Une mi­cro­cen­trale qui ne fait pas l’una­ni­mi­té

La Montagne (Haute-Loire) - - La Une -

La communauté de com­munes a lan­cé l’ins­tal­la­tion d’une mi­cro­cen­trale hy­dro­élec­trique à Chan­teuges. Les op­po­sants se mo­bi­lisent.

Pierre Hé­brard

epuis mai der­nier et l’as­sè­che­ment du béal tra­ver­sant le bourg de Chan­teuges, le pro­jet de mi­cro­cen­trale hy­dro­élec­trique me­né par la communauté de com­munes des Rives du Haut Al­lier, a vu fleu­rir les dé­trac­teurs. Plu­sieurs as­so­cia­tions (*), le conseil mu­ni­ci­pal et le conser­va­toire na­tio­nal du sau­mon sau­vage ont ré­cem­ment or­ga­ni­sé une réunion pu­blique pour dé­non­cer un pro­jet qu’ils qua­li­fient vo­lon­tiers « d’opaque ». Gros, plan, avec des membres du col­lec­tif, sur les points d’achop­pe­ment.

Le droit d’eau fon­dé en titre dont il est ques­tion est la conti­nua­tion d’un pri­vi­lège dé­li­vré avant la ré­vo­lu­tion de 1789 et qui n’a pas été sup­pri­mé lors de l’abo­li­tion des droits féo­daux. Il a été re­con­nu par le pré­fet de la Haute­Loire et son exis­tence lé­gale avait été prou­vée, pour le Sec­com, par des re­cherches réa­li­sées par une gé­néa­lo­giste, Isa­belle Mal­fant­Mas­son. Il donne au pro­prié­taire des mou­lins le droit d’uti­li­ser jus­qu’à 1.500 l/s (litres par se­conde) pré­le­vés sur la Desges par l’in­ter­mé­diaire du béal. Les op­po­sants ont une in­ter­pré­ta­tion toute dif­fé­rente du rap­port de la gé­néa­lo­giste. « Le droit en titre n’est pas clai­re­ment éta­bli, in­siste Ro­bert Jou­mard, l’un des ri­ve­rains du béal. Il n’est pas prou­vé qu’il s’agisse bien des mou­lins aux­quels sont liés ce pro­jet. De plus, les pre­mières va­leurs écrites, fixant la consis­tance lé­gale de ce droit, ne dé­passent pas 800 l/s. » Se­lon les op­po­sants au pro­jet, dont le maire de Chan­teuges, Frank Noël Baron, l’ac­tuel pré­sident de la Communauté de com­munes, Gé­rard Beaud, avait an­non­cé, il y a un an, une réunion pu­blique sur le su­jet : « Au fi­nal, il n’y a eu qu’une réunion avec le conseil mu­ni­ci­pal, sans chiffre ni don­née. Puis une autre avec une par­tie des pro­prié­taires de par­celles ri­ve­raines. Pour ob­te­nir les do­cu­ments de l’ap­pel d’offres, il a fal­lu que je m’y re­prenne à trois fois… » Ré­sul­tats : la com­mune n’a ja­mais ren­du d’avis fa­vo­rable au pro­jet et a dû mettre en at­tente la de­mande de per­mis de construire dé­po­sé en juin 2017, par manque de pièces com­plé­men­taires.

« Au­cune étude de l’im­pact du pro­jet de mi­cro­cen­trale sur l’en­vi­ron­ne­ment n’a été me­née, que ce soit sur la bio­di­ver­si­té, la pêche, la qualité du pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral et tou­ris­tique de Chan­teuges, le bruit ou les bâ­ti­ments », dé­plorent les op­po­sants. Pour Pa­trick Mar­tin, di­rec­teur du Conser­va­toire na­tio­nale du sau­mon sau­vage, « à au­cun mo­ment il n’a été ques­tion d’étu­dier l’im­pact pos­sible sur la pis­ci­cul­ture. » Il pointe l’ab­sence de by­pass qui, dans le cas d’un ar­rêt de la mi­cro­cen­trale, crée­rait un temps de la­tence avant que l’eau du béal ne soit dé­ver­sée dans la Desges, ré­dui­sant le dé­bit de celle­ci au seuil mi­ni­mum ré­ser­vé.

Le bruit et les vi­bra­tions en­traî­nées par la tur­bine in­quiètent éga­le­ment les op­po­sants, qui sou­lignent les nui­sances dont souffrent les ha­bi­tants proches des tur­bines de Prades.

Le chan­tier a dé­bu­té. Après l’as­sè­che­ment du béal a été lan­cée l’ins­tal­la­tion d’une conduite en­ter­rée. Des tra­vaux qui, pour Ro­bert Jou­mard, ont des ef­fets sur les construc­tions : « l’as­sè­che­ment des sols pro­voque un af­fais­se­ment du ter­rain et fait bou­ger les mai­sons. »

Ce pro­jet a été ima­gi­né pour com­bler le dé­fi­cit en­gen­dré par l’au­berge de Chan­teuges. Les op­po­sants es­timent les coûts d’in­ves­tis­se­ment sous­es­ti­més : « De 2015 à 2017, ils sont pas­sés de 550.000 € à près de 750.000 € et ils pour­raient grim­per à en­vi­ron 1,2 mil­lion d’eu­ros si l’on ajoute les frais de rac­cor­de­ment au ré­seau Enedis, la ré­no­va­tion de la passe à pois­son, l’achat du mou­lin et des études et maî­trise d’oeuvres. » En­fin, concer­nant le temps d’amor­tis­se­ment de la cen­trale, ils ré­futent l’es­ti­ma­tif à dix ans pré­sen­té par la com’com. Ils es­timent que la baisse ré­gu­lière, au fil des ans, du dé­bit de la Desges n’a pas été prise en compte : « La mi­cro­cen­trale n’ar­ri­ve­rait ja­mais à tour­ner, comme an­non­cé, à 1.500 l/s pen­dant dix mois sur douze. De­puis juillet, nous sommes à moins de 500… »

As­so­cia­tions, mairie, ri­ve­rains et CNSS au­raient ai­mé voir da­van­tage d’au­to­ri­sa­tions, no­tam­ment pour la construc­tion du dé­grilleur. La confec­tion de son dé­ver­soir en bé­ton a en ef­fet né­ces­si­té de tra­vailler non plus sur le béal, mais sur les berges de la Desges.

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