La li­ber­té, mais dans un cadre

La Montagne (Haute-Loire) - - Sports -

Le goût des pa­rents pour les pé­da­go­gies al­ter­na­tives, dou­blé d’une dé­cep­tion face à l’école tra­di­tion­nelle, nour­rit un in­té­rêt gran­dis­sant pour la pé­da­go­gie Mon­tes­so­ri. Au risque de dé­ve­lop­per un vrai bu­si­ness. Le point avec Syl­vie d’Es­claibes, di­rec­trice d’un ly­cée et for­ma­trice Mon­tes­so­ri.

Flo­rence Ché­do­tal

l suf­fit par­fois de pas grand­chose. De deux pe­tits pi­chets, de graines à trans­va­ser. De pinces à linge à ma­ni­pu­ler, de pain à tar­ti­ner ou de linge à plier « pour faire comme pa­pa­ma­man ». Syl­vie d’Es­claibes vient de sor­tir, avec sa fille, un livre com­pi­lant

(Le­duc.s édi­tions). L’oc­ca­sion de dire qu’on peut faire plus... avec moins. Que ce n’est peut­être pas la peine de se ruer sur les jeux d’éveil frap­pés du sceau « Mon­tes­so­ri » sur l’em­bal­lage, pour croire qu’on fait du Mon­tes­so­ri. Elle dé­plore ce bu­si­ness, tant la pé­da­go­gie ori­gi­nelle fi­nit par s’ou­blier dans l’ap­pé­tit mar­ke­ting. « Les ma­ga­sins se disent : “Ça va se vendre”, mais la phi­lo­so­phie Mon­tes­so­ri, c’est aus­si une fa­çon de pré­sen­ter le ma­té­riel à l’en­fant sur des pla­teaux, de l’uti­li­ser. Au fond, c’est une er­reur d’en faire un jouet », com­mente cette mère de cinq grands en­fants qui n‘ont ja­mais usé leurs fonds de cu­lotte sur les bancs de l’« école fran­çaise ». « Pe­tite, je n’ai pas ai­mé y al­ler. Alors, lorsque je suis de­ve­nue mère, je vou­lais qu’ils aient la plus belle en­fance pos­sible avec une pé­da­go­gie qui les res­pecte, qui ait une grande at­ten­tion pour eux ».

Di­rec­trice com­mer­ciale pour un pro­mo­teur im­mo­bi­lier, Syl­vie d’Es­claibes, alors grande consom­ma­trice de livres sur l’édu­ca­tion des en­fants, dé­cide de mon­ter une école Mon­tes­so­ri à Noi­sy­le­Roi, dans les Yve­lines. Nous sommes en 1991. Pas­sant de la ma­ter­nelle au pri­maire, puis au col­lège et même ly­cée, la mère de fa­mille a bâ­ti son école au fil des ans. Et d’autres à Mar­seille, Lille, Bor­deaux... « Quand j’ai com­men­cé, ce n’était pas la grande mode comme au­jourd’hui ». On compte à pré­sent 200 écoles Mon­tes­so­ri en France, à des­ti­na­tion de fa­milles qui en ont les moyens car la sco­la­ri­té coûte cher. Loin de se ré­jouir de cet en­goue­ment, elle semble s’en mé­fier. « N’im­porte qui peut mon­ter une école Mon­tes­so­ri, c’est le dan­ger », re­grette cette for­ma­trice qui voit pas­ser des pro­fes­seurs des écoles, comme des or­tho­pho­nistes, des psy­cho­logues, des pa­rents d’élèves… « C’est une pé­da­go­gie dif­fi­cile qui ne s’im­pro­vise pas », in­siste­t­elle.

Elle coupe court d’en­trée à cette idée que, chez Mon­tes­so­ri, l’en­fant « fait tout ce qu’il veut » : « Non, ce n’est pas ce­la ! Ma­ria Mon­tes­so­ri par­lait d’une li­ber­té dans un en­vi­ron­ne­ment pré­pa­ré ». Cette pé­da­gogue et mé­de­cin ita­lienne (1870­1952) ju­geait que si « l’en­fant sait ce qui est bon pour lui », l’adulte doit lui ser­vir de « guide » : « Il y a des règles. Certes, il choi­sit une ac­ti­vi­té par­mi celles mises à dis­po­si­tion, mais il ne peut pas la faire n’im­porte com­ment. Il peut se dé­pla­cer, bou­ger, mais il n’a pas le droit de cou­rir, de bous­cu­ler les autres ». Bref, « Mon­tes­so­ri, ce n’est pas lais­ser l’en­fant faire n’im­porte quoi. C’est une li­ber­té dans un cadre ». Et un jo­li cadre. Le ma­té­riel et l’en­vi­ron­ne­ment doivent être beaux et agréables.

L’édu­ca­teur est ap­pe­lé à dé­ce­ler les fa­meuses « pé­riodes sen­sibles » sur les­quelles s’ap­puie la mé­thode. Il s’agit de ces mo­ments où l’en­fant, do­té d’un « es­prit ab­sor­bant », va être plus ré­cep­tif à cer­tains ap­pren­tis­sages, comme le lan­gage, l’ordre, le sens so­cial… « On est tout le temps en train d’ob­ser­ver l’en­fant. Si on le voit comp­ter sans cesse ses pas, par exemple, on se dit qu’il entre dans sa pé­riode ma­thé­ma­tiques ». Syl­vie d’Es­claibes ajoute, au pas­sage, que le meilleur âge pour ap­prendre à lire, c’est vers 4 ans : « C’est une er­reur d’at­tendre ».

La pé­da­go­gie Mon­tes­so­ri ne re­ven­dique pas d’autre am­bi­tion que de faire des en­fants confiants, ca­pables de s’adap­ter au monde, au­to­nomes, créa­tifs... « L’en­fant a une soif d’ap­prendre énorme. Pas la peine pour au­tant de l’ins­crire à 50.000 ac­ti­vi­tés, de le pous­ser. Il faut lui lais­ser le temps de voir, de sen­tir, de tou­cher ». De vivre.

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