La foudre étu­diée en plein ciel can­ta­lien

La Montagne (Haute-Loire) - - Actualité -

Le La­bo­ra­toire de re­cherche sur la foudre s’est ins­tal­lé à Champs-sur-Ta­ren­taine, il y a sept ans. Il réa­lise des re­cherches de pointe au pied du vol­can can­ta­lien et aus­si dans les airs.

Pierre Cham­baud

e ciel est en­core bleu, même si le vent souffle fort sur l’aé­ro­drome d’Au­rillac en ce dé­but de ma­ti­née. Pour­tant, as­sis dans le pe­tit avion, Ray­mond Pic­co­li alerte Lio­nel Ver­mande, le pi­lote, à la ra­dio : « Notre fe­nêtre de tir est ré­duite avant le pro­chain épi­sode ora­geux. »

Quelques heures plus tard, ef­fec­ti­ve­ment, l’orage s’abat sur le Can­tal. Pro­phé­tique, Ray­mond Pic­co­li ? Non : scien­ti­fique. L’as­tro­phy­si­cien, ins­tal­lé dans le Can­tal de­puis 2009, a toutes les don­nées dans sa be­sace, avant de s’en­vo­ler pour ce pré­lè­ve­ment au des­sus du lac de SaintE­tienne­Can­ta­lès.

Ce ma­tin, le DR 400 de l’aé­ro­club d’Au­rillac, un pe­tit avion quatre places, va par­tir à la re­cherche de po­ly­mères na­no­struc­tu­rés. Der­rière ce terme com­pli­qué, des par­ti­cules, en ap­pa­rence de plas­tique, qui peuvent être mi­cro­sco­piques comme plu­tôt grosses (jus­qu’à plu­sieurs cen­ti­mètres) et prennent la forme de pai­lettes ou de fi­la­ments, plus vo­la­tils. Leur par­ti­cu­la­ri­té : elles sont créées par la foudre. L’éner­gie ex­tra­or­di­naire qu’elle gé­nère syn­thé­tise la ma­tière pré­sente dans l’at­mo­sphère (hy­dro­car­bures, mé­taux...) et les trans­forme en ces pe­tits élé­ments, qui peuvent être bleus ou verts, se­lon ce que la foudre a croi­sé en che­min. Et ils ne sont pas bio­dé­gra­dables. Une fois créés, ils res­tent dans leur état d’ori­gine.

Ce n’était pas la pol­lu­tion

C’est le La­bo­ra­toire de re­cherche sur la foudre, struc­ture d’une ving­taine de per­sonnes du monde en­tier, ins­tal­lée à Champs­ sur­Ta­ren­taine, qui a ré­vé­lé leur exis­tence. « En fait, ces po­ly­mères na­no­struc­tu­rés ont tou­jours exis­té, ex­plique Ray­mond Pic­co­li. Nous en avons tou­jours vu au­tour des im­pacts de foudre, ces pe­tits mor­ceaux étranges, mais on les je­tait à la pou­belle en pes­tant, on se di­sait que c’était la pol­lu­tion... »

Le dé­clic, c’est Ma­rieA­gnès Cour­ty, géo­logue au CNRS, qui l’ap­porte : « Elle avait un pro­blème : elle en re­trou­vait, in­tacts, dans des sols de plu­sieurs di­zaines de mil­liers d’an­nées. Donc nous avons com­men­cé à tra­vailler en com­mun sur les points d’im­pact de la foudre, et nous avons pu faire la re­la­tion. »

De­puis trois ans, le la­bo­ra­toire s’at­tache donc à en trou­ver un maxi­mum, pour consti­tuer une base de don­nées. Le pré­lè­ve­ment est plu­tôt simple : un filtre est pla­cé sur une en­trée d’air, pen­dant un temps don­né, à une al­ti­tude sta­tion­naire.

La par­tie amé­ri­caine a été fer­mée

En­suite, le filtre est en­voyé vers une uni­ver­si­té dis­po­sant d’un mi­cro­scope laser, qui trie pous­siè­ res et po­ly­mères. Ici ce se­ra Per­pi­gnan, vers Ma­rie­Agnès Cour­ty jus­te­ment. Il y a eu onze vols l’an pas­sé.

Ces po­ly­mères sont créés de la même ma­nière, à chaque coup de foudre, dans le monde en­tier. Seule la com­po­si­tion change, se­lon l’en­vi­ron­ne­ment tra­ver­sé par l’éclair. De son cô­té, le la­bo­ra­toire est re­con­nu dans le monde de la re­cherche, no­tam­ment de­puis la pu­bli­ca­tion d’une ty­po­lo­gie de la foudre en boule, une pre­mière du genre.

Et Ray­mond Pic­co­li a choi­si le Can­tal, au point de fer­mer la par­tie amé­ri­caine de la struc­ture, il y a deux ans. Notre vol­can au­rait­il une ac­ti­vi­té ex­tra­or­di­naire en termes d’orage ? Il ri­gole fran­che­ment à cette ques­tion. Pour lui, le seul phé­no­mène pa­ra­nor­mal, « c’est qu’en six ans, mes ap­pa­reils de me­sures n’ont été van­da­li­sés qu’une seule fois. Et en­core, c’est une sa­lers qui avait lé­ché l’ob­jec­tif... »

L’as­tro­phy­si­cien ap­pré­cie son bu­reau dans l’an­cienne ca­serne de gen­dar­me­rie de Champs­sur­Ta­ren­taine « où je n’en­tends que le bruit des cloches. » Pour le reste, l’ac­ti­vi­té ora­geuse est nor­male, mais le ter­ri­toire est com­plet, entre lacs et mon­tagnes. « Nous avons un écran de vi­sio­con­fé­rence pour com­mu­ni­quer, et les cher­cheurs ex­té­rieurs viennent dans le Can­tal une fois de temps en temps, au­tour d’une bonne truf­fade. »

Ce la­bo­ra­toire ar­rive à ras­sem­bler les poin­tures mon­diales sur le su­jet, à l’oc­ca­sion no­tam­ment d’un sym­po­sium, tous les deux ans, à Au­rillac. Simple comme un coup de foudre sur les monts du Can­tal !

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