De­voirs au col­lège pour tous les élèves

La Montagne (Haute-Loire) - - La Une - Cé­cile Ber­gou­gnoux Char­lotte Les­prit

AUVERGNE. De­puis la ren­trée des va­cances de Tous­saint, les 139 col­lèges de l’aca­dé­mie de Cler­mont­Fer­rand pro­posent le dis­po­si­tif « de­voirs faits » aux fa­milles.

VOLONTARIAT. Le dis­po­si­tif est gra­tuit, pen­dant les heures au col­lège mais hors temps de cours. Il n’est pas obli­ga­toire. C’est aux fa­milles de choi­sir.

C’est gra­tuit, hors du temps scolaire mais dans l’en­ceinte du col­lège, in­di­vi­dua­li­sé et en­ca­dré par des en­sei­gnants : le dis­po­si­tif « De­voirs faits » est en cours de mise en oeuvre de­puis lun­di der­nier dans les 139 col­lèges pu­blics de l’aca­dé­mie de Cler­mont-Fer­rand. At­ten­tion, sur la base du volontariat des élèves et de leur fa­mille !

Est­ce une lu­bie du nou­veau gou­ver­ne­ment ? Un dis­po­si­tif « co­quille vide » fa­çon gad­get ? Un vrai ou­til aux ser­vices de la réus­site des élèves ? Un peu tôt pour le dire.

Le dis­po­si­tif « de­voirs faits », an­non­cé en mai, est en cours d’ins­tal­la­tion dans les col­lèges de l’aca­dé­mie de Cler­mont­fer­rand de­puis une se­maine. Sauf dans les éta­blis­se­ments en ré­seau d’éducation prio­ri­taire, in­vi­tés à mettre en place l’ou­til dès la ren­trée de sep­tembre. Di­rec­tion l’un d’eux, le col­lège de La Charme, à Cler­mont­Fer­rand. Com­ment ça marche ?

1 « De­voirs faits », qu’est-ce que c’est ? C’est un temps d’étude, au col­lège, par tout pe­tit groupe (huit élèves), ac­com­pa­gné par un en­sei­gnant pour faire les de­voirs. Sou­vent une heure de per­ma­nence dans l’em­ploi du temps trans­for­mée en « De­voirs faits ».

2 Pour tous les col­lé­giens ? En théo­rie, oui. Nous sommes dans le ser­vice pu­blic. Ce­pen­dant, ce dis­po­si­tif est ba­sé sur le volontariat des élèves. Chaque fa­mille a dû, ou va, re­ce­voir un ques­tion­naire dans le ca­hier de liai­son pro­po­sant les heures dé­diées au dis­po­si­tif dans l’em­ploi du temps. Elle de­vra dire si, oui ou non, son en­fant par­ti­ci­pe­ra. Pour les élèves qui sont les plus en dif­fi­cul­té, les fa­milles sont bien en­ten­du in­vi­tées à ré­pondre par l’af­fir­ma­tive.

3 Quels moyens pour en­ca­drer le dis­po­si­tif ? Une en­ve­loppe fi­nan­cière sup­plé­men­taire, har­mo­ni­sée sur les quatre dé­par­te­ments, a été al­louée aux col­lè­ ges pour en­ca­drer ces groupes. Des heures sup­plé­men­taires pour les en­sei­gnants et pour le re­cru­te­ment des bé­né­voles du ser­vice ci­vique en cours. Les as­sis­tants d’éducation, les bé­né­voles des as­so­cia­tions par­te­naires de l’école, mais aus­si des par­ti­cu­liers, type en­sei­gnants à la re­traite, sont aus­si sol­li­ci­tés.

Da­niel Cor­net, se­cré­taire aca­dé­mique au syn­di­cat en­sei­gnant UNSA, en charge du se­cond de­gré, pointe de nom­breux pro­blèmes lo­gis­tiques : « Il faut dis­tin­guer ob­jec­tif et prin­cipe. Syn­di­ca­le­ment, nous ne sommes pas op­po­sés au dis­po­si­tif, au contraire, mais en­core faut­il trouver du per­son­nel dis­po­nible et for­mé ».

