Des « JIFF » qui se perdent

La Montagne (Haute-Loire) - - Sports -

Le dur­cis­se­ment cette sai­son du dis­po­si­tif JIFF (Joueurs is­sus des fi­lières de for­ma­tion), afin de fa­vo­ri­ser l’émer­gence de joueurs fran­çais et la com­pé­ti­ti­vi­té du XV de France, a en­traî­né des ef­fets per­vers en Top 14.

u dé­part de l’exer­cice 2018­2019, jus­qu’à dix points pour­ront être re­ti­rés aux clubs qui n’ali­gne­raient pas, cette sai­son, au moins 14 JIFF en moyenne par feuille de match lors de la sai­son ré­gu­lière (sauf pro­mus et Lyon, main­te­nu après être mon­té en 2016).

Pour rap­pel, est consi­dé­ré comme JIFF un joueur, fran­çais ou non, qui a pas­sé au moins trois sai­sons, consé­cu­tives ou non, au sein d’un centre de for­ma­tion agréé, ou li­cen­cié pen­dant au moins cinq sai­sons à la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de rug­by (FFR).

Le JIFF ar­ri­vant en fin de contrat est donc de­ve­nu une den­rée rare, et les sa­laires ont donc ex­plo­sé. « Main­te­nant, dès qu’un JIFF ou un joueur fran­çais sait faire une passe main gauche, main droite, les ta­rifs aug­mentent », lance Ju­lien Du­puy, en­traî­neur des ar­rières du Stade Fran­çais.

A un poste, pi­lier droit, où le ré­ser­voir fran­çais est pauvre, Clé­ment Ric (29 ans, au­cune sé­lec­tion), rem­pla­çant à Cler­mont, a re­joint Lyon cet été moyen­nant 32.000 eu­ros. Soit 3.000 eu­ros de moins que l’An­glais de Cler­mont Nick Aben­da­non, meilleur joueur eu­ro­péen en 2015.

La bou­tade, lan­cée par Du­puy, illustre un autre ef­fet per­vers du sys­tème : le dis­po­si­tif « compte pour le Chal­lenge eu­ro­péen ? Non ? C’est bien dom­mage. » Le tech­ni­cien pa­ri­sien au­rait bien ai­mé gon­fler son taux en ali­gnant des jeunes dans la com­pé­ti­tion, non prio­ri­taire.

« Main­te­nant, on en est presque à faire des com­po­si­tions d’équipe qui dé­passent le cadre de la per­for­mance pour équi­li­brer nos fa­meux quo­tas », sou­ligne Mo­la. « On peut par­ler d’une contrainte JIFF, ou en tout cas d’un cas­se­tête, et qui compte presque au­tant que la per­for­ mance (du joueur) », ap­puie son ho­mo­logue cas­trais Chris­tophe Urios.

Des clubs viennent éga­le­ment à re­tar­der l’ins­crip­tion de jeunes étran­gers de leur centre de for­ma­tion, le temps qu’ils soient consi­dé­rés comme JIFF. Ma­na­ger d’Agen, l’Ar­gen­tin Mau­ri­cio Reg­giar­do dé­voile le pot aux roses : « Le pi­lier But­ler

se­ra JIFF à par­tir de la sai­son pro­chaine. C’est pour ça qu’on ne l’a pas ins­crit en Top 14, même si on pense aus­si qu’il n’est pas en­core prêt et qu’on a du monde à ce poste. »

Cette ques­tion ren­voie à la dé­fi­ni­tion même du JIFF, qui in­clut les étran­gers. « On ar­rive au phé­no­mène in­verse de l’idée ma­jeure, qui était d’ame­ner beau­coup de jeunes joueurs is­sus de notre for­ma­tion, dé­clare Mo­la. Cer­tains clubs dé­lo­ca­lisent la for­ma­tion (Cler­mont et Brive sont par­te­naires d’une aca­dé­mie fid­jienne,

Au fi­nal, l’équipe de France a un fond de ter­rain to­ta­le­ment étran­ger mais for­mé en France (Sped­ding, Na­kai­ta­ci et Va­ka­ta­wa, ).»■

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