SÉ­BAS­TIEN PISSAVY Le créa­teur de jeux­vi­deo.com

Il y a tout juste vingt ans, en 1997, l’au­rilla­cois Sé­bas­tien Pissavy lan­çait la pre­mière ver­sion du site jeux­vi­deo.com. Entre « mé­thode d’ef­fec­tua­tion » et ges­tion « en bon père de fa­mille », il ra­conte ses pre­mières an­nées aux ma­nettes de cette suc­cess

La Montagne Entreprendre - - SOMMAIRE - Ar­thur Ces­bron Pho­tos : Re­naud Baldassin et DR

> Com­ment êtes-vous pas­sé de l’idée à l’en­tre­prise ?

Il s’est écou­lé plus d’un an et de­mi ! L’idée, c’était en juin 1995 : je jouais aux jeux vi­déo, et j’ai com­men­cé à ras­sem­bler dans un do­cu­ment nu­mé­rique des as­tuces sur ces jeux. J’ai dif­fu­sé cette En­cy­clo­pé­die des trucs et as­tuces de jeux vi­deo (ETAJV) sur des fo­rums de pas­sion­nés. Mais je ne pen­sais pas du tout lan­cer une en­tre­prise... C’est le pro­jet qui m’a conduit à créer la so­cié­té, en mars 1997, avec deux as­so­ciés. Sans le sa­voir, on a ap­pli­qué la mé­thode dite « d’ef­fec­tua­tion », qui consiste à ti­rer par­tie des res­sources à dis­po­si­tion : si tu n’as pas l’ar­gent, tu as des com­pé­tences ou des re­la­tions.

> Quelles étaient les vôtres ?

Les com­pé­tences étaient lu­diques, et puis une connais­sance nous a per­mis de créer un ser­veur sur Mi­ni­tel, et donc de com­men­cer par ga­gner quelques cen­taines de francs. Mais il faut aus­si pro­vo­quer ces re­la­tions. Moi, je n’étais pas très bon en la ma­tière, j’étais un peu un geek in­tro­ver­ti et on était à une époque où l’en­tre­pre­neu­riat n’était ab­so­lu­ment pas en­cou­ra­gé. Au­jourd’hui, il y a un re­gard bien­veillant sur les jeunes qui es­saient.

> Com­ment avez-vous vé­cu les pre­mières an­nées de jeux­vi­deo.com ?

Il y a une part de chance. Dans la créa­tion d’en­tre­prise, il y a la no­tion de ti­ming, qu’on ne maî­trise pas et à la­quelle on ne pense pas. En 1995, nous se­rions ar­ri­vés trop tôt, il n’y avait pas en­core de pu­bli­ci­té sur In­ter­net. Après, c’était trop tard. Nous sommes aus­si ar­ri­vés avec un avan­tage com­pé­ti­tif : nous pou­vions te­nir quelque temps à trois, car

nous tra­vail­lions tous à proxi­mi­té im­mé­diate. On a com­men­cé par se payer à mi-temps, j’ai tra­vaillé dans mon ap­par­te­ment jus­qu’en no­vembre 1998. Si j’avais un con­seil à don­ner, c’est jus­te­ment de dé­mar­rer avec des coûts de struc­tures très faibles. Per­son­nel­le­ment, j’ai tou­jours eu un plan B. Il faut tordre le coup au cli­ché qui dit que l ’ en­tre­pre­neur ai me l e risque. Non, il évo­lue dans un mi­lieu ris­qué mais il cherche à li­mi­ter le risque.

> Com­ment avez-vous fait dé­col­ler l’en­tre­prise ?

Nous avons bé­né­fi­cié d’une double crois­sance na­tu­relle : celle d’in­ter­net et des re­ve­nus pu­bli­ci­taires, et celle du mar­ché du jeu vi­déo. Il y avait à la fois de plus en plus d’in­ter­nautes et de plus en plus de joueurs. Les jeux vi­déo étant de plus en plus com­pli­qués, il y avait une vraie at­tente pour les as­tuces. Et nous of­frions la plus grosse en­cy­clo­pé­die. Nous avons gé­ré en bon père de fa­mille, en em­bau­chant pe­tit à pe­tit. Entre 97 et 2000, la pente a été raide mais nous avons été pru­dents. Nous n’avons pas sui­vi la fré­né­sie, l’eu­pho­rie gé­né­rale des an­nées 99-2000, quand les fi­nan­ciers étaient aux pe­tits soins avec les start-up. Nous au­rions aus­si pu le­ver des fonds. Mais il y a eu crash de la bulle In­ter­net puis le 11 sep­tembre 2001. En 2000, nous avons cé­dé l’en­tre­prise au groupe Ga­me­loft : nous avons choi­si de nous ap­puyer sur un groupe qui as­su­rait une cer­taine sta­bi­li­té.

Suite au ra­chat par We­be­dia, l’équipe de jeux­vi­deo.com a quit­té Au­rillac en 2015.

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