4 Que fait-on pen­dant cette heure « de­voirs faits » ? Les élèves re­çoivent un sou­tien per­son­na­li­sé pour réa­li­ser des de­voirs don­nés par leurs en­sei­gnants. Il s’agit aus­si de leur don­ner une mé­tho­do­lo­gie de tra­vail, de les rendre au­to­nomes. Ce dis­po­si­tif n’a ce­pen­dant pas vo­ca­tion à rem­pla­cer les pro­grammes de sou­tien scolaire dé­jà en place.

A La Charme, à Cler­mont, ce dis­po­si­tif exis­tait dé­jà pour les élèves en dif­fi­cul­té. En fait, « de­voirs faits » of­fi­cia­lise l’or­ga­ni­sa­tion.

5 Qui fixe les mo­da­li­tés de mise en oeuvre ? Ce sont les col­lèges. Ce dis­po­si­tif est des­ti­né à confor­ter l’au­to­no­mie des éta­blis­se­ments. Les prin­ci­paux des col­lèges ont tou­te­fois été in­vi­tés à bien po­si­tion­ner ces heures de « de­voirs faits » pour évi­ter la désaf­fec­tion des élèves.

Les en­sei­gnants ont aus­si eu pour pré­oc­cu­pa­tion de ne pas alour­dir les car­tables des élèves en pro­po­sant des de­voirs en lien avec les cours de la jour­née pour que les élèves soient en pos­ses­sion des bons ca­hiers, cours et autres ma­té­riels.

6 Qu’en pensent les en­sei­gnants ? Dans l’aca­dé­mie de Cler­mont­Fer­rand, « les re­mon­tés sont po­si­tives » as­sure Hen­ri Ki­ghel­man, di­rec­teur aca­dé­mique ad­joint des ser­vices de l’Éducation na­tio­nale du Puyde­Dôme, en charge du se­cond de­gré. « Je trouve in­té­res­sant que l’on gé­né­ra­lise ce dis­po­si­tif par­tout » confirme l’en­sei­gnante ré­fé­rente du dis­po­si­tif au col­lège La Charme, à Cler­mont.

Pour l’Unsa éducation, Da­niel Cor­net donne un son de cloche un peu plus nuan­cé : « Pour l’ins­tant, j’ai l’im­pres­sion qu’il y a un ef­fet d’an­nonce avec une co­quille vide der­rière ».

7 Qu’en pensent les pa­rents ? « Nous avons un re­gret, ex­prime Au­ré­lien De­man­geat, pour la FCPE. Il n’y a pas eu de concer­ta­tion avec les pa­rents. C’était une bonne oc­ca­sion de le faire. Sur­tout sur ce thème, des de­voirs, un point de cris­pa­tion, de cris­tal­li­sa­tion entre l’école et les fa­milles ». Sur le fond, « C’est évi­dem­ment une très bonne idée. Les de­voirs sont por­teurs d’in­éga­li­tés sco­laires et so­ciales ».

C’est aus­si la po­si­tion des pa­rents de la PEEP, « Il y a des mo­ments où les pa­rents ne sont pas, plus, en ca­pa­ci­té d’ac­com­pa­gner les de­voirs de leur en­fant parce qu’ils tra­vaillent ou n’ont pas le ni­veau ou ne parle pas suf­fi­sam­ment la langue… ». Après, pour­suit Claude Lau­mond, « il ne fau­drait pas que les pa­rents se désen­gagent au pré­texte que les de­voirs sont faits à l’école ». Il est aus­si in­quiet sur les moyens don­nés à ce dis­po­si­tif.

8 Et les élèves ? Les pe­tits que 6e nous avons ren­con­trés, en pré­sence des adultes, étaient très po­si­tifs. In­ti­mi­dés mais po­si­tifs. Fa­ti­ma et Ka­ty, 12 ans, ont le sen­ti­ment « d’ap­prendre des choses » et Fa­ra­ri, 11 ans, a l’im­pres­sion de « bien mieux ré­vi­ser ses cours ».

PHOTO JEAN-LOUIS GORCE

PHOTO JEAN-LOUIS GORCE

« DE­VOIRS FAITS ». Les col­lé­giens peuvent dé­sor­mais re­ce­voir un sou­tien per­son­na­li­sé pour faire leurs de­voirs. C’est gra­tuit, dans l’en­ceinte de l’éta­blis­se­ment, hors temps de classe.

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