créa­tion de nou­velles chambres d’hô­tel, en­vi­ron 110 d’ici deux ans, et sur l’amé­lio­ra­tion du parc d’ex­po­si­tion.

Le centre Atha­nor de Mont­lu­çon est aus­si un ac­teur qui compte en ma­tière de tou­risme d’af­faires. Le centre a re­çu 111 ma­ni­fes­ta­tions éco­no­miques et 68 000 per­sonnes du 1er août 2014 au 31 juillet 2015.

« Nous cher­chons de nou­veaux clients à pros­pec­ter. Nous fai­sons de la veille pour es­sayer de les ra­me­ner chez nous », ex­plique Bri­gitte Pau­let, di­rec­trice d’atha­nor. « Mont­lu­çon a un tis­su as­so­cia­tif très im­por­tant. C’est un ter­reau pour nous, pour avoir des con­grès. On les pros­pecte et on les aide à mon­ter des dos­siers qu’ils vendent en­suite à leurs fé­dé­ra­tions. On part à chaque fois du lo­cal », ajoute Jean-mi­chel Aus­sourd, di­rec­teur com­mer­cial d’atha­nor, qui met en place aus­si dif­fé­rents sa­lons.

Ce­pen­dant, Bri­gitte Pau­let dé­plore que les villes de con­grès ne soient pas toutes sur un pied d’éga­li­té. « Les villes, dé­par­te­ments et ré­gions sont de plus en plus sol­li­ci­tés pour sub­ven­tion­ner les ma­ni­fes­ta­tions. Nous ne pou­vons pas suivre ».

> Le Can­tal en re­trait

En ma­tière de tou­risme d’af­faires, seul le Can­tal pa­raît en re­trait. Mal­gré des équi­pe­ments comme le Prisme ou le centre des con­grès des Carmes, Au­rillac ac­cueille moins de con­grès. Pour Bru­no Avi­gnon, di­rec­teur gé­né­ral de Can­tal des­ti­na­tion, ce­la peut s’ex­pli­quer par un pro­blème d’at­trac­ti­vi­té du ter­ri­toire. Can­tal des­ti­na­tion a donc dé­ci­dé de dé­mar­cher les en­tre­prises can­ta­liennes pour connaître leurs be­soins et pro­po­ser à leurs clients des pro­duits dé­ca­lés. « Nous avons or­ga­ni­sé le con­grès des jeunes di­ri­geants au Lio­ran. Nous avons ac­cueilli 400 par­ti­ci­pants que nous avons lo­gés dans des ap­par­te­ments ».

La Grande Halle et le Zé­nith, hauts lieux du tou­risme d’af­faires en Au­vergne.

En termes d’ac­cueil, l’ag­glo­mé­ra­tion cler­mon­toise dis­pose de dix-neuf éta­blis­se­ments 3 étoiles , de cinq hô­tels 4 étoiles, un hô­tel de­ve­nu 5 étoiles ré­cem­ment : le Prin­cesse Flore à Royat.

Les con­grès, sé­mi­naires sont or­ga­ni­sés dans des bâ­ti­ments his­to­riques à Vi­chy. Ici le Pa­lais des Con­grès.

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