La lutte s’in­ten­si­fie contre les tags

La Montagne (Haute-Loire) - - Le Fait Du Jour - Jean-Paul Gon­deau

Trop c’est trop ! Réa­li­sant que les sur­faces gri­bouillées ont été mul­ti­pliées par quatre en dix ans, la mu­ni­ci­pa­li­té cler­mon­toise a dé­ci­dé d’in­ten­si­fier sa guerre contre les tags. Toutes les villes au­jourd’hui passent à l’of­fen­sive pour ten­ter d’en­rayer ce van­da­lisme vi­suel.

Ils sont par­tout. Sur les portes, les fa­çades, les vi­trines, les vo­lets mé­tal­liques, les in­ter­phones, les feux de si­gna­li­sa­tion (mais oui !), les boîtes aux lettres, les bords de fon­taines… Une in­fes­ta­tion te­nace, chaque jour s’ag­gra­vant telle une érup­tion cu­ta­née de ca­rac­tère vi­ral.

Les tags, ces si­gna­tures bom­bées à la va­vite, fleu­rissent et pro­li­fèrent dans tous les centres­villes. En 2007, la mu­ni­ci­pa­li­té de Cler­mont avait éta­bli à 13.000 m² la sur­face to­tale net­toyée. « Cette an­née, on en est dé­jà à 50.000 m² pour un coût de 340.000 eu­ros » s’agace Fran­çoise Nou­hen, la pre­mière ad­jointe. Du simple au qua­druple.

Au point que le su­jet est en passe de sup­plan­ter ce­lui des crottes de chien dans les réunions de quar­tier que le maire tient ré­gu­liè­re­ment de­puis une quin­zaine de jours.

« Le tag ap­pelle le tag »

Alors, réa­li­sant que rien n’en­rayait la pro­gres­sion du fléau, Cler­mont a ré­so­lu de faire ap­pel aux grands moyens en at­tri­buant en juillet der­nier le mar­ché de ce net­toyage par­ti­cu­lier à une so­cié­té fran­ci­lienne spé­cia­li­sée, TV Net, qui opère dé­jà à Bor­deaux, Tou­louse, SaintÉ­tienne et Thiers.

Son pa­tron, Tho­mas Va­tel, 31 ans, se fait fort avec quatre ca­mion­nettes et quatre em­ployés sur place en per­ma­nence de ré­duire au sup­por­table la pro­duc­tion de ces des­si­na­teurs fur­tifs, le plus sou­vent noc­turnes : « En 2016, nous avons net­toyé sys­té­ma­ti­que­ment une sur­face de 50 m² dans le quar­tier Saint­Jacques à Saint­Étienne. Pe­tit à pe­tit les tag­gers se sont

dé­cou­ra­gés ». D’au­tant que son équipe se pré­vaut d’une arme de dis­sua­sion qui au­rait ré­vo­lu­tion­né la stra­té­gie an­ti­tags : un lo­gi­ciel de géo­lo­ca­li­sa­tion pour iden­ti­fier sur ta­blette les lieux d’in­ter­ven­tion et trai­ter de ma­nière ra­tion­nelle et glo­bale rue par rue plu­tôt « qu’au coup par coup », au pe­tit bon­heur la chance. Dans la pra­tique, les choses ont éga­le­ment évo­lué.

Si l’hy­dro­gom­mage (eau + sable) est le pro­cé­dé cou­rant pour dé­ca­per la pierre et le bé­ton, il souffre d’un in­con­vé­nient ma­jeur comme l’ex­pose Ben­ja­min, 30 ans, agent TV Net : « Il reste le spectre du tag qui va in­ci­ter un autre tag­ger à tag­ger par­des­sus. Le tag ap­pelle le tag ». D’où le re­cours au re­cou­vre­ment par la pein­ture sur sur­face lisse et par le chau­lage sur la pierre. « Notre tra­vail ne doit pas se voir », dé­crète Ben­ja­min.

« Bra­vo, beau tra­vail ! »

Et ne pas croire que le tag­ger est un post­ado désoeu­vré en manque de re­père ou en voie de déso­cia­li­sa­tion : « Il n’y a pas de pro­fil type, dé­ment Ben­ja­min, ce sont des ga­mins de 12 ans, des étu­diants de 20 ans, des “vieux” (sic) de 30 ans qui ont un tra­vail… Ils fonc­tionnent par as­so­cia­tions, n’ha­bitent pas tou­jours la même ville et se re­trouvent à tra­vers une même si­gna­ture ». La po­lice mu­ni­ci­pale de Cler­mont a fort à faire : en 2016, une qua­ran­taine de ver­ba­li­sa­tions pour affichage sau­vage ont été dres­sées.

Dans 95 % des cas, les tags n’ont au­cune pré­ten­tion ar­tis­tique. Pour­tant, Ben­ja­min se sou­vient de ce por­trait­fresque de Jesse Owens qu’il s’est bien gar­dé d’ef­fa­cer : « Ses yeux me re­gar­daient… ». À dé­faut de créa­ti­vi­té, cer­tains tag­geurs ont l’es­prit cham­breur et il n’est pas rare qu’un ré­ci­di­viste sa­lue à sa ma­nière son net­toyeur de la veille : « Bra­vo, beau tra­vail ! ».

PHO­TO RÉ­MI DUGNE

CLER­MONT-FER­RAND. Opé­ra­tion coup de point net­toyage.

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